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Test Blu-ray : La Vénus électrique

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La Vénus électrique

France, Belgique : 2026
Titre original : –
Réalisation : Pierre Salvadori
Scénario : Benjamin Charbit, Benoît Graffin, Pierre Salvadori
Acteurs : Gilles Lellouche, Pio Marmaï, Anaïs Demoustier
Éditeur : Diaphana
Genre : Comédie dramatique
Durée : 2h04
Date de sortie cinéma : 12 mai 2026
Date de sortie DVD/BR : 15 septembre 2026

Paris, 1928. Antoine Balestro, jeune peintre en vogue, n’arrive plus à travailler depuis la mort de son épouse et désespère Armand, son galeriste. Un soir d’ivresse, Antoine tente d’entrer en contact avec sa femme par l’intermédiaire d’une voyante. Sans le savoir, il parle en réalité avec Suzanne, une modeste foraine qui s’est glissée dans la roulotte pour y voler de la nourriture. Suzanne se révèle douée pour l’imposture et, rapidement secondée par Armand, elle enchaîne les fausses séances. Peu à peu, Antoine retrouve l’inspiration, mais pour Suzanne les choses se compliquent alors qu’elle tombe doucement amoureuse de l’homme qu’elle manipule…

Le film

[3,5/5]

La Vénus électrique installe son petit théâtre de faux-semblants dans le Paris de 1928, avec un peintre en panne d’inspiration, une fausse voyante et un galeriste qui semble avoir compris que l’art contemporain de l’époque consiste parfois à faire croire très fort à quelque chose qui n’existe pas. Antoine Balestro, incarné par Pio Marmaï, ne parvient plus à peindre depuis la mort de son épouse Irène. Désespéré, il cherche à entrer en contact avec elle par l’intermédiaire d’une médium. Sauf que la voix qui lui répond n’est évidemment pas celle de la défunte : c’est celle de Suzanne, une jeune foraine qui s’est introduite dans la roulotte pour chaparder de quoi manger. La supercherie pourrait rester une simple farce, mais La Vénus électrique préfère transformer progressivement cette mécanique de boulevard en réflexion plutôt fine sur le deuil, le mensonge, la création et cette étrange nécessité qu’ont les êtres humains de croire à quelque chose lorsque le réel devient trop difficile à regarder en face.

La grande idée de La Vénus électrique est là : personne ne ment exactement pour les mêmes raisons, mais tout le monde finit par avoir besoin du mensonge des autres. Suzanne ment pour survivre, Armand pour sauver son artiste, Antoine accepte de croire parce qu’il ne supporte plus de vivre avec ce qu’il a perdu. Et l’imposture devient progressivement une sorte de béquille collective, bricolée avec trois bouts de ficelle, quelques lettres et beaucoup de mauvaise foi. Le plus intéressant est que le mensonge produit malgré tout du vrai. Antoine recommence à créer parce qu’il croit parler à Irène ; Suzanne, elle, découvre dans les écrits de la morte une personnalité dont elle finit par s’imprégner ; et cette proximité artificielle fait naître des sentiments parfaitement authentiques. La Vénus électrique avance ainsi sur cette drôle de frontière où la fiction cesse d’être une tromperie pour devenir un moyen de supporter la réalité. L’artiste peint pour retrouver une morte, la fausse médium parle avec une inconnue qu’elle n’a jamais rencontrée et, quelque part au milieu, le cinéma fait exactement la même chose : il fabrique du faux pour produire de l’émotion vraie.

Le choix des Années folles n’a d’ailleurs rien d’un simple papier peint rétro. La Vénus électrique se déroule à une époque où le spiritisme, l’occultisme et les expériences surnaturelles connaissent un véritable engouement, dans une société où les anciennes certitudes religieuses ont perdu une partie de leur emprise. Pierre Salvadori avait déjà été confronté à cet univers en travaillant sur Planétarium de Rebecca Zlotowski, et l’idée du film est née sur ce tournage en 2016. Le Paris de La Vénus électrique devient donc un endroit particulièrement pertinent pour cette histoire : une ville moderne qui veut croire aux fantômes, aux médiums, aux artistes et à toutes les promesses permettant de repousser un peu les limites du raisonnable. Cette époque permet également à Pierre Salvadori de jouer avec une esthétique de spectacle sans transformer son film en musée poussiéreux. Les décors, les costumes de Virginie Montel, les lumières et la photographie de Julien Poupard donnent au film une élégance volontairement colorée, parfois presque théâtrale. Les roulottes, les attractions foraines, les galeries et les appartements deviennent autant de petites scènes où chacun dissimule quelque chose. Même les flash-backs participent à cette construction : ils ne servent pas seulement à raconter ce qui s’est passé avant le début du récit, mais à faire progressivement comprendre l’état d’esprit des personnages. Le montage d’Anne-Sophie Bion joue alors sur deux temporalités émotionnelles qui finissent par se répondre avec beaucoup de naturel.

