Berlinale 2023 : She Came To Me

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She Came To Me

États-Unis, 2023
Titre original : She Came To Me
Réalisatrice : Rebecca Miller
Scénario : Rebecca Miller
Acteurs : Peter Dinklage, Marisa Tomei, Joanna Kulig et Anne Hathaway
Distributeur : –
Genre : Comédie dramatique
Durée : 1h42
Date de sortie : –

3/5

A force de subir autant que de découvrir les films d’ouverture du Festival de Berlin, nous sommes devenus presque méfiants lors de nos premières séances de douce folie festivalière dans la capitale allemande au mois de février. Car on ne considère guère être condescendant en affirmant que les chefs-d’œuvre cinématographiques s’y font plutôt rares. Ce n’est qu’au fil des jours suivants qu’on réussit réellement à prendre la température de la sélection, à se faire une idée plus précise sur la qualité globale de telle ou telle édition de la Berlinale. Tout juste, le coup d’envoi de cet événement incontournable du microcosme peuplé par des centaines de festivaliers téméraires permet-il de créer le buzz par voie de tapis rouge glamoureux, avant que les choses plus sérieuses ne commencent.

Sans attente particulière, ni espoir déraisonné, nous nous sommes donc installés dans les fauteuils fort confortables de l’une des salles prestige du Cinémaxx, au centre névralgique du festival près de la place de Potsdam.

Assez vite, il devient clair en quoi She Came To Me coche toutes les cases nécessaires pour pouvoir prétendre à lancer en grande pompe le Festival de Berlin. La distribution y est de renom et par ailleurs largement excellente. Le ton est enjoué, tout en faisant preuve d’une empathie appréciable envers les petits défauts de la nature humaine. Et plus généralement, le sixième long-métrage de Rebecca Miller évoque bon nombre de sujets dans l’air du temps, tout en s’en moquant gentiment. Il s’agit d’un divertissement de qualité contre lequel il serait difficile d’énoncer des réserves majeures. A moins de lui reprocher justement cette gentillesse manifeste à l’œuvre du côté de la fiction, qui éloigne le récit considérablement d’une notion plus réaliste des petits tracas de la vie.

Bref, quelques jours à peine après la Saint-Valentin, on aurait tort de bouder notre plaisir face à ce joli mélodrame romantique. Rien ne nous garantit par contre qu’on s’en souviendra encore d’ici la fin de notre joyeux parcours du combattant, pardon de privilégié de festival …

© 2023 Matt Infante / Round Films / Killer Films / Protagonist Pictures / Universal Pictures International Tous droits réservés

Synopsis : Depuis la première de son dernier opéra admiré par tous, le compositeur Steven Lauddem souffre d’un sérieux blocage créatif. Alors que les prochaines échéances approchent à grands pas, il n’arrive plus à s’investir corps et âme dans son travail. Sur l’insistance de sa femme Patricia, il se promène avec son chien dans les rues de Brooklyn, histoire de prendre l’air et de peut-être retrouver l’inspiration. Dans un bar, il fait la connaissance de la capitaine de remorqueur Katrina, une romantique compulsive. Entre l’artiste frustré et cette femme élevée à l’eau de rose, le courant passera-t-il ?

Suivez le chien

Les histoires de misanthrope font-elles de bons films ? Seulement si le personnage aigri et renfermé sur lui-même apprend à s’ouvrir au monde qui l’entoure et à en apprécier la beauté. Ce qui est indubitablement le cas dans She Came To Me, l’exemple parfait d’une intrigue au cours de laquelle toutes les phobies sociales et autres comportements pathologiques finissent par disparaître comme par miracle. Ainsi, le scénario de Rebecca Miller participe pleinement à un élan d’évasion, qui peut mener devant l’autel ou derrière les murs d’un monastère, mais certainement pas en prison ou bien en hôpital psychiatrique. Pourtant, au début du film, le protagoniste à qui Peter Dinklage sait conférer un formidable aspect de gêne et de malaise solitaire se trouve dans un état de flottement dépressif contre lequel toutes les bonnes volontés de son entourage paraissent impuissantes.

