Animation Critiques de films — 31 août 2019
Critique : Les hirondelles de Kaboul

Les hirondelles de Kaboul

France : 2019
Titre original : –
Réalisation : , Eléa Gobé-Mévellec
Scénario : , Patricia Mortagne, Zabou Breitman d’après le roman de
Interprètes : , , ,
Distribution :
Durée : 1h21
Genre : Animation
Date de sortie : 4 septembre  2019

2.5/5

Devenue réalisatrice en 2001, avec Se souvenir des belles choses, Zabou Breitman a continué sa carrière de comédienne tout en réalisant régulièrement un certain nombre de longs métrages. est sa 5ème réalisation, mais il s’agit du premier dans le domaine de l’animation. est une dessinatrice d’animation qui a travaillé, entre autres, sur Le Chat du rabin et sur Ernest et Célestine.  Les hirondelles de Kaboul est sa première réalisation. Ce film a été retenu dans la sélection Un Certain Regard du dernier Festival de Cannes.

Synopsis : Été 1998, Kaboul en ruines est occupée par les talibans. Mohsen et Zunaira sont jeunes, ils s’aiment profondément. En dépit de la violence et de la misère quotidienne, ils veulent croire en l’avenir. Un geste insensé de Mohsen va faire basculer leurs vies.

Des destins qui se croisent

Dans le Kaboul de 1998, alors sous le joug des talibans, l’histoire de deux couples dont les destins vont se croiser. Un couple âgé, celui formé par Atiq, gardien de la prison des femmes, et Mussarat, condamnée à court terme par un cancer. Un couple jeune et amoureux, celui formé par Zunaira, professeure de dessin, et Mohsen, professeur d’histoire. A la suite de l’aveu par Mohsen à Zunaira d’un jet de pierre sur une femme lors d’une lapidation publique, aveu suivi d’un malheureux concours de circonstance, Zunaira va se retrouver emprisonnée dans la prison dont Atiq est le gardien. Elle est belle, elle a enlevé son tchadri, Atiq n’arrive pas à se montrer insensible, même si, jusque là, il a su résister au geste que des amis lui conseillent de faire : répudier son épouse malade.

 

L’élaboration du film

C’est après avoir reçu la proposition de réaliser le film que Zabou Breitman  a découvert le roman de Yasmina Khadra. Alors qu’à l’origine il était prévu la réalisation d’un film en prises de vue réelles, le producteur a eu l’idée qu’il soit tourné en animation, avec la maison de production les Armateurs qui avaient déjà produit la série des Kirikou, Ernest et Celestine et Les triplettes de Belleville. Zabou Breitman a retravaillé le scénario en apportant un certain nombre de modifications avec l’accord de Yasmina Khadra. C’est ainsi que le film se déroule en 1998 alors que le roman se passe en 2001 et qu’il est question d’une école clandestine qui n’existe pas dans le roman. C’est ainsi, aussi, que Zunaira est professeure de dessin dans le film alors qu’elle est avocate dans le roman : « Sachant que la représentation de l’être humain est interdite chez les talibans, faire de l’histoire  un dessin animé, c’était le comble. Mais que Zunaira se dessine, et nue, c’était encore mieux ». C’est par l’intermédiaire d’un casting de graphistes organisé par Les Armateurs que Eléa Gobé-Mévellec, sans expérience en matière de réalisation de film, s’est retrouvée coréalisatrice  du film : « On nous a adressé le scénario en nous demandant de proposer une direction artistique et un graphisme complet ». Retenue avec deux autres finalistes, c’est son travail sur la lumière qui a su convaincre Zabou Breitman et les producteurs. Le fait que Eléa Gobé-Mévellec dessine à l’aquarelle n’était pas pour déplaire à Zabou Breitman, la beauté des images ainsi obtenues permettant au spectateur, selon elle, de mieux prendre conscience, par contraste, de l’ampleur des atrocités commises en par les talibans.

Alors que d’ordinaire, sur un tel film,  l’enregistrement des voix se fait une fois que le travail d’animation est terminé, Zabou Breitman a choisi d’inverser le processus : non seulement les voix ont été enregistrées avant que ne commence le travail des graphistes, mais les comédiens et les comédiennes étaient filmé.e.s dans ce qui s’apparentait à une véritable interprétation des scènes : les interprètes portaient les costumes et utilisaient les accessoires correspondant à leur rôle, tchadris, turbans, kalachnikov, et ils avaient toute latitude pour « hésiter, tousser, improviser ». Charge ensuite aux « animateurs » à s’inspirer des gestes et des silences des acteurs pour comprendre ce que les réalisatrices voulaient voir à l’écran.

Un beau film, mais …

C’est avec beaucoup de délicatesse que Les hirondelles de Kaboul rend hommage à celles et ceux qui, d’une façon ou d’une autre, s’opposent à l’obscurantisme des talibans. En fait, cette délicatesse est telle qu’on peut même la trouver excessive, la joliesse des images arrivant souvent à aseptiser la barbarie des talibans. Toutefois le grief principal qu’on peut faire à ce film est ailleurs : on est à Kaboul, au milieu des talibans et de la population afghane et … tout le monde s’exprime en français ! De tels télescopages étaient monnaie courante et parfaitement acceptés il y a 50 ans, ils le sont encore très souvent dans le cinéma américain, mais, aujourd’hui, ils sont rédhibitoires pour de très nombreux spectateurs. Même si, dans Les hirondelles de Kaboul, le casting est impressionnant : Simon Abkarian dans le rôle de Atiq, Zita Hanrot dans celui de Zunaira, , Swann Arlaud interprétant Mohsen et Hiam Abbass Mussarat. Sans oublier , le père de Zabou Breitman, décédé peu après sa participation et qui interprète le rôle de Nazish, un ancien mollah qui a toujours la foi, un vieux sage qui ne supporte plus les actes abominables commis au nom de la religion. Sans oublier , l’interprète du professeur Arash Bayazid, Directeur d’une école clandestine. Que du beau monde mais …

Conclusion

On ne peut que souscrire à la dénonciation de l’obscurantisme des talibans afghans. On ne peut qu’applaudir au casting de Les hirondelles de Kaboul. Il est toutefois aussi permis de trouver que la joliesse des images enlève de la vigueur à la dénonciation et que l’utilisation du français dans le contexte de ce film a du mal à être acceptée dans le cinéma de ce siècle.

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Jean-Jacques

Cet article a été rédigé par Jean-Jacques Corrio, Rédacteur de Critique Film. Lire tous ses articles