Critique : The Disaster Artist

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États-Unis, 2017
Titre original : –
Réalisateur :
Scénario : Scott Neustadter et Michael H. Weber
Acteurs : , ,
Distribution : Warners Bros. France
Durée : 1h44
Genre : Comédie, Biopic
Date de sortie : 7 mars 2018

3.5/5

Quand on pense au terme « film culte », on peut penser à des succès adoubés dès leur sortie par les s et le public – Chantons sous la pluie par exemple. Le plus souvent cependant, le terme « culte » est associé à ces films qui sont passés presque inaperçus à leur sortie, et qui se sont construits une réputation au fil des années: Blade Runner par exemple, dont l’aura n’a cessé de grandir depuis sa sortie (et ses multiples versions). , de , ne partage rien de ces films « respectables » hormis le statut, justement, de film culte. Considéré comme un turbo-nanar dès sa sortie, il est devenu un de ces objets filmiques non identifiés, allant jusqu’à acquérir le titre, abusif bien entendu, de « pire film de tous les temps ». Un titre qu’il dispute avec un autre nanar culte, Plan 9 from outer space, lui aussi érigé en « pire film de tous les temps », et issu d’un personnage tout aussi haut en couleur que le papa de  : Ed Wood. Et comme ce dernier, a maintenant droit à son propre film, érigé à sa gloire : .

Synopsis : En 2003, , artiste passionné mais totalement étranger au milieu du cinéma, entreprend de réaliser un film. Sans savoir vraiment comment s’y prendre, il se lance … et signe , le plus grand nanar de tous les temps. Comme quoi, il n’y a pas qu’une seule méthode pour devenir une légende !

Oh, hi Tommy

, en soi, possède la forme d’un biopic comme les autres : basé sur une histoire vraie, racontant l’histoire hors du commun d’un homme au départ peu pris au sérieux, performance digne de l’Actors Studio avec pas mal de maquillage … En bref, un long-métrage en apparence classique. Là où se démarque le film de , c’est par sa mise en images d’une volonté débordante, absurde, de faire cinéma, en faisant le portrait d’une figure tout aussi inintelligible : . L’histoire n’est d’ailleurs pas racontée par Wiseau, sinon à travers le point de vue de son ami – et … muse ? – Greg Sestero, joué par (frère de James donc).  Ainsi lorsque le « pire réalisateur de tous les temps » ente en scène, littéralement puisqu’il s’agit d’une scène de théâtre, il est est d’abord filmé de dos, dans l’obscurité. Dès le départ nous montre son respect vis-à-vis du cinéaste, et entretient sa légende : de même que les autres personnages du film, on ignore tout de son passé, de son âge, et de la provenance de son argent qui semble sortir de nul part. Incompris par le reste du monde, tant humainement qu’artistiquement, Wiseau fait figure d’extra-terrestre, de personnage romanesque pourtant tangible.

Never gonna give you up

Il est intéressant de noter des parallèles entre le meilleur ami, conseiller, colocataire et acteur de Wiseau, Greg Sestero, et le réalisateur de . Outre le fait que les deux hommes sont joués par les deux frères Franco, Sestero partage avec James un faux-semblant de James Dean, souligné dans le film, et dont a interprété le rôle dans un téléfilm en 2001. Tous les deux essaient de vaincre leur timidité au théâtre, avant de finir au cinéma, sans avoir la même carrière il est vrai ! Enfin, tous les deux semblent éprouver une sorte de fascination pour l’étrange . Une fascination qui finit un peu par déborder, comme si voulait souligner à quel point  était devenu (paradoxalement) important dans la cinéphilie, ou tout du moins dans celle qui s’est développée avec internet. Non seulement il retrace le tournage du film (ce qui est logique au sein de la narration), mais il en retourne aussi d’innombrables scènes, poussant le procédé jusqu’à, au début du générique, montrer un comparatif des scènes originales et de celles retournées. Et si  se termine par les sempiternels cartons explicatifs « que sont-ils devenus ? », il est aussi surprenant qu’il commence avec des images de personnalités comme Kevin Smith ou J.J. Abrams expliquant pourquoi  est si important. Franco apparaît ainsi un peu bloqué dans son hommage à l’artiste incompris (?) qu’est .

Conclusion

Il est tout de même difficile de bouder son plaisir devant . Formellement assez classique, l’hommage parfois débordant qui est rendu au film de  est par moment jubilatoire par le portrait qu’il dessine d’un homme devenu une légende : celle d’un créateur égocentrique ayant accouché d’un des plus mauvais film de l’histoire du cinéma. Il témoigne d’une nouvelle génération de cinéphiles, qui a forgé la légende de . Si avec Ed Wood, Tim Burton avait réussi à rendre encore plus attachant un créateur et son film, au final a réussi à faire de même. Et à l’instar de Plan 9 from outer space, une fois revu , le nanar n’en est que plus sympathique !

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