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Cannes 70 Dossiers Festivals News — 21 avril 2017
Cannes 70 : ça va tourner sur la Croisette, chérie !

70 ans, 70 textes, 70 instantanés comme autant de fragments épars, sans chronologie mais pas au hasard, pour fêter les noces de platine des cinéphiles du monde entier avec le Festival de Cannes. En partenariat avec le site Écran Noir, nous lançons le compte à rebours : pendant les 70 jours précédant la 70e édition, nous nous replongeons quotidiennement dans ses 69 premières années.

Aujourd’hui, J-27. Retrouvez nos précédents textes du dossier en cliquant sur ce lien.

Le Festival de Cannes fait rêver les cinéphiles. Ceux qui cèdent, ne serait-ce qu’une fois, à l’appel de la Croisette sont mordus, sinon pour l’éternité, au moins pour très très longtemps. Pourtant, assez étrangement, le lieu n’a que peu aiguisé l’inspiration des réalisateurs. Peu de longs-métrages de fiction ont été tournés pendant le Festival ou se déroulent dans son cadre. Lors de l’annonce de la sélection officielle 2017, un nom est ressorti à deux reprises, celui du stackhanoviste Hong Sangsoo qui sera présent avec ses deux derniers longs-métrages. Le Jour d’après sera présenté en compétition, un autre le sera en séance spéciale avec , qu’il avait déjà dirigée dans In Another Country. La comédienne, interrogée par La Montagne avait présenté ce projet en quelques mots : «un film vite fait bien fait, mais un vrai film, qui s’appelle . Quatre histoires qui s’entrecroisent». Une comédie tournée l’an dernier à Cannes, juste avant et pendant le Festival en toute discrétion et indépendance, comme souvent / toujours chez ce cinéaste que l’on adore retrouver à intervalles (très) réguliers pour des films qui ne cessent de se ressembler et d’être pourtant très différents à chaque fois.

Tourne à Cannes, pourriture de cinéaste !

Pour le trio Alain Chabat / Dominique Farrugia / Chantal Lauby, le Festival de Cannes est «l’événement médiatique que le monde nous envie mais le monde du cinéma est parfois une jongle bien cruelle». Dans La Cité de la peur, une comédie familiale, le film de Les Nuls (désolé, mais pour moi c’est le titre complet), un tueur habillé en ouvrier sidérurgiste, armé d’une faucille et d’un marteau, prend un malin plaisir à occire des projectionnistes (Jean-Pierre Bacri, Eddy Mitchell…). Leur point commun ? Tenter de faire découvrir à un public ébahi mais totalement pas intéressé une série Z fauchée, « Red is dead », présenté au marché du film dans l’une des salles des Arcades.

Odile Deray, l’attachée de presse, se réjouit de ces meurtres car soudain les journalistes s’intéressent à ce nanar que personne ne veut voir et qui est représenté uniquement par son acteur idiot, le toujours content Simon Jérémi. Sam Karmann, Palme d’or du court deux ans plus tôt pour Omnibus, apparaît dans un rôle peu gratifiant physiquement mais hilarant. alias le commissaire Bialès évoque dans un entretien les conditions de tournage : «On l’a fait en plein mois de juillet, donc pas du tout dans la période festivalière. Recréer cette ambiance de festival… La montée des marches, la Carioca dans le Palais… C’est un souvenir indélébile». Cette citation ne devrait pas en devenir un, désolé.

La course-poursuite d’Alain Chabat / Serge Karamazov est l’un des rares enregistrements cinématographiques de la longue, longue, longue remontée de la Croisette (incomplète ceci dit mais respectons la liberté des artistes au détriment d’une dimension historique honteusement chamboulée) effectuée parfois plusieurs fois par jour par les festivaliers qui vont d’une section à une autre, du Palais du festival où se déroulent, en résumé, les projections officielles (le grand bâtiment dans le dos de Chabat) jusqu’aux salles de la Quinzaine des Réalisateurs et de la Semaine de la Critique à plus de dix minutes de là. Il faut savoir que de nombreux festivaliers pensent à cette séquence en remontant cette longue, longue, longue avenue, partageant hélas certaines souffrances du héros. Et je ne parle pas forcément des mimes.

Cette comédie hilarante aurait mérité une sélection officielle mais hélas, il n’en fut rien. Néanmoins, le film se révèle prophétique. Futur président du Festival de Cannes en remplacement de , , cofondateur de Canal + et co-artisan de la formation des Nuls, fait une apparition, tout comme le (futur) réalisateur Michel Hazanavicius dix-sept ans avant sa première invitation en compétition avec The Artist. Revenu en 2014 avec The Search, il sera présent une troisième fois déjà cette année avec Le Redoutable dans lequel il se moque, dans le teaser ci-dessous, du Festival de Cannes. «Il faut être complètement con pour aller à Cannes cette année ! Avec tout ce qui se passe en ce moment !» lance avec verve un personnage. On admirera la jolie formule qui reflète certainement l’opinion de Godard à l’époque (au moins par esprit de contradiction) et de Hazanavicius aujourd’hui, même dans des contextes différents.

