Critique : Black Stone

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black stone affiche : 2015
Titre original : –
Réalisateur :
Scénario : Roh Gyeong-Tae
Acteurs : , , Baek Hyun-Joo,
Distribution :
Durée : 1h32
Genre : Drame
Date de sortie : 27 juillet 2016

3/5

Réalisateur coréen de 44 ans, Roh Gyeong-Tae signe, avec Black Stone, son 4ème long métrage de cinéma, le 3ème à sortir dans des salles de notre pays. Tournant aussi souvent aux Philippines que dans son pays, Roh Gyeong-Tae a fait commencer ce film en Corée et l’a poursuivi aux Philippines, dans un paysage tropical dévasté par la pollution environnementale, Black Stone étant le 3ème volet d’une trilogie consacrée à ce thème. Pour ce film, Roh Gyeong-Tae se dit avoir été influencé par Robert Bresson et Apichatpong Weerasethakul.

Synopsis : Pendant que ses parents adoptifs se tuent à la tâche dans une usine agro-alimentaire de Séoul, Shon Sun est contraint d’effectuer son service militaire. Mais, victime de mauvais traitements, il est obligé de fuir l’armée. De retour à Séoul, il s’aperçoit que ses parents ont disparu. Bien décidé à les retrouver, il entame alors tout un périple à travers la jungle polluée, d’où est originaire son père…

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Un réalisme très cru

Coréen, Shon Sun ne l’est pas vraiment : il a été adopté par Ching Tuang, son père, philippin d’origine, et Shon Rae-son, sa mère, d’origine chinoise, un couple qui a quitté le village de pêcheurs dont était originaire Ching Tuang pour venir travailler en Corée dans une usine de découpe de volailles. Shon Rae-son est malade et la paye, qui permettrait d’acheter des médicaments, n’arrive, quand elle arrive, qu’avec plusieurs mois de retard. Ching Tuang aspire à quitter un pays qu’il n’aime pas et dans lequel il ne voit aucun avenir pour lui et sa famille. Pendant ce temps, Shon Sun effectue son service militaire où il est devenu le souffre-douleur d’un sergent xénophobe. Supérieur hiérarchique du sergent, le Lieutenant Ko Ah-Shen prend Shon Sun sous sa protection. Malheureusement, ses motifs ne sont pas des plus nobles et, au final, Shon Sun se voit exclure de l’armée pour manquement à l’honneur et commet, de plus, un acte irréparable. De retour dans son village d’origine, plus trace de ses parents et personne pour l’aider à les retrouver. C’est presque en désespoir de cause qu’il décide de se rendre dans le village lointain dont lui parlait son père adoptif et où réside la mère de celui-ci.

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Une noirceur onirique

Ce village dans lequel arrive Shon Sun pourrait, devrait être paradisiaque. Malheureusement, il n’en est rien, du fait d’un environnement qui a été totalement pollué par une marée noire. Alors qu’on pensait respirer à pleins poumons et trouver la lumière au milieu d’une végétation tropicale, on reste dans la noirceur. Toutefois, après la noirceur très réaliste et très crue de la première partie du film, celle de la deuxième partie se pare d’une forme d’humanité et se frotte à des séquences oniriques rappelant le psychédélisme de la fin des années 60 : les pierres sont noires mais on les ramasse pour les nettoyer, on meurt mais il se peut qu’on naisse à nouveau. De toute évidence, la vision que Roh Gyeong-Tae a de l’humanité n’est pas des plus optimistes : « on » stigmatise les immigrés, « on » n’hésite pas à préconiser de les renvoyer chez eux à fond de cale dans des bateaux et « on » insulte la nature en la polluant sans vergogne. Si on tient absolument à trouver un coin de ciel bleu dans son cinéma, il se situe peut-être dans la résistance menée par la nature face aux affronts qu’on lui impose, aidée par des hommes et des femmes qui, courageusement, nettoient les pierres souillées une à une, des hommes et des femmes qui, contrairement à d’autres, méritent de renaître dans un monde débarrassé de toute forme de pollution, celle des esprits et celle de nos lieux de vie.

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Une belle austérité

Que ce soit dans la première ou dans la deuxième partie, la façon de filmer de Roh Gyeong-Tae est d’une très grande sobriété : les plans sont longs, les protagonistes s’expriment peu par la parole, le spectateur est tenu de participer à la construction de l’histoire face à de nombreuses ellipses. Quant aux influences que le réalisateur a l’honnêteté de revendiquer, elles sont bien présentes, sans pour autant estomper sa personnalité. Celle de Robert Bresson avec cette austérité dans la réalisation, cette prédominance de l’action sur le jeu, ce choix de ne surtout pas tout montrer ; celle d’Apichatpong Weerasethakul, surtout dans la deuxième partie, tournée dans une nature tropicale qui fait penser à Oncle Boonmee, avec ces séquences dont on ne sait pas trop si elles sont du domaine de l’onirisme ou du surnaturel. Une différence notable, toutefois, avec Oncle Boonmee : les images sont belles et la lumière très bien utilisée !

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Conclusion

Passant du réalisme le plus cru à un mélange de surnaturel et de visions psychédéliques, Roh Gyeong-Tae propose dans  Black Stone  une peinture impitoyable d’un pays, la Corée, et d’une époque, la nôtre : un service militaire qui broie les individus, un racisme omniprésent, les ravages causés par la pollution, tout cela avec une grande maîtrise dans l’utilisation de la lumière.

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