Obsession
États-Unis : 2025
Titre original : –
Réalisation : Curry Barker
Scénario : Curry Barker
Acteurs : Michael Johnston, Inde Navarrette, Cooper Tomlinson
Éditeur : Le Pacte
Durée : 1h49
Genre : Fantastique, Horreur
Date de sortie cinéma : 13 mai 2026
Date de sortie DVD/BR/4K : 6 Octobre 2026
Et si vous pouviez réaliser votre rêve le plus fou ? Un jeune introverti met la main sur un objet magique capable d’exaucer n’importe quel souhait. Son crush de toujours tombe alors raide dingue de lui jusqu’à l’obsession la plus totale. Faites attention à ce que vous souhaitez…
Le film
[3,5/5]
En l’espace d’une vingtaine d’années, Jason Blum a transformé Blumhouse en véritable laboratoire à cinéastes, avec une recette qui tient presque du bricolage industriel : petits budgets, concepts simples, liberté relative et, surtout, possibilité donnée à de nouveaux talents de venir secouer le cocotier. James Wan, Jordan Peele et quelques autres ont ainsi pu faire leurs gammes avant de passer à l’étape supérieure. Obsession s’inscrit parfaitement dans cette philosophie, même si l’histoire est légèrement différente puisque le film de Curry Barker avait d’abord été produit indépendamment, avant que Focus Features ne l’acquière à la suite de son passage remarqué au TIFF et que Jason Blum rejoigne ensuite le projet comme producteur exécutif. Le bonhomme n’a donc pas fabriqué Obsession de toutes pièces, mais il a reconnu le potentiel du bestiau et lui a offert une sacrée rampe de lancement. À 26 ans, Curry Barker débarque ainsi au cinéma après s’être fait connaître sur YouTube, avec notamment Milk & Serial, tourné pour quelques centaines de dollars. Obsession pousse le curseur beaucoup plus loin, avec un budget estimé autour de 750.000 dollars, et transforme une vieille mécanique de fantastique – le vœu qui tourne mal – en cauchemar sentimental sous acide.
Obsession part donc d’un principe tout bête : Bear, jeune homme gentiment paumé et amoureux de Nikki, trouve un objet magique capable de réaliser un souhait et demande que la jeune femme l’aime plus que tout au monde. Voilà, merci monsieur, bonne journée, et surtout fallait pas demander. Sauf que Curry Barker ne se contente pas de dérouler le traditionnel Monkey’s Paw avec trois grincements de porte et une bestiole derrière le rideau. Obsession transforme progressivement l’amour en problème de possession, la séduction en enfermement et le désir en machine à broyer le consentement. C’est là que le film devient réellement intéressant, parce que Bear n’est jamais totalement innocent : il souffre de la situation qu’il a créée, mais il profite aussi, au moins un temps, de cette affection qu’il n’aurait jamais pu obtenir naturellement. Le film parle donc de masculinité frustrée, de dépendance affective et de cette idée franchement moisie selon laquelle vouloir très fort quelque chose donnerait automatiquement le droit de l’obtenir. Même le format 1.50:1 participe à cette sensation d’étau qui se resserre. L’image semble légèrement trop étroite pour les personnages, les corps se retrouvent coincés dans les cadres, et les intérieurs deviennent progressivement des petites boîtes à cauchemar. Curry Barker exploite également les ombres, les silhouettes et les arrière-plans pour faire naître l’inquiétude sans systématiquement agiter le drapeau du jump scare.
Obsession n’est pourtant pas la révolution annoncée par une partie de l’enthousiasme critique. Le film est malin, souvent franchement dérangeant, parfois très drôle dans son humour noir, et certaines séquences sont suffisamment gratinées pour laisser une petite trace de sauce mentale sur le canapé. Mais son dernier tiers force parfois le trait, certaines idées sont répétées jusqu’à l’essorage et l’écriture n’est pas toujours aussi subtile que son propos. Il y a un petit parfum de Get Out dans la manière dont un film d’horreur populaire devient prétexte à commenter les rapports sociaux, avec cette même impression que le public découvre soudain une évidence qu’il n’avait pas vue venir. Sauf qu’Obsession, aussi réussi soit-il, n’atteint pas tout à fait cette dimension de coup de tonnerre. L’engouement est d’ailleurs devenu complètement hors-sol : avec un budget inférieur au million de dollars, le film a dépassé les 300 millions de dollars de recettes mondiales et franchi le million d’entrées en France, phénomène particulièrement spectaculaire pour un premier long-métrage horrifique.
