Critiques de films Documentaire — 02 septembre 2019
Critique : Steve Bannon – Le grand manipulateur

– Le grand manipulateur

Etats-Unis : 2019
Titre original : The Brink
Réalisation :
Scénario : Alison Klayman
Interprètes : Steve Bannon, , ,
Distribution : L’Atelier Distribution
Durée : 1h31
Genre : Documentaire
Date de sortie : 25 septembre  2019

2.5/5

Il était une fois une productrice américaine, , qui, il y a plusieurs années, avait eu l’occasion de travailler avec Steve Bannon lorsque ce dernier avait acheté la compagnie dans laquelle elle travaillait.  Gardant un assez bon souvenir de cet homme qu’elle, jeune libérale américaine, considérait alors comme étant un Républicain modéré, elle s’était montrée surprise plus tard lorsqu’elle l’avait vu se tourner vers la droite extrême en s’impliquant dans le Tea Party puis en devenant le directeur exécutif de la campagne présidentielle de .  Souhaitant comprendre les raisons de ce virage et ayant gardé le contact avec Steve Bannon, elle lui a plusieurs fois proposé de produire un documentaire sur sa personne. Il a fini par accepter et Marie Thérèse Guirgis a choisi la jeune documentariste Alison Klayman pour le réaliser.

Synopsis : Réputé pour avoir été le stratège de Trump, Steve Bannon est la figure emblématique de l’ultra droite américaine. Remercié de son poste de conseiller à la Maison-Blanche, il exporte son idéologie populiste auprès des partis nationalistes européens, rêvant d’un nouveau mouvement mondial. Après l’avoir suivi durant une année, la réalisatrice Alison Klayman met en exergue les efforts de Steve Bannon pour mobiliser et unifier ces partis d’extrême droite en vue de remporter des sièges aux élections parlementaires européennes de mai 2019. Pour conserver son pouvoir et son influence, il continue de faire la une des journaux en manipulant et protestant partout où il va, afin d’alimenter le puissant mythe sur lequel repose sa survie.


L’activiste Steve Bannon

Ancien officier de marine, Steve Bannon a été banquier d’investissement, homme d’affaires, dirigeant de média, réalisateur et producteur de cinéma. C’est ainsi que, en 1991, il  était un des producteurs exécutifs de The indian runner, le premier film réalisé par Sean Penn ! Toutefois, ce qui a vraiment établi sa réputation est plus récent : c’est le fait d’avoir très activement participé à l’élection de Donald Trump, au point que beaucoup, dont lui-même, sont persuadés que, sans lui, Donald Trump n’aurait jamais été élu. A peine élu, en novembre 2016, Donald Trump crée pour lui le poste de haut conseiller et chef de la stratégie de la présidence, un poste dont Steve Bannon sera démis en août 2017, suite à la manifestation d’extrême-droite « Unite the Right » de Charlottesville.

C’est peu après que Alison Klayman va commencer à suivre Steve Bannon dans ses déplacements et ses rencontres, durant environ un an, de l’automne 2017 à l’automne 2018. Aux Etats-Unis, il continue de s’afficher auprès des républicains, soutenant le très controversé Roy Moore dans une élection sénatoriale partielle en Alabama, élection qui verra la victoire du candidat démocrate, et se démenant pour que les élections de mi-mandat de novembre 2018, qu’il considère comme très importantes, se passent le moins mal possible pour le camp qu’il soutient. Toutefois, c’est l’Europe qui semble de plus en plus intéresser Steve Bannon, une Europe qui voit un peu partout émerger des mouvements d’extrême-droite, nationalistes et populistes, et même prendre le pouvoir en Hongrie et en Italie. Bien qu’il soit assez ignorant des particularités de ces mouvements et des pays dans lesquels ils opèrent, il n’a de cesse de rencontrer les leaders de ces mouvements qu’il espère pouvoir  réunir et unifier, permettant ainsi au nationalisme populiste de jouer un rôle majeur en Europe après les élections européennes du printemps 2019.

Intéressant et frustrant

C’est avec une certaine frustration qu’on arrive à la fin de ce film. En effet, s’il nous a certes permis d’apprendre et de comprendre un certain nombre de choses, il reste quand même pas mal d’interrogations au bout du compte. C’est ainsi que, tout comme nous, Marie Therese Guirgis ne doit toujours pas avoir compris les raisons profondes du glissement de Steve Bannon vers la droite extrême, vers le suprématisme blanc et la plus grande dureté envers les immigrés : opportunisme ou réelle conviction ? D’autant plus que la façon qu’il a de se comporter n’aide pas à se faire une opinion, pouvant passer en un rien de temps d’un ton bonhomme à l’acerbité la plus rude envers ses collaborateurs. Autre sujet d’interrogation, John Thorton, ancien président de Goldman Sachs, banque d’investissement bien connue, qu’on voit très proche de Steve Bannon. Pas vraiment étonnant, ce dernier ayant commencé dans cette banque sa carrière professionnelle. Par contre, ce qui est vraiment étonnant, c’est que Thorton, Bannon et le milliardaire Trump, non seulement cherchent à gagner l’électorat des classes populaires et moyennes, mais, qu’en plus, ils y rencontrent un franc succès. Cela étant, il n’y a pas qu’aux Etats-Unis qu’un tel attelage rencontre le succès et les explications tardent à venir !

Les pérégrinations et les rencontres de Steve Bannon nous conduisent aux Etats-Unis et en Europe. Pour nous européens, tout ce qui concerne les Etats-Unis se révèle souvent difficile à suivre et à comprendre, même si nous est bien expliquée la motivation de Steve Bannon pour rester dans le camp de Trump malgré son limogeage : pour lui, rien n’est plus important que de convertir autant de monde que possible à la cause du populisme économique et, aux Etats-Unis, cela passe par le maintien de Trump au pouvoir. Par contre, le film d’Alison Klayman occulte Trump@War, le documentaire de Steve Bannon à la gloire de Trump, sorti en octobre 2018, c’est-à-dire un an après son limogeage et durant le tournage de Steve Bannon – Le grand manipulateur.

Bien entendu, ce qui concerne l’Europe nous est plus familier. Tellement familier que, finalement, on n’apprend pas grand chose de nouveau sur les liens entre tous ces dirigeants de l’extrême-droite européenne, qu’ils soient belges, hongrois, britanniques, italiens ou français. Sauf que, dans Steve Bannon – Le grand manipulateur, les discussions ont lieu sous nos yeux, ce qui n’est pas rien !

Un choix honnête mais à double tranchant

Il y a plusieurs façons de réaliser un documentaire. Alison Klayman a choisi de nous fournir un document brut : certes, elle a fait des choix parmi les séquences tournées mais aucun commentaire ne vient s’ajouter à la sucession de scènes qu’elle présente, mettant en scène Steve Bannon, à l’exception de quelques images en provenance de chaines de télévision. Un choix très honnête mais qu’on peut trouver frustrant lorsqu’on est confronté à des évènements qui nous paraissent confus. Un choix honorable mais à double tranchant puisqu’il laisse au spectateur la possibilté d’adhérer ou non aux idées de Steve Bannon et de ses affidés.


Conclusion

Tout à la fois intéressant et frustrant : c’est ainsi qu’on peut définir Steve Bannon – Le grand manipulateur. Intéressant, car ce film nous introduit dans les coulisses des rapprochements qui s’opèrent au sein de l’extrême-droite européenne. Frustrant, car il laisse sans réponse un certain nombre d’interrogations.

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Jean-Jacques

Cet article a été rédigé par Jean-Jacques Corrio, Rédacteur de Critique Film. Lire tous ses articles