C’est loin de sa zone de confort qu’il finira par trouver sa rédemption inespérée : sur ce remorqueur qui a déjà vu de meilleurs jours et auprès de cette capitaine pas non plus de toute jeunesse, interprétée par la merveilleuse Marisa Tomei, d’abord tout à fait méconnaissable. Or, autant la prestation de cette actrice hélas trop rare nous a enchantés au plus haut point, autant son personnage demeure longtemps à la périphérie des enjeux dramatiques du film. A tel point que ce que nous avons perçu comme une grossesse surprise ne fera ensuite l’objet d’aucun rebond rocambolesque. C’est du côté de la gestion d’autres ellipses dans la progression narrative que la mise en scène de Rebecca Miller s’avère plus adroite, quitte à s’appuyer sans doute un peu trop dessus. Tout comme sur le changement récurrent de format, dépourvu d’un raisonnement formel probant.

L’amour est un oiseau rebelle

Bien qu’on ait pu interpréter le resserrement du cadre de l’image d’abord comme le point commun entre les coups de cœur successifs, cette distinction nous a paru sensiblement moins catégorique par la suite. Car tôt ou tard, tout un chacun y va de son petit coup de blues, suivi dans la majeure partie des cas par l’amour triomphant. Dès lors, l’idéalisme des personnages peut prendre moult formes, sans que le propos du film ne devienne excessivement édifiant. Pour les personnages, jeunes ou moins jeunes, fermement établis dans leur quotidien professionnel ou en quête d’un métier ayant du sens, il s’agit plutôt de s’affranchir de leurs freins sociaux.

Ceux-ci sont dictés par une incarnation du mensonge existentiel, contre lequel seul la femme de Steven ose prendre des mesures radicales. Dans le rôle de la psychiatre qui est elle-même criblée de tics et de tocs, Anne Hathaway affiche une fois de plus une magnifique maturité que les contes plus superficiels des débuts de sa carrière ne laissaient point présager.

Cette femme qui s’occupe avec dévouement de tous les enfants, vrais ou par procuration, dont elle se sent responsable, finit par lâcher prise par voie d’une béatitude filmée avec beaucoup de pudeur. Le vide qu’elle ressent au fond d’elle-même, Patricia le comble avec son retrait dans l’état méditatif, accompagné d’un dépouillement des choses matérielles qu’elle range et donne avec une désinvolture grandissante, jusqu’à ce qu’il ne reste plus à offrir que ses nerfs à vif. Autant nous avons adoré la prestation plus grande que nature de Marisa Tomei, autant celle-ci tournerait en roue libre, si elle n’était pas si habilement contrebalancée par la montée au ciel métaphorique de son adversaire directe sur le terrain de jeu romantique.

Cette sortie volontaire du monde ne s’opère pas non plus d’une façon sobre à proprement parler. Néanmoins, elle est habitée par l’état d’esprit d’un renoncement altruiste comme on n’en trouve pas souvent dans le cinéma des années 2020, d’Amérique ou d’ailleurs.

Conclusion

Sept ans après Maggie a un plan, la réalisatrice Rebecca Miller se trouve de nouveau en sélection au Festival de Berlin. Dans She Came To Me, les mêmes dispositifs gentiment irrévérencieux sont présents, portés notamment par les interprétations magistrales de Marisa Tomei et de Anne Hathaway. Rien que pour voir ces deux actrices au sommet de leur forme, ce film plaisant vaut amplement le détour, si, et seulement s’il réussit à franchir le pas vers le plébiscite public, en dehors de la bulle des festivals ! Car cette dernière peut se montrer un jour magnanime et le lendemain sans pitié envers des œuvres, qui auraient probablement mérité mieux que de servir de simple prologue à une avalanche de dizaines, voire de centaines de films, à voir dans les prochains jours à Berlin.

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