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Critique : Soudain

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Soudain 

France, Japon, Allemagne, Belgique : 2026
Titre original : –
Réalisation : Ryūsuke Hamaguchi
Scénario : Ryūsuke Hamaguchi, Léa Le Dimna, inspiré par un échange de lettres entre la philosophe Maoko Miyano et l’anthropologue Maho Isono
Interprètes :  Virginie Efira, Tao Okamoto, Kodai Kurosaki
Distribution : Diaphana Distribution
Durée : 3h16
Genre : drame
Date de sortie : 12 août 2026

4/5

Ryūsuke Hamaguchi fait partie de ces réalisateurs dont les films sont régulièrement encensés par la critique, même si ce n’est pas toujours à juste titre.  Agé de 47 ans, il a réalisé Like Nothing Happened, son premier long métrage en 2003, un film tourné en 8 mm dans le cadre de ses études. La première apparition d’un de ses films dans un grand festival date de 2008 : Passion, à Saint-Sebastien. Il faut attendre 2015 pour qu’un de ses films, Senses, soit distribué en France. Les succès critiques et publics de ce film en 5 parties, d’une durée totale de 5 heures 17, ont probablement contribué à la sélection en Compétition Officelle au Festival de Cannes  2018 de Asako I &II, le film suivant de Ryūsuke Hamaguchi. Dorénavant installé parmi les réalisateurs qui comptent, Ryūsuke Hamaguchi se partage entre Berlin (Contes du hasard et autres fantaisies, 2021, Prix du Jury), Cannes (Drive my car, 2021, Prix du scénario) et Venise (Le mal n’existe pas, 2023, Grand prix du Jury). Cette année a vu son retour au Festival de Cannes, Soudain permettant à  Virginie Efira et à Tao Okamoto d’obtenir conjointement le Prix d’interprétation féminine.

Synopsis : Directrice d’un établissement pour personnes âgées, Marie-Lou tente d’y instaurer une philosophie de soins innovante basée sur l’écoute et la dignité des résidents, malgré la réticence d’une partie de ses équipes. Sa rencontre avec Mari, une metteuse en scène japonaise qui se bat contre un cancer, va bouleverser sa trajectoire. En nouant une amitié profonde, les deux femmes engagent ensemble un combat pour “rendre possible l’impossible”.
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Rencontre entre l’humanitude et l’antipsychiatrie

Un petit garçon japonais qui se perd dans un parc parisien. Marie-Lou, une Directrice d’EPHAD qui passe par là prend soin de lui. Elle ne le sait pas encore, ce petit garçon est autiste. Remarquant qu’il porte sur lui un traceur GPS, elle décide d’attendre avec lui que ses parents viennent le chercher. C’est ainsi que Marie-Lou va faire la connaissance de Mari. Mari est japonaise et elle met en scène dans un théâtre parisien une pièce  jouée en japonais et dont le rôle principal est interprété par le grand-père du petit garçon. Marie-Lou et Mari vont vite se trouver de nombreux points communs et les mêmes motivations pour rendre possible l’impossible, pour « refaire le monde », un monde qui, enfin, serait plein d’humanité, . Marie-Lou a fait des études d’anthropologie au Japon et elle parle couramment le japonais. A son retour en France, l’Alzheimer dont souffre sa mère  lui a fait ressentir le besoin d’embrasser une carrière dans le médical. Commençant comme aide-soignante, elle a ensuite passé un concours pour devenir Directrice d’EPHAD. Dans l’EPHAD dont elle assure la direction, elle essaie de mettre en pratique l’Humanitude, une philosophie de soin basée sur l’approche émotionnelle et le respect des droits de la personne aidée. De son côté, Mari a fait des études de philosophie à la Sorbonne et elle parle couramment le français. Comme Marie-Lou, elle a ensuite changé de domaine en devenant metteuse en scène. La pièce qu’elle met en scène à Paris a pour sujet la naissance de l’antipsychiatrie en Italie. Le fait que Mari souffre d’un cancer à un stade très avancé va renforcer les liens qui se créent entre elle et Marie-Lou.