Et puis il y a Inde Navarrette. Là, changement de catégorie. L’actrice est phénoménale, inquiétante, bizarre, capable de passer d’un sourire parfaitement banal à une expression qui donne envie de vérifier si toutes les fenêtres sont bien fermées. Son jeu physique, ses changements de voix, ses mouvements parfois presque désarticulés donnent au film ses images les plus mémorables. Michael Johnston lui répond avec une fragilité parfaitement adaptée à ce personnage qui découvre un peu tard que réaliser son fantasme n’est pas forcément une bonne idée. Obsession mérite donc largement le détour : pas le nouveau chef-d’œuvre absolu de l’horreur moderne, mais un premier film solide, singulier et suffisamment gonflé pour transformer une petite brindille magique en véritable phénomène de cinéma.
Le Blu-ray 4K Ultra HD
[4/5]
Pour l’arrivée du film au format Blu-ray 4K Ultra HD, Le Pacte ne se contente pas de remettre Obsession dans les bacs : l’éditeur lui offre une jolie édition SteelCase, accompagnée d’un Blu-ray classique et, dans l’édition Fnac, d’une petite planche de stickers qui colle finalement assez bien à l’esprit du film. Le packaging joue donc la carte de l’objet plutôt que celle du simple boîtier plastique, ce qui fait toujours plaisir pour un film qui n’était pas forcément destiné, à l’origine, à devenir l’un des phénomènes horrifiques de l’année. Côté image, le Katka nous propose une présentation en 1.50:1 respectant le choix très particulier de Curry Barker, et la galette est étalonnée en HDR10 + Dolby Vision. Un choix particulièrement pertinent pour Obsession, dont la photographie volontairement sombre, désaturée et noyée dans les zones d’ombre constitue une composante essentielle de l’atmosphère. Le HDR10 doit notamment permettre de mieux distinguer les différentes nuances dans les passages nocturnes et les intérieurs peu éclairés, tout en donnant davantage de relief aux sources lumineuses. Il faudra évidemment attendre le disque définitif pour juger d’éventuels défauts de compression, de bruit vidéo ou de noirs bouchés, mais sur le papier, les caractéristiques sont parfaitement adaptées au travail de Taylor Clemons. Côté audio, Le Pacte propose la version originale en Dolby Atmos et la version française en DTS-HD Master Audio 5.1. Les deux pistes devraient permettre de profiter correctement de la bande sonore de Rock Burwell, particulièrement importante dans Obsession puisque la musique et les effets sonores participent régulièrement à faire monter la tension. La VF n’est donc pas reléguée au rang de simple piste de confort et bénéficie elle aussi d’un mixage solide. Une proposition technique plutôt généreuse pour un film tourné avec un budget microscopique.
Du côté des suppléments, on commencera avec un making of (19 minutes), un module promotionnel qui donne la parole à Curry Barker ainsi qu’aux principaux membres de l’équipe afin de revenir sur le casting, les répétitions, le tournage, les décors et les différentes étapes de fabrication d’Obsession . Sans révolutionner le genre, le module possède l’intérêt de documenter la naissance d’un premier long-métrage réalisé dans des conditions relativement artisanales avant de devenir, contre toute attente, un énorme succès populaire. On terminera enfin avec le commentaire audio de Curry Barker, qui assure à lui seul une piste particulièrement copieuse puisqu’il intervient comme scénariste, réalisateur et monteur du film. Le commentaire adopte un ton assez décontracté et s’intéresse aussi bien aux choix de mise en scène qu’aux lieux de tournage, aux réactions du public ou aux petits rôles confiés à certains proches du cinéaste. Barker revient également sur l’aide apportée par sa mère durant la production et sur la contribution de son père, ce qui donne à l’ensemble un caractère presque familial assez sympathique. Quelques conseils destinés aux apprentis réalisateurs viennent compléter le programme, même si le commentaire reste volontairement spontané, avec parfois quelques silences lorsque Curry Barker attend manifestement que l’action à l’écran lui fournisse quelque chose à raconter. Les spoilers arrivant assez rapidement, mieux vaut évidemment découvrir Obsession avant de lancer cette piste.






















