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Test DVD : Vade Retro

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Vade Retro

France : 2025
Titre original : –
Réalisation : Antonin Peretjatko
Scénario : Antonin Peretjatko
Acteurs : Estéban, Pascal Tagnati, Pascal Légitimus
Éditeur : Blaq Out
Durée : 1h31
Genre : Comédie, Fantastique
Date de sortie cinéma : 31 décembre 2025
Date de sortie DVD : 9 septembre 2026

Norbert, vampire de bonne famille aristo-réac, doit trouver une femme de sang pur à mordre et à épouser s’il veut survivre et ne pas être renié par ses parents. Envoyé en bateau au Japon, accompagné de son valet gardien de musée, il fait naufrage sur l’île de Boulet Rouge…

Le film

[3,5/5]

Norbert a 350 ans, mais il lui manque encore ce petit quelque chose qui sépare l’immortel accompli du grand adolescent qui refuse obstinément de passer son permis de vampire. Dans Vade Retro, Antonin Peretjatko transforme donc le mythe de la créature sanguinaire en crise existentielle à collerette, avec un jeune aristocrate obligé de trouver une femme « de sang pur » sous peine de décevoir une famille aussi réactionnaire qu’un crucifix planté dans un nid de frelons. Envoyé vers le Japon avec son valet Didier, Norbert fait finalement naufrage sur l’île de Boulet Rouge, terrain de jeu tropical où les obsessions identitaires, la religion, le racisme, la peur de l’autre et quelques vieilles idées moisies vont pouvoir se promener en toute liberté. Vade Retro n’a donc rien d’une simple comédie vampirique : derrière ses gags et ses éclaboussures d’hémoglobine, Antonin Peretjatko s’amuse à retourner les discours sur la pureté, les traditions et la différence comme une vieille chaussette idéologique. Le principe est suffisamment clair pour éviter le pensum, et suffisamment mordant pour que les crocs dépassent encore lorsque les rires retombent.

Vade Retro avance ainsi sur une drôle de ligne de crête, quelque part entre cinéma fantastique, comédie absurde et série Z assumée. Le film accepte franchement ses débordements gore et ne cherche jamais à faire croire que le sang est uniquement du ketchup ayant pris des cours du soir. Les situations peuvent partir dans tous les sens, les personnages débarquent parfois comme s’ils avaient raté la sortie vers une autre réalité et certains gags restent sagement plantés sur le bas-côté. Mais Antonin Peretjatko possède un véritable sens du mouvement comique et surtout un goût très sûr pour le gag visuel. Un regard, une entrée dans le cadre, une attitude corporelle ou un déplacement parfaitement incongru peuvent devenir plus drôles qu’une réplique travaillée au marteau. Cette mécanique rappelle par endroits l’esprit de La Loi de la jungle et La Pièce rapportée, mais Vade Retro pousse davantage vers le cinéma de genre, avec ses vampires, ses chasseurs, ses savants excentriques, ses crucifix et ses morceaux de corps qui semblent avoir une fâcheuse tendance à prendre leur indépendance. La mise en scène, elle, accompagne cette folie sans la surligner constamment : le cadre peut rester étonnamment sage pendant que le monde qu’il contient part en sucette métaphysique.

Cette liberté formelle sert surtout le propos de Vade Retro. Le vampire devient ici une machine à révéler les obsessions humaines : le sang « pur » n’est évidemment pas seulement celui dont rêvent les créatures nocturnes, puisqu’il renvoie à toutes ces classifications absurdes permettant de séparer les individus entre eux. Antonin Peretjatko utilise donc les codes du fantastique pour parler de préoccupations très terrestres, de la xénophobie au conservatisme en passant par la religion, le patriarcat ou les fantasmes de pureté. Le procédé fonctionne d’autant mieux que Vade Retro refuse de prendre des airs de dissertation filmée. Les idées passent par le burlesque, les corps, les décors, les ruptures de ton et les situations qui dérapent. Le rire devient alors une petite porte de service permettant de faire entrer des sujets autrement beaucoup plus lourds. Et quand cette porte claque au nez d’un personnage, le film peut aussitôt sortir un pieu, une croix ou une gerbe de sang pour rappeler que la comédie horrifique n’est pas venue distribuer des bons points.

