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Test Blu-ray : La Créature

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La Créature

Espagne : 1977
Titre original : La Criatura
Réalisation : Eloy de la Iglesia
Scénario : Eloy de la Iglesia
Acteurs : Ana Belén, Juan Diego, Claudia Gravy
Éditeur : Artus Films
Durée : 1h41
Genre : Drame
Date de sortie DVD/BR : 16 juin 2026

Alors que son couple est en crise, Cristina parvient à tomber enceinte après trois années de tentatives. Mais son agression par un berger allemand provoque une fausse couche. Ayant du mal à s’en remettre, elle adopte un chien, de la même race que son agresseur, lui donnant le prénom de l’enfant qu’elle a perdu. Pendant que Marcos, le mari, s’active pour sa carrière, Cristina entame une relation passionnée pour le moins étrange avec son chien…

Le film

[4/5]

La Créature est un film troublant, à mi-chemin entre le mélodrame et l’évocation appuyée de la zoophilie, le tout enrobé d’une bonne dose de critique sociale progressiste assez caractéristique de son réalisateur Eloy De la Iglesia. Tourné en 1977, le film était en effet sorti dans une Espagne en pleine transition démocratique, encore engluée dans les restes du franquisme. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que cette époque, où les vêtements féminins commençaient à se libérer autant que les esprits, irrigue le film jusque dans ses scènes les plus intimes. On y sent la tension d’un pays qui se découvre, un peu comme Cristina, incarnée par Ana Belén, qui cherche à recomposer son monde après une fausse couche traumatisante. Sans jamais forcer le trait, ni jouer la carte de la provocation gratuite, l’intrigue transforme la malaisante relation zoophile entre une femme et son chien en un miroir déformant d’une société qui tentait de se réinventer. La Créature avance avec une douceur trompeuse, presque comme un tapis moelleux posé sur des braises. La mise en scène d’Eloy de la Iglesia, jamais pompeuse, capte les gestes, les regards, les silences, et les relie à une réflexion plus large sur la liberté individuelle, ainsi qu’une analyse implacable de la domination masculine. Les plans serrés sur Cristina et Bruno, le chien, deviennent des sortes de petites bulles philosophiques : qu’est-ce qu’aimer quand tout autour s’effondre ? Qu’est-ce que désirer quand le désir a été confisqué par des années de morale autoritaire ?

Suggérant beaucoup plus qu’il ne montre, le film ose tout de même une poignée d’images marquantes, telles que cette scène assez barrée durant laquelle Cristina danse avec le chien, vêtue d’une robe de mariée. Il n’est pas difficile de comprendre ce que suggèrent les traces de pattes de chien laissées sur la robe lorsqu’elle est posée au bord du lit. Pour autant, dans La Créature, le contexte politique n’est jamais plaqué : il s’infiltre dans les dialogues, dans les costumes, dans les attitudes. Marcos, joué par Juan Diego, présentateur télé aux ambitions néo-fascistes, incarne cette Espagne qui peine à lâcher ses vieux réflexes. Son costume impeccable, ses chemises trop rigides, ses gestes de propriétaire, tout cela raconte un pays qui se débat avec son passé. À l’inverse, Cristina porte des vêtements plus souples, plus modernes, comme si son corps cherchait à respirer autrement. Le film rejoint ainsi d’autres œuvres de la filmographie d’Eloy de la Iglesia, tournés à peu près à la même époque, tels que Plaisirs cachés ou Le Député, au cœur desquels le cinéaste explorait déjà les fractures idéologiques de la fin des années 70. La Créature devient alors un étrange conte politique, où la bête n’est pas forcément celle que l’on croit.

Le Blu-ray

[4/5]

Le Blu-ray de La Créature, qui vient de sortir chez Artus Films, nous arrive dans un élégant Digipack deux volets avec étui, un objet qui semble vouloir prolonger la sensualité étrange du film. L’étui arbore une photographie sombre et hypnotique, tandis que l’intérieur dévoile l’affiche espagnole originale et une reproduction d’une peinture de la Renaissance aperçue au générique. Le coffret contient le Blu-tay et le DVD, tous deux issus d’un master 2K restauré, en version intégrale, avec un soin évident porté à la texture de l’image. Techniquement, le rendu visuel est propre, stable, respectueux du grain, et les couleurs légèrement désaturées collent parfaitement à l’esthétique de Raúl Artigot. Quelques plans nocturnes montrent une légère perte de détail, mais rien qui ne gâche l’expérience. Le son, en VO espagnole LPCM Audio 2.0 (mono), restitue bien les dialogues et la musique de Víctor Manuel, avec une clarté surprenante pour une source mono. Les voix restent nettes, sans souffle excessif, et les ambiances discrètes (notamment les bruits de pas, de rue ou de studio télé) conservent leur relief. Un mixage simple mais efficace, qui respecte la nature du film sans chercher à la moderniser artificiellement.

Côté suppléments, on commencera avec une présentation du film par Marcos Uzal (27 minutes), où le critique revient sur la dimension politique du film, son rapport à la transition démocratique et la manière dont Eloy de la Iglesia dirige ses acteurs. L’analyse, dense mais accessible, éclaire plusieurs choix de mise en scène et replace l’œuvre dans l’histoire du cinéma espagnol. On aura également le droit à une présentation du film par Gaspar Noé (20 minutes), témoignage passionné où le réalisateur évoque sa découverte de l’œuvre, son impact sur sa propre sensibilité, et rapproche Eloy de la Iglesia de cinéastes comme Rainer Werner Fassbinder ou Kōji Wakamatsu. L’intervention, parfois lyrique, donne envie de revoir le film immédiatement. Enfin, on terminera avec un diaporama d’affiches et photos, modeste mais agréable. L’éditeur propose ainsi un objet cohérent, riche, qui respecte l’étrangeté du film tout en offrant un éclairage précieux sur son contexte et sa réception.

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