Critique : Divines

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divines afficheFrance : 2016
Titre original : –
Réalisateur :
Scénario : , ,
Acteurs : , , ,
Distribution :
Durée : 1h45
Genre : Drame
Date de sortie : 31 août 2016

2/5

C’est un peu un retour aux sources que , diplômée en 2002 de l’École Régionale d’Acteurs de Cannes, a vécu lorsque , son premier long métrage, s’est retrouvé sélectionné pour la Quinzaine des réalisateurs de Cannes 2016. Un retour aux sources particulièrement fructueux puisque son film s’est vu attribué la Caméra d’Or par le jury présidé par Catherine Corsini.

Synopsis : Dans un ghetto où se côtoient trafics et religion, Dounia a soif de pouvoir et de réussite. Soutenue par Maimouna, sa meilleure amie, elle décide de suivre les traces de Rebecca, une dealeuse respectée. Sa rencontre avec Djigui, un jeune danseur troublant de sensualité, va bouleverser son quotidien.

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Un rêve fait d’or

Avec une mère qui picole et collectionne les hommes de passage, une mère avec qui elle vit dans un camp de roms, difficile pour Dounia de se défaire de ce surnom de « Bâtarde » dont on l’a affublée. Avec sa meilleure amie Maimouna, fille d’un imam, elle aimerait se construire un avenir dans lequel l’argent coulerait à flot. Un avenir que la scolarité qu’elles suivent, devant déboucher sur un BEP, ne leur permettra sûrement pas d’obtenir. Guère plus rémunérateurs sont les petits larcins commis dans le supermarché du coin. Beaucoup plus prometteur serait le fait d’être embauché par Rebecca, la dealeuse en chef de la cité, une femme qui se conduit en mec, une femme qui met la main aux fesses des hommes qui travaillent pour elle. D’être embauché et de gravir les échelons en gagnant la confiance de cette chef. Par ailleurs, Dounia a sa part de rêve sentimental, sous la forme de Djigui, un des vigiles du supermarché, par ailleurs passionné de danse, qu’elle vient régulièrement voir répéter en se cachant dans les cintres du théâtre.

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Fulgurances et maladresses

fait partie de ces films a priori alléchants mais dont on ressort déçu, même si on leur reconnait un certain nombre de qualités. C’est en fait un mélange de fulgurances, de scènes très fortes ou très belles (celles qui réunissent Dounia et le danseur, par exemple) et de maladresses et de facilités. C’est ainsi que use et abuse des retournements de clichés, en donnant à Rebecca toute la panoplie des comportements des mecs dans les films de gangsters, en faisant de Djigui, le danseur, le personnage le plus féminin du film, en donnant à Dounia le rôle habituellement aux hommes consistant à mater l’objet de son désir. Certes, ce retournement de cliché peut donner « Toi, t’as du clitoris », cette réplique qui va peut-être devenir culte, lancée par Rebecca à propos de Dounia, mais l’abus qu’en fait la réalisatrice a tendance à en émousser les effets auprès des spectateurs. Il reste toutefois que le plus gros reproche qu’on puisse faire au film réside dans la part beaucoup trop importante faite au culte du fric. C’est ainsi que, dès le début du film, lorsque Dounia s’oppose à sa prof, son argument ultime consiste à dire qu’elle arrivera à gagner plus d’argent que cette enseignante miséreuse ; le rêve de Dounia : une Ferrari ; ses premières entrées financières, l’achat de fringues et de chaussures de marque ; le fantasme qu’elle réalise : s’ébattre dans une baignoire remplie de billets de banque. Il est possible que ait cherché à montrer ainsi la puissance nocive  de l’imaginaire ultra-libéral, mais, en supposant que cela soit le cas, elle l’a fait avec tellement de maladresse qu’on ressort du film en ayant en tête que la quête d’un maximum de fric peut justifier à peu près tout. Dommage, d’autant plus que ce n’est pas ainsi que tout un chacun pourra ressentir sans réserve une empathie généreuse pour Dounia et toutes ses sœurs !

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Une distribution sans faille

Dans un film loin d’être sans défauts, la distribution est sans conteste un des points forts. Pour le rôle de Dounia, n’a finalement pas eu à chercher très loin : celle qui, après plusieurs mois d’hésitation de la part de la réalisatrice, a obtenu ce rôle n’est autre que , sa petite sœur, que Houda forme depuis des années dans l’atelier de théâtre qu’elle anime. Pour celui de Maimouna, un effet Laurel et Hardy, qui joue le rôle étant aussi grande, forte et de comportement très doux que est petite, menue et débordante de puissance. C’est également dans son atelier théâtre que la réalisatrice est allée puiser pour en retirer qui tient le rôle de Rebecca. Ces trois jeunes femmes font preuve d’une énergie phénoménale. A leur côté, danseur de formation et danseur dans le film, semble beaucoup plus terne, mais c’est exactement ce que le rôle exigeait ! Quant à la musique, c’est un mélange de compositions originales de Demusmaker et d’extraits de musiques religieuses de Vivaldi, Haendel et Mozart.

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Conclusion

Une réalité : a obtenu une récompense prestigieuse, la Caméra d’Or, et, malgré un certain nombre de réserves sur son film, on ne peut que souhaiter une carrière florissante à . Il est fort possible que cette carrière lui tende les bras, à condition qu’elle arrive à garder le dynamisme de sa mise en scène tout en éliminant les facilités et les maladresses qui émaillent son premier long métrage.

1 COMMENTAIRE

  1. Bonjour Jean Jacques,
    Merci pour cette critique mais je pense que vous vous fourvoyez dans vos jugements (chapitre Fulgurances et Maladresses). Ce que met en scène Houda Benyamina n’est que réalité.Je vous invite à descendre dans la rue et vous constaterez que ce film est une fulgurante réussite. Ce qui est sûr, c’est que l’écart se creuse entre les riches et les pauvres et cela n’ira pas en s’arrangeant… Vous seriez surprit aussi de la pertinence de ces jeunes en colère.
    Bien à vous
    Nicolas

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