Critique : Les confessions

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Italie, France : 2016
Titre original : Le confessioni

Réalisation :
Scénario : Roberto Ando,
Acteurs : , ,
Distribution :
Durée : 1h40
Genre : Drame, Thriller
Date de sortie : 25 janvier 2017

3.5/5

Après s’être intéressé à la politique italienne dans Viva la liberta, son 5ème long métrage de fiction, Roberto Ando monte cette fois ci un cran plus haut, au niveau de la politique planétaire : dans Les confessions, il nous invite en Allemagne, à une réunion très particulière où l’on retrouve des dirigeants du G8, le directeur du FMI et trois personnalités dont le champ d’action se situe en dehors de la politique.

Synopsis : Quelque part en Allemagne des dirigeants politiques du G8 et le directeur du FMI se réunissent en vue d’adopter une manoeuvre secrète aux lourdes conséquences. Mais tout ne va pas se dérouler comme prévu à cause du décès du directeur du FMI.

Suicide ? Meurtre ?

C’est dans un palace allemand, au bord de la mer Baltique, qu’une réunion très spéciale du G8 a été organisée par Daniel Roché, le Directeur du Fonds Monétaire International. Autour de lui, se trouvent réunis les ministres de l’économie des 8 pays membres du G8 et trois personnalités totalement extérieures : Claire Seth, une femme écrivain dont les lecteurs sont les enfants du monde entier, Michael Wintzl, un chanteur de rock, et Roberto Salus, un moine chartreux dont une des occupations consiste à enregistrer des chants d’oiseaux. Alors que Daniel Roché et les membres du G8 se sont très souvent rencontrés, il n’en est pas de même pour Claire, Michael et Roberto et, à leur arrivée dans le palace, l’écrivaine fait brièvement connaissance avec la rock star et avec le moine, faisant part à ce dernier de ses interrogations à propos d’une réunion devant se dérouler dans l’après-midi du lendemain. Dans la soirée, un repas réunit tout ce beau monde dans une ambiance d’autant plus cordiale que, tout à fait par hasard, on est le jour même de l’anniversaire de Daniel Roché. C’est même en chanson que le repas se termine, Michael Wintzl interprétant « Walk on the wild side » de Lou Reed avec l’aide de la ministre canadienne. En attendant cette fameuse réunion évoquée par Claire Seth, tout irait donc parfaitement bien, sauf que le lendemain matin, Daniel Roché est retrouvé mort alors qu’à la sortie du repas, il a passé un long moment en tête à tête avec Roberto Salus, dans le but annoncé de se confesser. Suicide ? Meurtre ? Face aux répercussions sur les marchés du monde entier que ne manquera pas d’avoir l’annonce de cette mort, il est urgent d’attendre avant d’en faire état et il est important de réfléchir à la façon de le faire.

Un film politique et moral

Avec cette interrogation sur la mort de Daniel Roché, avec ce huis clos dans lequel 11 personnages au minimum peuvent être soupçonnés d’avoir commis un meurtre, pour autant qu’il y ait eu meurtre, on peut trouver un petit côté Agatha Christie dans Les confessions. Toutefois, le film de Roberto Ando doit avant tout être perçu comme un conte dans lequel viennent se confronter les représentants des grandes puissances économiques de la planète et un modeste moine chartreux, le monde du pouvoir économique et politique et le monde spirituel, le monde du secret dans lequel se complaisent les dirigeants et le secret de la confession. Sur un tel canevas, le réalisateur peut s’en donner à cœur joie en matière de dialogues, mettant dans la bouche des uns ou des autres tout ce qu’il a, manifestement, sur le cœur s’agissant la façon dont est menée la gouvernance mondiale et rajoutant ici une maxime de La Rochefoucauld, là un clin d’œil à Saint Augustin ou un verset de la Bible. Roberto Ando nous donne à voir des hommes et des femmes politiques qui se montrent capables de prendre des décisions susceptibles de plonger des pays entiers dans la misère tout en étant conscients, du moins pour la ministre canadienne, la plus lucide, qu’ils font semblant de ne pas savoir que le véritable pouvoir est ailleurs. Quant aux économistes orthodoxes, représentés ici par Paul Kis, un ami de Daniel Roché appelé à la rescousse par les membres du G8, ils se montrent d’un cynisme à toute épreuve et pas du tout atterrés par les conséquences que peut avoir sur de nombreux êtres humains le concept de destruction créatrice quand il est mis en œuvre brutalement, sans un accompagnement adéquat. Pour Kis, « Détruire pour conserver est la marque de fabrique du capitalisme » et c’est très bien ! Pour lui, « la faim et la misère sont des ingrédients du progrès ».

