Bilan de trois mois de cinéma : un été pluvieux ?

0
95

Eté : la tortue rouge

Juin, Juillet, Août. Trois mois où il fait bon s’abriter de la chaleur au sein de salles sombres et (trop) climatisées. C’est en tout cas une bonne excuse pour aller dans un lieu où on va quelque soit le temps … Niveau programmation, l’été est traditionnellement la période où les grands studios sortent leurs blockbusters, aux budgets plus élevés chaque année. Cependant la tradition du blockbuster estival, ancrée depuis 40 ans dans le milieu, est en perte de vitesse : on a eu droit à Batman V Superman en mars et Civil War en avril, tandis que le prochain Star Wars sort en décembre. Bien sûr il n’y a pas que les montagnes de billets verts dans la vie – heureusement !, et on a le droit à des films à plus petit budget. Mais d’un côté comme de l’autre, force est de constater que cet été aura été assez moyen, en tout cas pour ce que j’ai pu voir et selon mes compères du site …

Mon coup de coeur :

L’été cinématographique commençait bien. Quinze jours après la fin du festival de Cannes, et alors que Elle et Ma loute étaient déjà sortis, c’était au tour d’un troisième film de la compétition officielle  de sortir en salle : The Neon Demon. A l’instar de son précédent film, Only God forgives, Refn a divisé les critiques, d’aucuns criant au génie alors que d’autres n’y trouvaient qu’un spectacle creux et laid. Comme vous pouvez le deviner avec la mention « coup de cœur », j’appartiens à la première catégorie, chaque film du danois m’emportant dans son univers hypnotique. Ici on retrouve les obsessions stylistiques et thématiques de l’auteur, qui atteignent leur paroxysme. Tout mouvement, tout son, toute parole y sont filmés avec minutie, des symboles fusent dans tous les sens et les lumières nous en mettent plein la vue de leur beauté. Une forme qui sert totalement le fond : il y est question du milieu de la mode, présenté comme littéralement vampirique / cannibale, The Neon Demon étant bien loin de la coquille vide décriée par certains. Et quelle forme ! A voir et/ou revoir en blu-ray dès le mois prochain …

The Neon Demon NWR

Le cinéma d’animation, mauvais élève ?

Si je n’ai pas vu l’, les deux autres « gros » films d’animation de l’été m’ont peu convaincu. a rapporté près d’un milliard de dollars au box-office mondial. Pourtant, il s’agit d’un Pixar mineur, pratiquement un remake du Monde de Némo, et tristement classique dans son déroulement comme dans son humour. Heureusement, la caution « animal mignon » est là ! Niveau « animaux mignons » vous serez servis dans , nouvelle production de Illumination Entertainement, les papas des minions. Et c’est d’ailleurs le seul intérêt du film, extrêmement banal, même dans son animation. Mais peut-être moins insupportable que Les Minions … Enfin, le meilleur pour la fin : . Co-production entre la France et Ghilbi, premier long-métrage de Michael Dudok De Witt, un vétéran du court-métrage d’animation, dont on peut expliquer le peu de films à son actif par son travail minutieux. Un film poétique sur la paternité et la vie (rien que ça !),  un peu plus d’une heure de poésie sans paroles, et avec une animation qui change des CGI. Des dessins « à l’ancienne », au graphisme proche de la bande-dessinée franco-belge. En bref, une véritable expérience cinématographique, familiale de surcroît.

le-monde-de-dory-bebe-dory

Des blockbusters en perte de vitesse

Au niveau des blockbusters, l’été aura été assez morne, autant pour nous spectateurs que pour les grands studios. Pas un scénario original ne se détache du lot, qui compte de nombreuses suites/remakes, et la plupart ont oscillé entre 250M et 350M de dollars niveau recettes. Autant dire, des échecs du point de vue des studios, qui à peine remboursent le budget du film couplé au budget publicitaire. Dans le désordre : Alice de l’autre côté du miroir est passé pratiquement inaperçu, tout comme Ninja Turtles 2, Jason Bourne, Tarzan et Independance Day 2. Ghostbusters version 2016 lui aura fait parler de lui pour les polémiques idiotes (et sexistes) qu’il a soulevé. Le titre de « meilleur blockbuster de l’été » semble revenir à Star Trek : sans limites qui se contente de faire le job selon la plupart des critiques.

Quant au film dont le matraquage médiatique aura été le plus puissant, Suicide Squad… si le box-office aura été assez convaincant (675M $ pour un budget autour de 200M), la quasi-unanimité des critiques et des spectateurs (en France en tout cas) se sont accordés sur sa piètre qualité. Le seul film qui personnellement me vend encore du rêve dans le lot est Le BGG – Le Bon Gros Géant de Steven Spielberg, que je n’ai pas encore vu, et qui a connu lui aussi un échec cuisant au box-office mondial : 160M $ de recettes au niveau international, pour un budget estimé à 140M (sans la promotion …).

