Critique : A War


Danemark, 2015
Titre original : Krigen
Réalisateur :
Scénario : Tobias Lindholm
Acteurs : Pilou Asbaek, Tuva Novotny, Soren Malling, Dulfi Al Jabouri
Distribution : Studiocanal
Durée : 1h55
Genre : Guerre
Date de sortie : 1er juin 2016

Note : 3/5

Le Danemark est un pays d’une envergure si modeste que toute activité guerrière de sa part relève obligatoirement du symbole. Sauf que ce film danois, nommé au mois de janvier à l’Oscar du Meilleur Film étranger, nous rappelle habilement qu’il n’y a rien d’abstrait dans une guerre. D’abord, parce que tous les conflits armés se ressemblent. Et puis, à cause de la mort qui y guette à chaque instant, frappant sans distinction et la population civile, et les militaires. La première partie de A War est particulièrement saisissante à ce sujet, dans sa description d’une mission de maintien de la paix complètement impuissante, voire génératrice d’atrocités hautement injustes. Or, la mise en scène de Tobias Lindholm fait preuve d’une appréciable sobriété à ce niveau-là, tandis que la deuxième partie du film avec son enquête autour d’une erreur d’appréciation de la part du commandant – entre-temps rappelé chez lui – se conforme davantage au ton moralisateur, si souvent employé par le cinéma danois avec plus ou moins de pesanteur.

Synopsis : Le commandant de compagnie Claus Pedersen est stationné en Afghanistan pour participer avec ses soldats à la surveillance d’un secteur du pays toujours menacé par les talibans. La mission principale de ses hommes consiste à patrouiller dans les environs. Lors d’une de ces sorties de leur quartier général hautement sécurisé, un soldat meurt, déchiqueté par une mine. Afin de soutenir ses subordonnés, qui sont affectés psychologiquement par cette tragédie, Pedersen décide de les accompagner dans leur mission en terrain ennemi, bien que les officiers soient censés rester dans la caserne pour mieux surveiller les opérations à l’extérieur. Il espère rentrer prochainement chez lui, pour retrouver sa femme et ses trois enfants. Son vœux va être exaucé plus tôt que prévu, quand il est renvoyé de force après avoir commandé par négligence le bombardement d’une cible civile.

Identification de l’ennemi

La guerre n’a rien d’un acte d’héroïsme. Ce sont au contraire de longues périodes d’attente dans l’incertitude, entrecoupées d’affrontements à armes inégales qui ne ressemblent en rien à la topographie soigneusement calibrée d’un jeu vidéo. Pour commencer, l’ennemi joue malicieusement au chat et à la souris, à tel point qu’on ne le voit pratiquement jamais à l’image au cours du film. Ses pièges et ses massacres perpétrés hors champ distillent néanmoins une ambiance de terreur et une sensation de manque d’utilité parmi les soldats danois. Leur malaise causé par ces sentiments déstabilisants se décharge d’une façon nullement valorisante, quand ils rigolent bêtement autour du cadavre d’un adversaire supposé, abattu à distance. Le reste du temps, ces guerriers de la bonne volonté subissent de plein fouet les dilemmes moraux d’une mission, face à laquelle personne d’entre eux ne paraît particulièrement enthousiaste. La mise en scène observe ce quotidien usant sans états d’âme, mais avec une sensibilité accrue pour le genre d’intensité sourde, qui nous laisse craindre le pire en permanence, même si les enjeux dramatiques du récit se trouvent en fin de compte ailleurs.

Une culpabilité plus ressentie qu’avérée

L’échange entre l’officier stationné à des milliers de kilomètres de son pays natal et sa famille restée au Danemark se distingue, lui aussi, par une absence d’effusions ouvertement sentimentales. C’est quand il doit rentrer précipitamment chez lui, pour retrouver plus tôt que prévu et malgré lui un cercle familial passablement idéalisé, que les choses auraient pu se gâter irrémédiablement. Heureusement, la narration persévère alors dans sa description quasiment clinique des faits, sans tomber dans l’autre extrême du propos sèchement judiciaire. Ainsi, le déroulement du procès n’est point rythmé par des interrogations au ton pompeux sur la faute impardonnable du protagoniste, qui a coûté la vie à de nombreux enfants. Le lien métaphorique entre le bonheur du foyer ordinaire et l’horreur de la guerre fuie précocement est plus ténu, en dépit du coup de théâtre final, qui risque d’anéantir en quelque secondes l’édifice dramatique si consciencieusement bâti jusque là. Il n’en reste pas moins que A War nous plonge avec vigueur dans les traumatismes d’une bataille perdue d’avance pour mieux faire durer l’épreuve, une fois que ses séquelles sournoises ont définitivement miné le refuge familial.

Conclusion

L’influence du Danemark sur la scène géopolitique sera toujours dérisoire. Sa contribution en termes cinématographiques à la question brûlante de la guerre contre le terrorisme au sens large est par contre des plus bénéfiques, grâce à ce film intense et pourtant intimiste. Le réalisateur Tobias Lindholm souligne à travers A War qu’il n’y a nullement besoin de tomber dans la propagande tendancieuse pour dresser un portrait sans fard des aspects les plus cruels d’une guerre, quelle qu’elle soit et où qu’elle ait lieu.

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Tobias Dunschen

Cet article a été rédigé par Tobias Dunschen, Rédacteur de Critique Film. Lire tous ses articles