Faut-il voir dans Les confessions un film politique ? La valse des pantins que nous montre Roberto Ando fait qu’il paraît impossible de répondre négativement ! La présence de ce moine peu bavard mais qui n’en pense pas moins en fait-elle un film montrant la religion comme étant le dernier rempart face à la barbarie néolibérale ? Comme le pape François dans la vraie vie, Roberto Salus, par son comportement et par ses paroles, porte un jugement moral sur les excès de la mondialisation, et cela, certes, est déjà beaucoup. La preuve : le comportement du chien du ministre allemand à son égard, alors que, nous dit Claire Seth, « les bergers allemands sont les piliers de la politique économique européenne ». On sent toutefois que d’autres forces que la religion seront nécessaires pour contenir dans la limite du raisonnable les méfaits de la domination des banques sur le monde. Roberto Ando, mine de rien, nous glisse quelques pistes : par exemple, cette ministre canadienne, qui a déjà le mérite d’être lucide sur son impuissance, ne peut-elle pas un jour, avec d’autres femmes et hommes politiques, se montrer capable de se révolter et de reprendre les rênes que les politiques ont abandonnées au monde de la finance et à celui de l’économie ?

Une distribution internationale

C’est une distribution très internationale qu’on découvre dans Les confessions. Déjà interprète principal (double interprète, même !) dans Viva la liberta, Toni Servillo devient ici un moine chartreux dont le pouvoir qu’il peut avoir sur les autres vient de son aptitude au silence. Comme d’habitude, Toni Servillo est parfait ! Lorsque Daniel Roché est découvert mort, à peine 20 minutes se sont écoulées depuis le début du film et on se dit que Daniel Auteuil, qui l’interprète à l’écran, ne s’est vu attribué  qu’un tout petit rôle. Faux ! Tout au long du film, le réalisateur va revenir ponctuellement sur l’entrevue entre Daniel Roché et Roberto Salus et donner ainsi du « temps de jeu » au comédien français. Trois autres grandes figures du cinéma hexagonal sont présentes dans Les confessions : la comédienne franco-canadienne dans le rôle de  la ministre canadienne, dans celui du ministre français et dans celui de Paul Kis. Connie Nielsen, Claire Seth dans le film, est de nationalité danoise, mais elle doit son premier rôle à un grand nanar du cinéma français : en 1984, elle était Eva dans Par où t’es entré ? On t’a pas vu sortir, de Philippe Clair ! Richard Sammel, qui interprète le rôle du ministre allemand, est bien connu de tous les adeptes de la série Un village français,  série dans laquelle il est Heinrich, un chef de service du renseignement nazi. Dans le rôle du ministre italien, on retrouve , entre autre l’interprète de l’anarchiste Giuseppe Pinelli dans Piazza Fontana de Marco Tulio Giordana. Quant au belge , interprète de la star du rock Michael Wintzl et, à ce titre, très bon interprète de « Walk on the wild side », on connaissait ses talents de chanteur depuis Alabama Monroe.

Par ailleurs, on peut s’interroger sur la signification de deux épisodes apparaissant de façon furtive dans le film : tout d’abord, les premières images montrent Roberto Salus arrivant dans sa tenue monacale juste derrière un groupe de femmes musulmanes portant tchadors ou burkas. Désir de montrer que le goût du déguisement est partagé par la plupart des religions ? Beaucoup plus loin dans le film, apparaissent dans le parc du palace deux femmes et un homme entièrement nus venus manifester leur opposition aux décisions du G8. Un déguisement dans sa forme minimale ?

Conclusion

Comme Viva la liberta, Les confessions est un film politique qui se situe à mi-chemin entre le réalisme et une approche symbolique. Aux représentants des puissants de ce monde, il oppose la morale d’un modeste moine adepte du silence sans pour autant faire de la religion le remède absolu contre les injustices de notre époque. Quand bien même l’approche scénaristique de Roberto Ando et Angelo Pasquini peut parfois dérouter, la mise en scène, le montage et le jeu des comédiens permettent au film de retenir sans aucun problème l’attention des spectateurs.

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