La Vénus électrique trouve surtout sa singularité dans cette manière de faire cohabiter la comédie romantique, le vaudeville, le mélodrame et le récit de deuil sans laisser l’un de ces registres avaler les autres. Le film peut faire sourire avec une mécanique de mensonges parfaitement huilée avant de rappeler, quelques secondes plus tard, que derrière cette joyeuse pagaille se trouve un homme qui n’arrive plus à vivre avec la mort de sa femme. C’est ce balancement qui donne au récit sa jolie tonalité. Les personnages ne sont jamais réduits à leurs fonctions scénaristiques : la fausse voyante n’est pas seulement une manipulatrice, le peintre n’est pas seulement un veuf inconsolable et le galeriste n’est pas seulement le monsieur qui réclame ses tableaux à l’artiste qui préfère regarder le plafond. Chacun porte sa propre fêlure et cherche maladroitement à la réparer avec les moyens du bord. Du côté des acteurs, Anaïs Demoustier est évidemment formidable en Suzanne, parce qu’elle parvient à rendre simultanément crédible son culot, sa vulnérabilité et cette émotion grandissante qui lui échappe. Pio Marmaï compose un Antoine fragile sans jamais le transformer en statue du désespoir, tandis que Gilles Lellouche trouve dans Armand une partition particulièrement réjouissante, celle d’un homme affairiste qui découvre peu à peu qu’il est peut-être plus sentimental qu’il ne voulait bien l’admettre. Vimala Pons, dans les souvenirs d’Irène, apporte une présence lumineuse qui donne encore davantage de poids à son absence. Le quatuor fonctionne avec une évidence assez désarmante, et La Vénus électrique gagne énormément à cette direction d’acteurs qui préfère les nuances aux gros coups de marteau.

Il reste alors le titre, mystérieux au premier abord, puis de moins en moins mystérieux à mesure que le film avance. La Vénus électrique parle de croyance, de désir et de création, mais aussi de cette étincelle qui peut apparaître au milieu d’une existence complètement débranchée. L’électricité n’est pas seulement celle du spectacle ou de l’attraction : elle devient celle des sentiments qui circulent entre les personnages, parfois malgré eux, parfois à leur insu. Pierre Salvadori signe ainsi une comédie romantique étonnamment mélancolique, mais jamais plombée, qui préfère les petits miracles aux grandes révélations et les êtres cabossés aux héros impeccables. La Vénus électrique n’a pas besoin de faire tourner les tables pour produire son effet : quelques mensonges, beaucoup de tendresse et une belle troupe d’acteurs lui suffisent largement.

Le Blu-ray

[4/5]

Le Blu-ray de La Vénus électrique édité par Diaphana nous arrive avec une image qui fait plutôt honneur au travail de Pierre Salvadori et du directeur de la photographie Julien Poupard. Le film repose beaucoup sur les contrastes entre les intérieurs chaleureux, les décors de la fête foraine, les rues parisiennes reconstituées et les séquences plus intimes, et le transfert restitue correctement cette palette. Les couleurs sont suffisamment franches pour donner du relief aux costumes et aux décors sans transformer les Années folles en carnaval sous acide. Les carnations restent naturelles, les détails sont généralement bien définis et la profondeur de champ permet de profiter convenablement du travail des décorateurs. Les scènes plus sombres conservent également une bonne lisibilité, même si le Blu-ray n’atteint pas forcément le niveau de précision chirurgical d’une grosse production pensée dès l’origine pour servir de vitrine technique. C’est propre, stable, précis, avec une compression qui sait se faire discrète. Côté son, le disque nous propose un mixage en DTS-HD Master Audio 5.1, qui se montre particulièrement agréable sur les ambiances de la fête foraine, les déplacements et les morceaux musicaux de Camille Bazbaz, avec une spatialisation suffisamment ample pour donner de l’espace aux différentes composantes sonores. Les dialogues restent parfaitement intelligibles et correctement centrés, ce qui est évidemment essentiel sur un film aussi bavard. La galette nous propose également un mixage DTS-HD Master Audio 2.0 se révèle plus frontal et plus ramassé, mais conserve une belle clarté et propose une écoute plus directe, presque comme si les personnages venaient raconter leurs histoires depuis la scène d’un petit théâtre. Une édition techniquement solide, sans démonstration tonitruante, mais parfaitement cohérente avec la nature du film.

Côté suppléments, le morceau de choix est évidemment l’entretien avec Pierre Salvadori (19 minutes). Le réalisateur revient sur la genèse de La Vénus électrique, son désir de situer l’histoire dans les Années folles, la place du spiritisme et de la croyance, ainsi que sur la manière dont le projet a évolué depuis son idée initiale. Viennent ensuite une petite série de scènes coupées (6 minutes). Elles permettent de prolonger légèrement l’expérience et de retrouver quelques situations ou échanges qui n’ont finalement pas trouvé leur place dans le montage définitif. Leur intérêt principal tient moins à une éventuelle révélation capitale qu’à la possibilité d’observer les choix effectués au montage. Le disque propose également un lien vers la version numérique de l’Avant-Scène Cinéma, sous la forme d’un PDF, ainsi que la traditionnelle bande-annonce.

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