Les qualités qu’on connaissait sans le défaut qu’on regrettait

Le point de départ de Soudain repose sur un échange de lettres entre deux chercheuses japonaises, une philosophe, Maoko Miyano, qui se bat contre un cancer du sein métastatique, et une anthropologue, Maho Isono. C’est en décembre 2020,  au moment où il achevait Drive My Car, qu’une productrice japonaise a proposé à Ryūsuke Hamaguchi de réaliser une adaptation cinématographique de cette correspondance. Très touché par la lecture du livre qui reprenait cette échange de lettres, il a souhaité donner une suite à cette proposition tout en étant conscient qu’il allait être difficile de réaliser un film à partir de la correspondance, très intellectuelle, entre 2 chercheuses. D’autant plus difficile si il cherchait à le réaliser au Japon, où, pensait-il, le film qu’il commençait à imaginer et qui serait très riche en dialogues, aurait, d’un point de vue économique, très peu d’avenir, le cinéma japonais donnant, d’après Ryūsuke Hamaguchi, la priorité à l’image.  Un tel film porté par la France lui paraissant beaucoup plus réalisable, il s’est donc tourné vers une coproduction franco-japonaise et un tournage se déroulant très majoritairement en France. Cette coproduction franco-japonaise a d’autant plus de sens si on ajoute que l’Humanitude, dont il est beaucoup question dans le film, est une méthodologie élaborée en France par Yves Gineste et Rosette Marescotti, et qui s’est très bien exportée au JaponRyūsuke Hamaguchi a très vite pris conscience qu’il lui serait impossible de rester strictement fidèle aux faits exposés dans l’échange de lettres, l’important, par contre, étant d’être le plus fidèle possible à l’esprit se dégageant du livre. 

In fine, Soudain présente deux facettes différentes. Il y a d’abord une facette qui ne pourra qu’émouvoir l’ensemble des spectatrices et des spectateurs : la touchante relation qui se lie entre une femme qui sait que sa fin est proche et une femme qui cherche à améliorer le vécu de personnes en situation de vulnérabilité. S’agissant de la 2ème facette, il faut accepter, mais cela vaut le coup, le caractère didactique de tout ce qui se dit sur l’Humanitude et sur les méfaits d’un capitalisme à la recherche permanente du profit même lorsqu’il s’agit d’affronter la maladie, la vieillesse ou la mort. Comme est en train de s’en rendre compte Marie-Lou dans l’EPHAD qu’elle dirige, la mise en pratique de l‘Humanitude est loin d’être un long fleuve tranquille : il est indispensable que tout le personnel soit formé, ce qui implique forcément des coûts, et l’émergence de fortes réticences parmi certains soignants et certaines soignantes ne doit pas être mésestimé. Par ailleurs, il y a une évidence à rapprocher l’Humanitude si chère à Marie-Lou et l’antipsychiatrie dont parle la pièce mise en scène par Mari. On retrouve dans Soudain des thèmes qui sont chers à Ryūsuke Hamaguchi, le rôle du hasard dans nos existences, la mort, la déliquescence du monde dans lequel nous vivons. On ne sera pas surpris par la qualité des cadrages et, plus généralement, de l’image, une des qualités dont le réalisateur a toujours fait preuve. Par contre, on pourra être surpris (très agréablement !) par l’absence du défaut majeur qui entachait ses films précédents, à l’exception de Asako I &II : l’utilisation roublarde d’artifices dans la conduite de l’histoire et dans la mise en scène dans le seul but de se faire valoir.

Deux comédiennes en état de grâce

Pour réussir son film, il ne restait plus à Ryūsuke Hamaguchi  qu’à trouver les comédiennes chargées d’incarner Marie-Lou et Mari. Le choix qu’il a fait d’engager Virginie Efira et Tao Okamoto s’avère totalement gagnant. Un gros travail leur a été demandé : arriver à être crédible lorsqu’elles pratiquent une langue dont, au départ, elles ne connaissaient rien, le français pour Tao, le japonais pour Virginie. Les entendre passer avec brio d’une langue à l’autre est absolument bluffant ! Cela s’est finalement conclu par un Prix d’interprétation féminine amplement mérité qu’elles se sont partagé lors du dernier Festival de Cannes.  Le film ayant été partiellement tourné dans un EPHAD en plein fonctionnement, de nombreux résidents et membres du personnel soignant ont pris part au film, ajoutant ainsi une couche supplémentaire de vérité.

Conclusion

Avec Soudain, le réalisateur japonais Ryūsuke Hamaguchi signe son film le plus abouti, un film dans lequel il fait bon usage des qualités qu’on lui connaissait déjà tout en ayant éliminé le défaut important qu’on retrouvait dans la plupart de ses films précédents. Il a, en plus, eu la chance ou le talent de s’entourer de 2 comédiennes en état de grâce qui ont pleinement mérité de se partager le Prix d’interprétation féminine lors du dernier Festival de Cannes.  

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