Critiques de films Drame — 28 septembre 2016
Critique : Showgirls

showgirls-affiche

Etats-Unis, 1995
Titre original : –
Réalisateur :
Scénario :
Acteurs : , ,
Distribution : Pathé Distribution (reprise)
Durée : 2h11
Genre : Drame
Date de sortie : 10 janvier 1996 (1ère sortie), 14 septembre 2016 (reprise)

Note : 4/5

L’heure de la réévaluation a sonné pour l’œuvre de Paul Verhoeven. Lors de sa sortie, au mitan des années 90 (1995), Showgirls subit l’ire haineuse de la presse spécialisée. Sans mentionner un échec particulièrement cuisant au box-office, le métrage est nominé au «  » (les récompenses qui « honorent » les pires films de l’année aux Etats-Unis). Où, par ailleurs, il remporte quasiment chaque catégorie. Bon joueur, le réalisateur néerlandais est venu de son plein gré assister à la séance. Cependant, le déferlement de haine belliqueuse administrée par les médias fut tel que la carrière d’Elizabeth Berkley, l’actrice principale, ne s’en jamais vraiment remise. En effet, suite à ce film, celle qui a été révélée par la série Sauvée par le Gong n’est apparue que de manière éparse dans quelques séries anecdotiques destinées au tube cathodique. Triste destin, alors qu’elle fait montre, en plus d’une beauté sculpturale, d’un talent d’actrice incroyablement audacieux. Ce n’est petit à petit que Showgirls a conquis définitivement son statut de film-culte. Dans un premier temps, et aussi incroyable que celui puisse paraître, c’est qui, dans les pages des Inrocks, déclare son admiration pour Showgirls, y voyant entre autre une métaphore grinçante de l’Amérique. Plus surprenant, des revirements d’opinions se font entendre de-ci, de-là. Ainsi, des personnes qui avaient vivement éreinté le film lors de sa sortie sont revenues sur leurs avis, tel Jean-François Rauger, militant activement pour une réévaluation de Showgirls. De manière exponentielle, des voix discordantes s’élèvent du brouhaha médiatique consensuel dans le dessein de clamer leurs amours pour l’œuvre de Verhoeven. , par exemple, dans un texte dithyrambique rédigé par ses soins à destination du Village Voice. De nos jours, Showgirls est unanimement (enfin, presque…) considéré comme un grand film, incompris à sa sortie, révéré aujourd’hui par une majorité de cinéphiles.

Synopsis : Nomi Malone, jeune femme délurée, rêve de devenir danseuse professionnelle. Elle débarque à Las Vegas, sans un sou, et débute son ascension sociale et professionnelle. A travers son parcours, elle découvre un monde où le stupre, le lucre et l’égo régissent les mentalités des gens.

SHOWGIRLS (1995) - ELIZABETH BERKLEY.

Ceci n’est pas un film aimable

Disons les choses d’emblée : Showgirls n’est pas un film aimable. L’esthétique outrancière, vulgaire, est d’une laideur excessive. Ses couleurs criardes, ses néons aux couleurs fluo, ses spectacles pourvus de décors en toc, tout ceci n’est que le reflet d’un univers où le clinquant le dispute au mauvais goût. Au sein de ce décorum décoratif particulièrement moche, déambulent des personnages qui n’ont que trois choses qui leur importent réellement : sexe, fric et boulot. En somme, un salmigondis de trivialité et médiocrité dans un espace visuel et sonore qui ferait passer le , version , pour un long-métrage de Straub et Huillet. D’aucuns ont vertement critiqué l’aspect esthétique du film. Cependant, tout ce capharnaüm chamarré de mauvais goût présent dans le film n’est que le reflet d’une certaine réalité.

Avec le recul, il est aisément compréhensible de voir pourquoi le film a déchaîné, à son époque, l’opprobre de la critique et du monde du spectacle. Paul Verhoeven leur tendait un miroir peu reluisant. Tout n’est que tartufferie, humiliations, violence psychologique et physique… A travers ses arabesques formelles, Verhoeven nous dépeint un univers factice où le moindre sentiment d’humanité est balayé par la dureté des affaires. Chaque visage affable cache une mentalité perverse. Derrière son sourire bienveillant, le personnage interprété par Kyle MacLachlan est seulement concerné par sa personne et la bonne teneur du spectacle. Peu importe le prix… Raymond Carver, célébrité de la pop présente dans le film, et dont on remarque les portraits placardés un peu partout, n’est qu’en fait un fou furieux adepte du viol collectif. En dépit du caractère irréel, quasi baroque, du film, celui-ci regorge de scènes dont la nudité et la violence frontale ajoute un aspect « réel » à celui-ci.

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Pas de pitié pour les faibles

Showgirls relève de la fable morale aux accents picaresques. Le film dépeint l’ascension, et l’apprentissage, d’une femme prête à tout pour arriver à ses fins malgré un brin de naïveté subsistant encore chez elle, du moins avant son ascension. Elle apprendra vite. Débarquant à Las Vegas, par auto-stop, elle n’a que ses rêves pour la guider. Ses désirs achopperont sur la réalité du métier dont la duplicité n’a d’égale que la férocité. En quittant la ville, alors qu’elle aura tutoyé les sommets, Nomi Malone repartira de la même manière qu’elle est arrivée : en faisant du stop, elle tombe fortuitement sur la même personne qui l’avait accompagnée à ses débuts. Chose improbable qui participe de la fable symbolique justement. La boucle est bouclée… Nomi Malone repart vers d’autres horizons non sans avoir évolué et appris plusieurs choses dont la plus immorale : dans un monde de requins, se comporter soi-même comme un être amoral. En somme, une métaphore du libéralisme où la loi du plus fort prime. Pas de pitié pour les faibles qui sont impitoyablement écrasés par ceux qui détiennent le pouvoir. Manière d’exister pour ces derniers, qui voient dans la négation de l’autre une manière de rehausser leurs egos.

Showgirls

Conclusion

Profitant de cette aubaine critique, Showgirls ressort en salles, restauré par Pathé en 4k, ainsi qu’en dvd et blu-ray. L’occasion de (re)découvrir sur grand écran les délires visuels kitschissimes du réalisateur néerlandais, ainsi que la performance d’Elizabeth Berkley, extraordinaire dans le rôle de Nomi Malone. En dépit de son caractère excessif, ou plutôt à cause de celui-ci, Showgirls est un grand film sur la décadence de la société américaine – par extension occidentale – sa déréliction, sa corruption morale viciée de l’intérieur. Une œuvre annonçant une ère plus contemporaine à la nôtre, celle de la télé-réalité, où d’aucuns aimeraient accéder à un statut de célébrité coûte que coûte. La morale n’a plus lieu d’être. En somme, une œuvre moderne et visionnaire.

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Valentin Buchens

Cet article a été rédigé par Valentin Buchens, rédacteur de Critique-film.fr

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