Critiques de films Drame — 13 septembre 2019
Critique : Portrait de la jeune fille en feu


France : 2019
Titre original : –
Réalisation :
Scénario : Céline Sciamma
Interprètes : , , ,
Distribution :
Durée : 2h00
Genre : Drame
Date de sortie : 18 septembre  2019

3/5

Depuis 2007 et La naissance des pieuvres, Céline Sciamma réalise un film tous les 4 ans, environ. Portrait de la jeune fille en feu est donc son 4ème long métrage. C’est aussi le premier à être apparu en compétition dans la sélection officielle du Festival de Cannes. C’était cette année et il s’est vu décerner le Prix du scénario alors que beaucoup voyaient plutôt le duo de comédiennes Noémie Merlant et Adèle Haenel obtenir conjointement le Prix d’interprétation féminine.

Synopsis : 1770. Marianne est peintre et doit réaliser le portrait de mariage d’Héloïse, une jeune femme qui vient de quitter le couvent. Héloïse résiste à son destin d’épouse en refusant de poser. Marianne va devoir la peindre en secret. Introduite auprès d’elle en tant que dame de compagnie, elle la regarde.

Une peinture à la dérobée

C’est en tant que dame de compagnie que la peintre Marianne est présentée à Héloïse par la mère de cette dernière, une comtesse d’origine italienne. Nous sommes en 1770, sur une île bretonne. Héloïse a été retirée d’un couvent par sa mère qui a pour ambition de lui faire faire un « beau mariage » à Milan. L’exécution d’un tableau représentant Héloïse permettrait de faciliter la réalisation de ce mariage, mais Héloïse est plus que réticente à l’idée de ce mariage et elle a déjà refusé de poser pour un peintre précédent, d’où le subterfuge imaginé par sa mère. Il est donc exclu, du moins dans un premier temps, de réaliser ce tableau selon les règles de l’art, c’est-à-dire avec un certain nombre de séances de pose : Marianne devra se contenter d’observer attentivement Héloïse au cours de leurs rencontres, de leurs promenades et, ensuite, elle aura pour tâche de réaliser le tableau en cachette. Toutefois, pour Héloïse, Marianne est une dame de compagnie, ce qui signifie que les regards, les observations vont se faire dans les deux sens, que le terrain est favorable pour qu’une intimité puisse se créer entre les deux jeunes femmes, pour que des sentiments puissent être amenés à naître.

Un film en costumes

Portrait de la jeune fille en feu est le premier film en costumes de Céline  Sciamma. Il n’est pas interdit d’imaginer que la réalisatrice, désireuse de se confronter au sujet des mariages forcés, a choisi de retourner plus de 2 siècles en arrière, dans une période où, partout en Europe, les droits que pouvaient avoir les femmes sur leurs choix d’existence étaient le plus souvent inexistants, plutôt que de construire un récit contemporain trouvant place dans une communauté ou dans un pays où cette pratique des mariages forcés se perpétue. De plus, il y avait pour Céline Sciamma le souhait de mettre en lumière les femmes peintres de la fin du 18ème siècle, nombreuses à l’époque mais le plus souvent oubliées aujourd’hui.

Malgré ce déplacement dans le temps, Céline Sciamma reste fidèle aux thèmes qui, film après film, lui sont chers : la naissance du désir entre deux femmes comme dans La naissance des pieuvres, l’orientation sexuelle comme dans Tomboy, la complicité féminine comme dans Bande de filles. S’y ajoute l’observation de la vie en commun entre 4 femmes venant de 3 milieux très différents, quelques années avant la Révolution française. En effet, outre Héloïse et Marianne, le film offre une place importante à la mère d’Héloïse et, encore plus, à Sophie, la domestique de la maisonnée.

Quel prix lui accorder ?

On peut s’étonner que Portrait de la jeune fille en feu ait obtenu le Prix du scénario. En effet, c’est dans le scénario que se situe le point faible de ce film qui, après un bon départ, a tendance, le mitan passé et malgré la qualité des interprètes, à tourner en rond et à perdre en intérêt. S’il fallait donner un prix à ce film, il fallait donc chercher ailleurs. Le prix de la meilleure photographie aurait été mérité, le travail de  étant tout à fait magnifique. Problème : ce prix n’existe pas à Cannes. Le prix de la mise en scène, alors ? Avec beaucoup de plans séquences, elle fait partie des atouts du film. Toutefois, ce qui paraissait comme le plus évident, c’était de couronner conjointement les comédiennes qui interprètent les rôles de Marianne et d’Héloïse  : Noémie Merlant, relativement peu connue malgré des rôles importants dans Les hétitiers et dans Le ciel attendra ; Adèle Haenel, qui, elle, prend de plus en plus de place dans le cinéma français. Toutes deux font preuve d’une très grand justesse dans des rôles exigeants.

Conclusion

Dans Portrait de la jeune fille en feu, Céline Sciamma continue son observation du monde féminin, bien aidée par deux comédiennes en état de grâce et par une excellente directrice de la photo. Il est dommage, toutefois, que le film s’essouffle dans sa deuxième moitié.

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Jean-Jacques

Cet article a été rédigé par Jean-Jacques Corrio, Rédacteur de Critique Film. Lire tous ses articles