Il reste que Vade Retro est parfois victime de sa générosité. À force d’empiler les idées, les personnages loufoques et les trouvailles, certaines séquences paraissent moins inspirées que d’autres et quelques gags donnent l’impression d’avoir attendu le bus comique un peu trop longtemps. Mais le film conserve une qualité devenue presque suspecte dans certaines productions contemporaines : il fait confiance à son univers. Il ne cherche pas à édulcorer le gore pour devenir une comédie familiale, ni à rendre son absurdité artificiellement « cool ». Cette sincérité constitue probablement son meilleur atout. Estéban trouve dans Norbert une belle matière de benêt aristocratique, tandis que Pascal Tagnati compose avec Didier un valet impassible qui donne au délire une indispensable assise terrestre. Yolène Gontrand, Céline Fuhrer, Alma Jodorowsky, Sébastien Chassagne, Pascal Légitimus, Arielle Dombasle et Philippe Duquesne viennent compléter cette galerie de créatures humaines parfaitement à leur place dans ce carnaval vampirique. Vade Retro ne réussit donc pas tous ses coups de crocs, mais son mélange de comédie, de gore, d’absurde et de satire possède suffisamment de personnalité pour mériter largement qu’on lui ouvre la porte. A découvrir !

Le DVD

[4/5]

Édité par Blaq Out, le DVD de Vade Retro nous propose une copie solide. Évidemment, le DVD ne peut pas faire disparaître les limites inhérentes au support et le piqué reste sensiblement moins précis que sur une édition haute définition. La définition demeure néanmoins correcte, avec une texture argentique discrète et surtout une très belle gestion des contrastes. Les noirs sont suffisamment soutenus sans avaler les détails, les éclairages tranchés donnent du relief aux scènes nocturnes et l’étalonnage chaud permet aux couleurs de conserver une jolie vivacité. Les teintes saturées de Vade Retro profitent ainsi d’une restitution plutôt généreuse, particulièrement appréciable lorsque la photographie tropicale rencontre les délires de la mise en scène. Quelques limites de définition rappellent évidemment que le vampire est ici arrivé sur DVD et non en pleine lumière 4K, mais l’ensemble reste globalement convaincant. Côté son, Blaq Out nous propose un mixage Dolby Digital 5.1: les dialogues demeurent parfaitement intelligibles, tandis que les effets sonores et la musique de Josselin Bordat profitent d’une dynamique appréciable. La spatialisation ouvre correctement l’espace et les effets arrière accompagnent efficacement les scènes les plus mouvementées. Les débordements gore de Vade Retro gagnent évidemment quelques centimètres supplémentaires dans la pièce grâce aux effets surround, tandis que le canal de graves sait se manifester lorsque la situation l’exige. Le film est également proposé en Dolby Digital 2.0, et l’ensemble est propre et sans mauvaise surprise. Pas de miracle technologique, donc, mais un DVD techniquement sérieux et surtout cohérent avec les ambitions visuelles et sonores du film.

Le véritable petit cadeau de cette édition se trouve du côté des suppléments avec Les Algues maléfiques, un court-métrage réalisé par Antonin Peretjatko en 2022 (23 minutes). Présenté ici dans son intégralité, ce petit film permet de retrouver plusieurs obsessions qui irriguent Vade Retro, notamment cette manière de faire naître une satire politique au milieu d’un dispositif de cinéma de genre volontairement brinquebalant. Le court-métrage, dans lequel apparaissent notamment Estéban et Alma Jodorowsky, possède déjà cette envie de mélanger humour absurde, fantastique, inquiétude écologique et critique sociale. Sa présence éclaire donc joliment le long-métrage en montrant qu’il ne s’agit pas d’une lubie surgie de nulle part, mais du prolongement d’un travail entrepris plusieurs années auparavant.

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