Source Code
États-Unis, Canada : 2011
Titre original : –
Réalisation : Duncan Jones
Scénario : Ben Ripley
Acteurs : Jake Gyllenhaal, Michelle Monaghan, Vera Farmiga
Distributeur : SND
Durée : 1h33
Genre : Science-Fiction
Date de sortie cinéma : 20 avril 2011
Actuellement disponible sur MyCanal
Note : 3,5/5
Colter Stevens se réveille en sursaut dans un train à destination de Chicago. Amnésique, il n’a aucun souvenir d’être monté dedans. Pire encore, les passagers du train se comportent avec lui avec familiarité alors qu’il ne les a jamais vus. Désorienté, il cherche à comprendre ce qui se passe mais une bombe explose tuant tout le monde à bord. Colter se réveille alors dans un caisson étrange et découvre qu’il participe à un procédé expérimental permettant de se projeter dans le corps d’une personne et de revivre les 8 dernières minutes de sa vie. Sa mission : revivre sans cesse les quelques minutes précédant l’explosion afin d’identifier et d’arrêter les auteurs de l’attentat. A chaque échec, les chances de pouvoir revenir dans le passé s’amenuisent. Alors qu’il essaie d’empêcher l’explosion, ses supérieurs lui apprennent qu’un deuxième attentat est en préparation en plein cœur de Chicago et qu’il ne s’agit plus de protéger les quelques passagers du train mais la ville toute entière. La course contre la montre commence…
Dès ses premières minutes, et son générique qui impose un travelling panoramique suivant un train sur l’envahissant thème musical signé Chris Bacon, le ton est donné : Source Code sera un film « old school ». Duncan Jones a en effet visiblement été très marqué par le cinéma des années 70, et prend son temps pour tourner à l’ancienne, poser les choses de façon subtile, sans esbroufe, et surtout pour amener le spectateur par paliers réalistes vers son récit de science-fiction. Dans un paysage hollywoodien déjà largement gagné par le montage épileptique et les démonstrations de force numériques, cette approche presque artisanale surprend agréablement. Chaque séquence semble ainsi chercher à convaincre le spectateur avant de le séduire, en privilégiant la logique interne du récit plutôt que l’accumulation d’effets spectaculaires.
Au cœur de Source Code, et sans trop en dévoiler, il y a une histoire finalement assez classique de voyage temporel. Pas besoin de préciser que le film n’est pas riche en séquences spectaculaires : chez Jones, on l’a déjà vu avec Moon, la SF rime avant tout avec l’exploration de personnages complexes et solitaires entreprenant une « odyssée intérieure » afin de rompre un schéma les poussant – clairement malgré eux – à incarner un rôle qui les force à constamment répéter les mêmes gestes jusqu’à la mort. Ce point de départ scénaristique ambitieux, dont l’impact est renforcé par une impressionnante série de détails formels crédibles, s’avère suffisamment riche et réfléchi pour nourrir un début de réflexion philosophique, à la façon des films de SF des années 70. On pense bien sûr à des chefs-d’œuvre tels que La Jetée (1962) ou Abattoir 5 (1972), mais également, dans l’esprit, à des films tels que Le Mystère Andromède (1971) ou Phase IV (1974). Au-delà de son habillage high-tech, Source Code pose finalement des questions très simples mais profondément humaines : qu’est-ce qui définit une identité ? À partir de quel moment cesse-t-on d’être soi-même ? Jusqu’où peut-on aller pour sauver des inconnus lorsque le temps lui-même devient une matière malléable ? Et c’est sans doute dans les prestigieuses comparaisons qu’il suscite (à son corps défendant sans doute !) que le film de Duncan Jones atteint ses limites.
Car si le film s’avère réellement captivant et mis en scène sans le moindre temps mort, si Jake Gyllenhaal est très convaincant et Michelle Monaghan est juste sublime, si la répétition des « huit minutes » se fait sans la moindre redondance ou sentiment de lassitude pour le spectateur, il manque toujours un petit quelque chose au final afin d’en faire un classique immédiat. Duncan Jones maîtrise remarquablement la mécanique de son récit, relançant sans cesse l’intérêt grâce à de subtiles variations de point de vue ou de comportement, sans jamais donner l’impression de recycler la même scène. Jake Gyllenhaal, quant à lui, apporte une fragilité presque douloureuse à un personnage constamment privé de repères, tandis que Michelle Monaghan insuffle une chaleur bienvenue à un univers pourtant dominé par la technologie et les paradoxes scientifiques. Peut-être que cette légère frustration provient finalement d’un épilogue un peu décevant dans son romantisme forcené, coupant net avec le pessimisme implacable — ou le réalisme, selon le point de vue — qui imprégnait jusque-là le reste du métrage.
Bref, après la projection, on se dit qu’il est très plaisant de voir un film de SF intelligent, sans bullet-time ou autres artifices de geeks, mais malheureusement, pas de quoi se réveiller la nuit non plus. Source Code est un film qui privilégie les idées aux explosions, les personnages aux gadgets, et qui fait suffisamment confiance à son public pour ne jamais tout lui mâcher. C’est déjà beaucoup. Au final, Duncan Jones ne serait-il pas en train de se construire une filmo à la Michael Crichton ? Une œuvre où les concepts de science-fiction servent avant tout à interroger l’homme, plutôt qu’à l’éblouir.




















