Eden Lake
Royaume-Uni : 2008
Titre original : –
Réalisation : James Watkins
Scénario : James Watkins
Acteurs : Kelly Reilly, Michael Fassbender, Jack O’Connell
Distributeur : La Fabrique de Films
Durée : 1h31
Genre : Thriller, Horreur
Date de sortie cinéma : 8 octobre 2008
Actuellement disponible sur Molotov TV
Note : 3,5/5
Jenny est maîtresse d’école. Son petit ami et elle quittent Londres pour passer un week-end romantique au bord d’un lac. La tranquillité du lieu est perturbée par une bande d’adolescents bruyants et agressifs qui s’installent avec leur rottweiler juste à côté d’eux. À bout de nerfs, ces derniers leur demandent de baisser le son de leur radio. Grosse erreur…
Eden Lake est un survival finalement assez mal connu en France : passé totalement inaperçu dans les salles lors de sa sortie dans les salles hexagonales à l’automne 2008 (100.000 entrées sur 124 copies), le film de James Watkins avait été gratifié d’une jaquette absolument immonde lors de sa sortie en vidéo l’année suivante – la jeune et godillante Kelly Reilly, 31 ans au moment du tournage, y avait l’air d’une toxicomane quinquagénaire en manque de crack. Eden Lake n’en demeure pas moins un survival d’un nouveau genre, qui mérite sérieusement le détour. À une époque où le cinéma d’horreur semblait essentiellement occupé à rivaliser d’inventivité dans le gore ou les tortures sophistiquées, James Watkins choisissait au contraire de puiser son effroi dans quelque chose de beaucoup plus proche, beaucoup plus banal… et donc infiniment plus dérangeant.
En effet, James Watkins peut se targuer d’avoir signé une sorte de « survival social », profondément ancré dans la réalité de son pays, et conscient de ses dérives. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le film s’inscrit dans une Angleterre marquée par une défiance grandissante envers une jeunesse perçue comme « ensauvagée » et de plus en plus incontrôlable. Derrière son intrigue minimaliste se dessine ainsi le portrait d’une société où les adultes semblent avoir renoncé à transmettre la moindre autorité, laissant s’installer une violence quotidienne devenue presque ordinaire. C’est sans doute d’ailleurs cet aspect social, bien plus que le déchaînement de violence qu’il propose, qui fait de Eden Lake un spectacle si éprouvant. Ce n’est pas que le spectateur soit absolument insensible au fait de voir un type se prendre des coups de cutter ou un bout de verre dans la carotide (certaines scènes font quand même un peu grincer les dents), mais on en a vu d’autres, et puis niveau torture c’est quand même moins pénible qu’un Saw III, par exemple. La violence de Eden Lake est avant tout psychologique : elle repose sur l’impression glaçante que tout ce qui se déroule à l’écran pourrait très bien arriver au détour d’un mauvais week-end.
Si Eden Lake retourne autant le spectateur donc, c’est sans doute en partie parce qu’un soin tout particulier a été apporté à présenter les deux personnages principaux de façon posée (à la façon d’un Wolf Creek), mais également parce que « l’agresseur » du film, la petite merde responsable de tous les maux des deux personnages, s’en sort sans réel dommage. Là où la plupart des survivals font crever leurs bourreaux dans les plus atroces souffrances — pour le plus grand plaisir du public d’ailleurs — James Watkins dresse un affolant constat d’impunité, et un sentiment d’injustice renforcé par le climat social délétère qu’il a pris soin de distiller jusque-là. Une vague de répulsion qui fait écho aux brimades que tout un chacun aura pu subir dans son existence, et s’avère, avouons-le, quelque peu révoltante pour les fans de Charles Bronson que nous sommes. Le dernier acte pousse même cette logique jusqu’au nihilisme le plus absolu, refusant toute consolation au spectateur et laissant un goût amer qui persiste longtemps après le générique. À ce titre, Eden Lake est moins un film d’horreur qu’une véritable machine à fabriquer du malaise.
En l’état, Eden Lake se révèle donc un excellent survival, à rapprocher de Mean Creek ; il est à noter également que le film est incontestablement servi par la sublime photo de Christopher Ross. Les paysages verdoyants, baignés d’une lumière presque idyllique, offrent d’ailleurs un contraste saisissant avec la noirceur du récit : Watkins transforme un décor de carte postale en terrain de chasse, rappelant au passage que les monstres les plus inquiétants ne surgissent pas forcément des bois… mais parfois simplement du voisinage. Quinze ans après sa sortie, Eden Lake conserve ainsi intact son pouvoir de sidération et demeure l’un des survivals européens les plus intelligents, les plus cruels et les plus désespérés de son époque.




















