Berlinale 2020 : Pelikanblut

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Pelikanblut

Allemagne, Bulgarie, 2019

Titre original : Pelikanblut

Réalisatrice :

Scénario : Katrin Gebbe

Acteurs : , , Sophie Pfennigstorf, Katerina Lipovska

Distributeur : –

Genre : Drame familial

Durée : 2h07

Date de sortie : –

2,5/5

Deux sujets complémentaires, qui tiennent tous les deux particulièrement à cœur aux Allemands, sont au centre de ce deuxième long-métrage, présenté dans le cadre de « Lola at Berlinale » au . Côté loisirs, peu d’activités se pratiquent avec plus de ferveur outre-Rhin que les sports hippiques. Et parmi les valeureux engagements à la portée des familles les plus généreuses et courageuses, l’adoption figure également en bonne position dans les statistiques sociales. Toutefois, Pelikanblut s’applique avant tout à démonter en règle ces idéaux nationaux, jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’un corps filmique gangrené par le désespoir et la violence. Hélas, la réalisatrice Katrin Gebbe ne va pas jusqu’au bout du ton très sombre adopté initialement par ce cauchemar éveillé, dont ni les personnages, ni les spectateurs ne savent comment s’extraire. Au lieu de nous emmener dans un délire de sauvetage aux conséquences extrêmes, elle préfère opter in extremis pour la solution la plus consensuelle et abracadabrante. Au grand dam du regard plus ambigu qui avait rendu jusque là le récit à peu près engageant. L’entêtement du personnage principal, interprété avec son air forcé habituel par une Nina Hoss malgré tout convaincante, s’avère donc en fin de compte payant, alors qu’un dénouement plus vague n’aurait pas fait de tort à cette histoire du bonheur inaltérable d’une famille recomposée.

© Junafilm / Miramar Film / DCM Tous droits réservés

Synopsis : Wiebke, la directrice d’une école de gardes à cheval, rêve depuis longtemps d’adopter pour la deuxième fois une petite fille. Elle finit par partir avec sa première fille adoptive Nikolina en Bulgarie, d’où elles ramènent la petite Raya. L’intégration dans le cadre de vie bucolique de Wiebke se heurte au comportement sauvage de la fillette de cinq ans, de toute évidence lourdement traumatisée par ce qu’elle a dû vivre au fil de sa petite enfance. Malgré les mises en garde de ses proches et l’accumulation d’incidents de plus en plus préoccupants, la mère n’envisage pas une seconde d’abandonner sa deuxième fille.

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L’Exorciste bulgare

Il n’existe pas vraiment mille façons de raconter une histoire d’adoption au cinéma. Soit on accentue l’aspect fédérateur de l’expérience qui finira par apaiser toutes les divergences perçues comme insurmontables au début, soit on en fait un conte édifiant sur les insuffisances du système d’aide sociale dans tel ou tel pays, soit – l’option a priori la plus facile, puisque elle n’est dès lors redevable qu’aux codes prédéfinis du genre – on bascule tôt ou tard dans le registre du film d’horreur, où l’enfant si ardemment désiré se transforme sans crier gare en petit diable indomptable. Dans Pelikanblut, la réalisatrice a surtout privilégié cette dernière piste. Au détail près qu’elle a su rester très mesurée dans l’usage qu’elle fait des ressorts traditionnels de la terreur. La perte de la maîtrise de la situation s’y déroule ainsi d’une manière presque organique, aussi parce que cette mère si idéaliste ne doute jamais de son amour pour sa progéniture par procuration. C’est grâce à lui qu’elle étudie toutes les pistes imaginables pour rendre à Raya une enfance qu’elle n’a jamais connue. Quitte à négliger dans un même mouvement d’exagération ses autres responsabilités de mère et de chef d’entreprise. L’équilibre dramatique entre ces forces centrifuges n’est pas toujours parfaitement assuré par un rythme narratif, qui a périodiquement tendance à céder au flottement. Le scénario perd ainsi de vue toute l’action annexe du cheval à problèmes, qui aurait juste besoin d’un peu plus de temps et de compréhension pour trouver sa voie, au fur et à mesure que Wiebke devient une fanatique des modèles pédagogiques alternatifs.

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Dressage des émotions

Le hic, c’est que l’agencement des différents éléments, censés rendre plus accessible le sort de cette pauvre mère, dépassée dès les premiers écarts de conduite de sa fille, n’arrive jamais à se défaire de l’arrière-goût du calcul scénaristique parfois laborieux. Y participent autant le flirt bancal avec l’officier de police, un homme trop parfait pour être vrai et sans exception au bon endroit au bon moment – dans ce rôle ingrat, le beau Murathan Muslu relève plus du fantasme d’une virilité rassurante que d’un être humain réaliste avec ses qualités et ses défauts – , que l’engrenage des manœuvres de manipulation, finalement pas si adroites de la part de la gamine infernale, car contrecarrées par des moyens techniques à l’efficacité variable. Une certaine fragilité du propos demeure ainsi constamment présente, entre ce cas d’un handicap affectif très tôt perceptible, puis confirmé par tous les spécialistes consultés, et les tentatives globalement malhabiles d’y faire face, à tout prix et dans une solitude bornée qui risque de rendre la mère encore plus hystérique à nos yeux que sa fille. Tandis que cette dernière abandonne rapidement toute prétention à la normalité, sa nouvelle personne de référence devra lutter bien plus longtemps et selon un cahier de charges graduel, pas toujours basé sur la raison, avant d’admettre son impuissance. Cela aurait alors été le moment idéal pour laisser Pelikanblut se terminer sur une note de défaite sinon noble, au moins ouverte à un début timide de lucidité quant au parcours intrinsèquement ingérable des enfants. Or, il n’en est rien. Au bout de moult bifurcations grandiloquentes, l’intrigue se termine à l’endroit précis, où un regard plus lumineux sur cette sombre affaire aurait pu nous amener bien plus tôt et d’une manière plus satisfaisante !

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Conclusion

Visiblement, la réalisatrice Katrin Gebbe n’affectionne pas les sujets monolithiques, c’est-à-dire faciles à conter en mode manichéen. Après son premier film, sélectionné à Un certain regard au Festival de Cannes en 2013, sorti au cinéma en France l’année suivante sous le titre Aux mains des hommes et déjà peu frileux dans la description du délire religieux d’un protagoniste aussi obsessionnel que Wiebke, voici donc son deuxième, dont les quelques pistes prometteuses courent malheureusement de plus en plus le risque de se perdre dans un délire chamanique. Au moins l’interprétation hautement tendue de Nina Hoss, tout en sourires forcés et en regards inquiets vers l’horizon, nous paraît entièrement adéquate pour un tel projet, qui vise quand même assez haut dans la mise à l’épreuve, voire la démystification de l’instinct maternel, avant de se raviser un peu trop hâtivement avant la fin.

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