BGG

Cinéma Français

Au niveau du cinéma français, rien de bien passionnant ne semble avoir émergé du cœur de la saison, à part peut-être La loi de la jungle d’Antonin Peretjatko (La fille du 14 juillet). Le plus gros succès français aura été sans surprise Camping 3, et personne sur le site ne semble avoir eu le courage d’aller le voir (ou d’en parler). 3M d’entrées pour Franck Dubosc, dont le slip semble encore attirer les foules …

La fin du mois d’août aura vu sortir deux films présentés à Cannes : le dernier Alain Guiraudie d’une part, Rester vertical, et ses scènes osées – ce qui n’est pas vraiment une surprise venant du réalisateur de l’inconnu du lac ! De l’autre, de Houda Benyamina, qui a remporté la Caméra d’or au festival. Si, globalement, la presse française semble convaincue, le film n’évite selon moi pas les écueils du « film de cité », malgré une certaine énergie qui le rend sympathique. Mes compères du site n’ont eux aussi pas été convaincus – vous pouvez trouvez deux avis : un ici et l’autre . Pour ma part le second coup de cœur de l’année aura été français, et est sorti la semaine dernière : Nocturama de Bertrand Bonello. Un film puissant, poignant, qui se classe dans le top des films de l’année que j’ai vu.

LoiDeLaJungle

Le cinéma coréen fait son grand retour ?

Pas moins de quatre films coréens sont sortis en deux mois. Un vent d’air frais venu de l’est, de la part d’un pays qui compte parmi ses cinéastes contemporains des réalisateurs aussi doués que Park Chan-wook, Hong Sang-soo ou Bong Joon-ho. Pendant une saison de blockbusters fade, le cinéma coréen offrait ainsi le 6 juillet un polar / film d’exorcisme rural, The Strangers, un poil trop long à mon goût mais qui a le mérite d’offrir un sacré dépaysement. Et puis on retrouve ce qu’on aime tant dans ce cinéma : une ambiance poisseuse, des protagonistes profondément humains, et une ambiance unique. Il y a quelques années son réalisateur, Na Hong-jin, avait signé The Chaser, sorte de Jack l’Eventreur modernisé, parfait pour vous plomber le moral – incontournable donc ! Le 20 juillet, Man on high heels proposait un thriller LGBT, avec un policier sur-entraîné voulant devenir une femme. Un film intriguant mais assez mal distribué, que je n’ai pas pu voir, ce qui semble aussi être le cas pour les autres rédacteurs du site … Le 27 juillet sortait Black Stone, une plongée dans une jungle polluée, un film dont nous sommes partenaires – vous pouvez retrouver deux critiques sur le site, ici et . Enfin, celui qui a le plus fait parler de lui est sorti il y a deux semaines : Dernier train pour Busan, érigé « meilleur blockbuster de l’été » par la critique française. Si le budget est assez confortable, on est bien loin des budgets américains : 10 millions de dollars. Yeon Sang-ho va explorer tous les recoins de ce TGV coréen infesté de zombies pour raconter son histoire, assez classique mais se distinguant par sa scénographie. Des personnages travaillés et un héros au départ peu sympathique viennent soutenir le film, pour deux heures d’action bien maîtrisées. Bref, le cinéma coréen est toujours aussi inventif pour ce que j’en ai vu !

busan

Et les autres (et pas des moindres)

Bien sûr il serait beaucoup trop long de dresser une liste de tous les films sortis cette année. Mais vu qu’il ne rentraient dans aucune catégorie, et qu’ils serait dommage de ne pas les évoquer, voici un court avis sur deux films, un franco-allemand, Colonia, et un autro-allemand, Toni Erdmann.

a connu un échec cuisant, même en Angleterre, patrie de son actrice principale (une cinquantaine de livres de recettes, c’est bien peu, même pour six salles !). Un échec loin d’être mérité, car si le long-métrage n’est pas extrêmement original, il s’agit d’un film de genre (le film de prison, ou presque) qui traite d’une histoire peu connue de l’Histoire chilienne. Film loin d’être passé inaperçu, Toni Erdmann avait remporté un franc succès lors de sa projection à Cannes. Une fable touchante sur les relations père-fille, avec pour fond une Roumanie écrasée par de grandes entreprises. L’humour marche souvent, et les deux heures quarante passent en un éclair.

En bref, une bonne note pour finir un été de cinéma qui aura été assez décevant, et avant une rentrée qui s’annonce très intéressante …

toni erdmann 7