Cannes 2015 : Agnès Varda, Le Bonheur d’être Palmée
© Ciné-Tamaris

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La réalisatrice , née le 30 mai 1928, recevra une Palme d’or honorifique lors de la soirée de clôture de la 68ème édition du Festival de Cannes. Ce prix est décerné à un cinéaste dont l’œuvre fait autorité dans le monde mais qui n’a pourtant jamais reçu de Palme d’or. Elle succède à (2002), Manoel de Oliveira (2008), Clint Eastwood (2009) et Bernardo Bertolucci (2011). Ingmar Bergman avait lui reçu une Palme des Palmes en 1997 à l’occasion de la cinquantième édition du Festival, sélectionné par ses pairs, tous anciens lauréats d’une Palme d’or.

« Nous voilà : Maria-Isabel, Manoel et moi. On a fait le calcul. On totalise : 276 ans. » (extrait de l’épisode 1 de « Agnès de ci de là Varda », 2011)

« Nous voilà : Maria-Isabel, Manoel et moi.
On a fait le calcul. On totalise : 276 ans. »
(extrait de l’épisode 1 de « Agnès de ci de là Varda », 2011)

 

Réalisatrice de cinéma mais aussi photographe et plasticienne, c’est un beau parcours de créatrice d’images entamé voici soixante ans qui est salué. Son premier long-métrage , tourné en 1955, révéla Philippe Noiret, jusqu’alors reconnu comme comédien de théâtre mais c’est bien qui lance sa carrière de réalisatrice. Le film dont l’action se déroule en temps réel suit une jeune femme qui attend le résultat d’un examen médical. Le procédé est original, bouleverse les codes de narration d’un cinéma français très formaté et fait d’elle une compagne de route officieuse de la Nouvelle Vague, ce qui est entériné par le court film burlesque que l’on découvre dans ce film où apparaissent certains de ses représentants emblématiques comme le réalisateur Jean-Luc Godard en double de Harold Lloyd, les comédiens Anna Karina et Jean-Claude Brialy ou encore le producteur Georges de Beauregard. Agnès Varda participe alors pour la seule et unique à la compétition officielle mais fera quelques autres apparitions sur la Croisette.

cleo de 5 a 7

Elle participe à la compétition côté courts-métrages pour en 1958, participe à Un Certain Regard avec Mur Murs (1981), Ulysse (1983) et (1993). T’as de beaux escaliers, en 1986, en 1991 et en 2000 sont présentés en sélection officielle encore mais hors-compétition. En 2010, elle reçoit le Carrosse d’or attribuée par la SRF (la Société des Réalisateurs de Films) dans le cadre de la . En 2013, elle préside le jury de la Caméra d’or et prime Ilo Ilo d’Anthony Chen.

Agnès Varda, Anthony Chen et Zhang Ziyi (© AFP)

Agnès Varda, Anthony Chen et Zhang Ziyi (© AFP)

 

Sa carrière se partage entre courts et longs-métrages, documentaires et fictions, le dernier dans cette catégorie étant en 1995 qui célébrait le centenaire du cinéma et où de grands acteurs faisaient des apparitions dont trois comédiens eux aussi honorés d’une Palme d’honneur (d’interprétation) : Jeanne Moreau (2003), Catherine Deneuve (2005) et Jean-Paul Belmondo (2011). Jane Fonda a reçu ce même prix en 2007 mais n’a pas tourné sous sa direction. Et non, Agnès de Dieu, ça ne compte pas ! Quoi que…

Ses documentaires abordent les questions de société comme la guerre du Vietnam, les et la place de la femme dans le monde mais aussi des sujets plus intimes comme la vie bouillonnante de la rue Daguerre où se trouvent ses bureaux ou celui qui partagea sa vie, Jacques Demy dans Les demoiselles ont eu 25 ans et L’Univers de Jacques Demy mais aussi dans la fiction Jacquot de Nantes où elle évoque l’enfance du réalisateur des Parapluies de Cherbourg, Palme d’or en 1964.

glaneurs et la glaneuse

En 2000, Les Glaneurs et la Glaneuse lui permet d’évoquer avec une certaine poésie mais aussi avec une idée de militantisme écologique ceux qui récupèrent les objets oubliés et abandonnés sur les trottoirs et les poubelles ou la nourriture jetée dans les rues ou laissée dans des champs. Une pomme de terre en forme de cœur deviendra le symbole visuel de cet essai dont le titre vient d’un tableau de Jean-François Millet peint en 1857 (Des glaneuses). Réunis dans la rétrospective « Agnès Varda in California », Uncle Yanco, Black Panthers, Lions Love…(and Lies), et Murs, murs illustrent sa parenthèse américaine qui marquait une césure curieuse dans son oeuvre.

D’autres prestigieux trophées ont su reconnaître son talent. Agnès Varda a ainsi reçu le Prix Jean-Vigo et un prix spécial du jury au Festival de Berlin pour Le Bonheur (1965), le Lion d’or à Venise pour Sans toit ni loi en 1983, trois César en 1984 (du court-métrage documentaire pour Ulysse), 2001 (d’honneur) et 2009 (long-métrage documentaire pour Les Plages d’Agnès), et un prix pour l’ensemble de sa carrière aux European Film Awards en 2014.

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Pascal Le Duff
Pascal Le Duff

Cet article a été écrit par Pascal Le Duff, rédacteur en chef cinéma sur Critique-film.fr. Lire tous ses articles

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