The Square
Australie : 2008
Titre original : –
Réalisation : Nash Edgerton
Scénario : Joel Edgerton
Acteurs : Joel Edgerton, Claire van der Boom, David Roberts
Distributeur : La Fabrique de Films
Durée : 1h45
Genre : Thriller, Film Noir
Date de sortie cinéma : 21 janvier 2009
Disponible en DVD chez Pathé
Note : 4/5
La vie d’un homme marié est chamboulée lorsque sa maîtresse, la troublante Carla, découvre dans le plafond de son appartement un sac rempli de billets, résultat du dernier délit de son mari. Leur plan, pourtant simple au départ, pour garder l’argent ne se passe malheureusement pas comme prévu et le couple illégitime s’enfonce dans une spirale infernale : celle du mensonge…
Premier long-métrage des Australiens Nash et Joel Edgerton après un court hilarant et délicieusement noir, The Square est un polar qui sent le sexe, le sang et l’argent sale (un peu comme les doigts de l’auteur de ces lignes). Sorti en 2008, à une époque où Joel Edgerton n’était encore qu’un visage familier du cinéma australien avant de devenir l’un des acteurs les plus respectés de sa génération, le film est aujourd’hui quelque peu tombé dans l’oubli. C’est pourtant une véritable petite pépite de Néo-Noir, de celles qui mériteraient largement d’être redécouvertes.
En effet, on est en présence d’un « Film Noir » dans la plus pure tradition du genre, dont le scénario, davantage construit comme une mécanique infernale que comme un simple puzzle, mêle avec une habileté redoutable histoire d’adultère, petites arnaques, valise remplie de biftons et mari violent. Comme Blood Simple avant lui, se dira dès lors le lecteur attentif (ou attentiste, c’est selon). Hé bien oui, comme Blood Simple. Les frères Coen planent évidemment sur l’ensemble du projet, jusque dans cette façon de faire dérailler une situation finalement assez banale jusqu’à l’irréparable. Il est d’ailleurs amusant de constater que « Nash et Joel Edgerton » est l’anagramme parfait de « Joel et Ethan Coen » (non non, ne vérifiez pas, c’est vrai, j’ai vérifié sur mon Letter-O-Matic ©).
Mais réduire The Square à un simple héritier des Coen serait un peu injuste. Les frères Edgerton injectent à leur récit une identité résolument australienne, où les quartiers pavillonnaires baignés de soleil deviennent le décor paradoxal d’une tragédie poisseuse. Ici, pas de détective désabusé ni de gangsters flamboyants : seulement des gens ordinaires, persuadés d’avoir trouvé la combine idéale avant de voir le moindre mensonge provoquer une réaction en chaîne incontrôlable. Une succession de mauvais choix, de silences et de décisions prises dans la panique transforme progressivement le quotidien en véritable enfer.
The Square, c’est un peu à l’image de ce bon vieux tube de notre Johnny National : « Noir c’est noir, il n’y a plus d’espoir ». D’une noirceur rare, le film des frères Edgerton révèle rapidement sa nature de machination qui part en couille, porté en cela par des personnages aux comportements réalistes et profondément humains. Personne n’est véritablement malin, personne n’est totalement innocent, et c’est précisément cette faillibilité permanente qui rend le film aussi crédible que fascinant. Riche de quelques idées absolument géniales (les chiens du couple adultère qui tentent constamment de se rejoindre en traversant le canal qui sépare les deux maisons) et de vraies trouvailles de mise en scène qui jouent avec les nerfs du spectateur, The Square s’avère un spectacle d’une intensité remarquable.
La réalisation privilégie une tension presque physique, laissant les regards, les silences et les hors-champs faire monter l’angoisse jusqu’à l’explosion. Les séquences-choc (le cauchemar du héros, la balle perdue…) frappent d’autant plus fort qu’elles surgissent d’un univers parfaitement crédible. Bref, The Square reste encore aujourd’hui un polar de toute première bourre, injustement méconnu, quasi-invisible en France (pas une seule plateforme de SVOD ne semble le proposer à ce jour), et qui mériterait largement de sortir de l’ombre où le temps l’a relégué.





