Youpi, tournons au Palais des Festivals

1994 toujours. Dans Grosse Fatigue dont il est le réalisateur et l’acteur principal, Michel Blanc voit sa vie de personnalité populaire chamboulée par un sosie parfait à la rancoeur agressive. Ce double maléfique s’en prend à des vedettes du cinéma, tentant de violer, au sein même du prestigieux Carlton (où il a récupéré la chambre de Gérard Depardieu), quelques jeunes actrices dont Mathilda May ou la toute jeune et timide Charlotte Gainsbourg. Sur une idée de Bertrand Blier – qui lui avait permis de remporter un prix d’interprétation à Cannes, sacré effet miroir – il signe une charge sarcastique sur la relativité de la notoriété et montre l’envers du décor de façon toute personnelle. En remportant le prix du scénario, Michel Blanc devenait l’un des rares artistes primé sur la Croisette à la fois devant (Tenue de soirée de Bertrand Blier) et derrière la caméra, comme Orson Welles pour citer un autre exemple pas trop écrasant. Cerise sur le gâteau, il relance à lui seul ce Prix qui n’avait pas été attribué depuis dix ans et redevient permanent dès 1996.

Gilles Jacob fait une apparition dans son propre rôle de «big boss» du festival, ce qu’il fera une nouvelle fois dans de Femme Fatale, un thriller de sorti en 2002, avec Rebecca Romjin Stamos en voleuse de luxe. Tourné en 2001 en plein festival, avec la participation du réalisateur Régis Wargnier et de Sandrine Bonnaire (son actrice de Est/Ouest), le film s’ouvre sur une soirée de gala avec un «braquage» inédit, celui d’une robe de soirée très peu habillée mais d’une valeur près de dix millions de dollars car composée de nombreux diamants. Le joli mannequin interprété par Rie Rasmussen, est délicatement déshabillé dans les toilettes du Festival, sur fond de Boléro de Ravel pour cacher l’aspect bruyant du vol et comme métronome pour les effets de montage d’un maître de la mise en scène. Le film est dans l’ensemble décevant, mais cette partie est assez savoureuse et offre là encore un angle pour le moins inédit sur le Festival.

En 1982, dans le semi-autobiographique , Youssef Chahine se dévoile à travers son personnage de metteur en scène qui, après une crise cardiaque, se remémore son parcours de cinéaste sur près de trente ans. Il évoque son lien affectueux (et angoissé) avec le festival qui lança sa carrière internationale lorsqu’il présenta Le Fils du Nil en 1952 puis Ciel d’enfer en 1954, le cinéaste revivant une scène embarrassante de cette année là. En 1997, il recevra un prix pour l’ensemble de sa carrière des mains de la présidente du jury, Isabelle Adjani.

Dans Un scandale presque parfait de Michael Ritchie l’année suivante, un réalisateur (Keith Carradine) se lance dans une liaison avec la femme (, révélée par le festival avec L’Avventura) d’un producteur (Raf Vallone) alors que la copie de son film est bloquée par la douane, une anecdote inspirée de la même mésaventure arrivée à George Lucas lorsqu’il présenta THX 1138 à la Quinzaine des Réalisateurs. Des images ont été tournées pendant le festival mais l’essentiel du tournage a eu lieu en septembre, là encore hors saison.

S’ajoutent en bref à cette liste un épisode de Amicalement vôtre, le duo Danny Wilde (Tony Curtis) et Brett Sinclair (Roger Moore) passant notamment devant le vieux palais ; le téléfilm Evening in Byzantium de Jerry London en 1978 dans lequel le festival est investi par des terroristes qui exigent la libération de leurs complices alors qu’un producteur de Hollywood essaie de monter un film sur une invasion terroriste ; d’Agnès Varda avec une montée des marches pour le Monsieur Cinéma de Michel Piccoli (sa partenaire Julie Gayet deviendra une madame Cinéma en tant que productrice cannoise, notamment de Mimosas et Grave en 2016) ; de Henry Jaglom avec Anouk Aimée et avec Willem Dafoe en réalisateur qui rencontre le héros maladroit joué par Rowan Atkinson et le dernier, au moins jusqu’au Hong Sangsoo que nous découvrirons au mois de mai, la peu concluante satire de Barry Levinson, que Robert De Niro ne parvient pas à relever.

Des documentaires dont Seduced and Abandoned de James Toback avec Alec Baldwin et surtout plusieurs réalisés par Gilles Jacob lui-même (Une journée particulière avec les 35 réalisateurs de Chacun son cinéma ainsi que trois films de montage : Histoire(s) de festival ; Les Marches et Epreuves de cinéma) se déroulent complètement ou en partie à Cannes, le lieu favorisant les rencontres professionnelles, malgré les emplois du temps serrés des acteurs et réalisateurs. Appel du pied à monsieur Frederick Wiseman : à quand un documentaire fleuve comme il sait si bien le faire sur les coulisses de ce grand barnum du 7e Art avant que n’importe qui ne s’empare du sujet ? Car cela arrivera bien un jour, non ?

À ce propos… Deux films aux titres très proches – que l’auteur de ces lignes n’a pas encore vu (bouh, le vilain) – vont tenter de se faufiler avec un certain opportunisme dans la prochaine actualité cannoise. L’un est un documentaire. Dans Le Goût du tapis rouge, Olivier Servais a filmé des professionnels du cinéma, travailleurs, mannequins, cinéphiles, groupies, artistes de rue, badauds, vendeurs à la sauvette et sans-abris dans l’effervescence de la manifestation. Sortie le 17 mai, jour de l’ouverture officielle. Pour Le Tapis Rouge tout court, c’est un film de Frédéric Baillif et Kantarama Gahigiri, entre documentaire et fiction, sur un groupe de jeunes qui vont tenter d’écrire et de réaliser un film pour s’approcher des marches du palais, des marches du palais, y a une tant belle palme, Lonla, y a une tant belle palme. Oui, c’est ma conclusion…

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Pascal Le Duff

Cet article a été écrit par Pascal Le Duff, rédacteur en chef cinéma sur Critique-film.fr. Lire tous ses articles