Critique : La vie de ma mère

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La vie de ma mère

France : 2023
Titre original : –
Réalisation : Julien Carpentier
Scénario : Julien Carpentier, Benjamin Garnier
Interprètes : Agnès Jaoui, William Lebghil, Salif Cissé, Alison Wheeler
Distribution : KMBO
Durée : 1h43
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie : 6 mars 2024

4/5

Synopsis : Pierre, 33 ans, fleuriste à succès, voit sa vie basculer lorsque sa mère, Judith, fantasque et excessive, débarque dans sa vie après deux ans sans se voir. Pierre n’a qu’une idée, reprendre le cours normal de sa vie, mais rien ne se passe comme prévu. Leurs retrouvailles, aussi inattendues qu’explosives, vont transformer Pierre et Judith à jamais.

C’est une vie plutôt agréable que mène Pierre, 33 ans. Judith, sa mère lui a transmis la passion des fleurs et il est donc devenu fleuriste. Certes, contrairement à sa mère, avant tout sensible à la beauté et au sens des fleurs, il en voit surtout le caractère commercial mais, c’est une évidence, son commerce est, osons le dire, plutôt … florissant. Il est d’ailleurs sur le point de devenir le fournisseur exclusif d’une entreprise qui organise des mariages. Il travaille avec un assistant, Ibou, avec lequel les rapports s’apparentent davantage à de l’amitié qu’à des rapports hiérarchiques. Il a aussi une amie, Lisa, une amie pour laquelle il a, lui semble-t-il, des sentiments, mais sans qu’il arrive à les lui avouer. Alors qu’il est avec Lisa devant son magasin, alors qu’il est sur le point de se rendre à un rendez vous hyper important avec l’entreprise organisatrice de mariage, un appel téléphonique lui apprend que sa mère s’est échappée de l’établissement psychiatrique où elle a été placée. En effet, cette mère qui lui a transmis la passion des fleurs est atteinte d’une forme de bipolarité particulièrement sévère.

A partir de ce moment là, ce premier long métrage de Julien Carpentier va nous entraîner dans une cavalcade effrénée pleine de rebondissements dans laquelle un rire jamais vulgaire côtoie une émotion exempte de pathos. Partant du désir de Pierre de ramener sa mère en phase maniaque dans l’établissement psychiatrique, cela va nous conduire chez sa grand-mère, la mère de sa mère, dans une station-service, dans le cimetière où est enterré le père de Pierre, dans un hôtel, dans un bar à karaoké, dans le jardin de l’ancienne maison familiale, chez une psy qui va expliquer à Pierre que sa mère irait bien mieux si il allait la voir plus souvent, etc. Pour Pierre et Judith, cette proximité qu’ils ont rarement connue dans le passé les amène petit à petit à mieux se connaître, à mieux se comprendre, à faire fi de leurs différences à mieux s’aimer. Durant la plus grande partie du film, c’est l’aspect comique qui l’emporte et c’est tellement bien fait que c’est à peine si on se rend même compte qu’on est en train de rire du comportement extravagant d’une personne touchée par une maladie. Et, quand arrive le dernier quart d’heure, c’est l’émotion qui l’emporte, une émotion intense, une émotion qui se nourrit de ce qui se passe alors entre Pierre et Judith et entre Pierre et Lisa, de la gentillesse touchante de Ibou, mais aussi de la musique de la très talentueuse violoncelliste et chanteuse brésilienne Dom La Nena, et de chansons, qu’elles soient interprétées par Agnès Jaoui ou par Arno. 

 Julien Carpentier, le réalisateur de La vie de ma mère, ne s’en cache pas : il a connu personnellement la vie difficile de celles et ceux dont un membre de la famille est bipolaire. L’observation du comportement de Judith en phase maniaque respire le vécu : une énergie débordante qui semble ne pas connaître la fatigue malgré le manque de sommeil, une dépendance à l’alcool, des décisions abruptes prises sans discernement, etc. Même si le film appuie moins sur ce volet, il nous parle aussi de ce que ressentent les accompagnants, que ce soit la fatigue engendrée par le comportement de la personne malade ou la honte ressentie dans certaines situations.

Pour interpréter Judith et Pierre, Julien Carpentier a fait un choix qui donne un résultat exceptionnel. Tout d’abord, Agnès Jaoui dans le rôle de Judith ! On connaît depuis longtemps ses qualités de comédienne mais ce rôle d’une femme bipolaire en phase maniaque lui permet d’en faire beaucoup, ce dont rêvent beaucoup de comédiens et de comédiennes, tout en sachant rester dans les clous, sans jamais en faire trop. Elle est tout simplement grandiose. Il parait que Julien Carpentier rêvait depuis longtemps de travailler avec elle, sa maman ayant Jaoui comme nom de jeune fille ! Le choix de l’interprète de Pierre a peut-être été plus difficile, mais William Lebghil a su prendre ce rôle difficile par le bon bout, passant progressivement du comportement d’une personne sur la défensive, plutôt renfermée, à celui d’une personne qui s’ouvre aux autres et, particulièrement, à sa mère et à son monde. A côté d’Agnès Jaoui et de William Lebghil, Salif Cissé fait un sans faute dans le rôle de Ibou, tout comme Alison Wheeler dans celui de Lisa. Emotion, rires, rares sont les films qui, dans ces deux domaines, en donnent autant aux spectateurs !

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