Accueil Critiques de films Critique : Disclosure Day

Critique : Disclosure Day

0
123

Disclosure Day

États-Unis, 2026
Titre original : Disclosure Day
Réalisateur : Steven Spielberg
Scénario : David Koepp, d’après une histoire de Steven Spielberg
Acteurs : Emily Blunt, Josh O’Connor, Colin Firth et Eve Hewson
Distributeur : Universal Pictures International France
Genre : Science-fiction
Durée : 2h26
Date de sortie : 10 juin 2026

2,5/5

Minority Report ne compte certes pas parmi les meilleurs films de Steven Spielberg. Sa fin hautement bancale le disqualifie d’emblée de figurer parmi les œuvres magistrales de la longue et illustre carrière du réalisateur. Cependant, avant que les choses ne se gâtent pendant les dix, quinze dernières minutes du film, il s’agit d’un conte de science-fiction des plus prenants et stylisés, qui n’a quasiment pas pris une ride près d’un quart de siècle après sa sortie.

Il est hélas fort peu probable qu’on parle en des termes aussi élogieux de Disclosure Day d’ici une vingtaine d’années, si tant est que nous arrivions mentalement et physiquement intacts au milieu du XXIème siècle. Évidemment, ce n’est pas un mauvais film, puisque le savoir-faire éprouvé de Spielberg nous assure plus de deux heures d’une course contre la montre assez haletante. Mais ce long-métrage et son histoire nous dévoilent un peu trop régulièrement leurs ficelles pour que le spectacle crée l’illusion de façon crédible.

De l’incrédulité, justement, le 34ème film de Steven Spielberg se défausse avec une certaine pesanteur. Puisque le rouleau compresseur de la campagne publicitaire en marche depuis six longs mois déjà n’a laissé aucun doute sur le fait que les extra-terrestres ont bel et bien débarqué, que reste-t-il à prouver à un récit en deux temps et à la destination boiteuse ? Sous un regard tant soit peu analytique et critique, le scénario de David Koepp court en effet le risque sérieux de retomber comme un soufflé, aussitôt son imposture dévoilée. Une à une, les étapes jusqu’à la grande révélation finale débouchent ainsi sur un nouveau prétexte dramatique, qui est censé nous tenir en haleine de manière quelque peu factice.

Une esbroufe de haut vol donc qui aurait pu réussir, si ce n’était pour quelques incohérences flagrantes qui nuisent considérablement à la logique du scénario et même pour une erreur de montage au moment du siège de la première planque du héros – il avait déjà longé cette clôture, non ?! – qui ne serait sans doute pas arrivée à Michael Kahn, le monteur attitré de Spielberg jusqu’aux Fabelmans !

© 2026 Niko Tavernise / Amblin Entertainment / Universal Pictures International France Tous droits réservés

Synopsis : Ancien spécialiste en cybersécurité de l’entreprise clandestine Wardex, Daniel Kellner en a dérobé des informations confidentielles qu’il compte révéler à l’humanité tout entière. Guidé par son mentor Hugo Wakefield et accompagné de sa copine Jane, il a à peine un temps d’avance sur les sbires de Scanlon, le patron maléfique de Wardex. Au même moment, la présentatrice de la météo sur une chaîne locale du Kansas Margaret Fairchild découvre avec stupeur qu’elle dispose de dons linguistiques jusque là insoupçonnés.

© 2026 Niko Tavernise / Amblin Entertainment / Universal Pictures International France Tous droits réservés

Aller au cinéma, c’est aussi accepter le contrat tacite entre le public et les créateurs du Septième art que ceux-ci ont à la fois le droit et l’obligation de nous faire voyager. Dans le cas de Disclosure Day, le voyage ne se déroule pas sans accrocs, même si on y croise certains des thèmes chers à son réalisateur. À bien y regarder, on pourrait presque considérer cette histoire abracadabrante comme le condensé en mode mineur de tout ce qui a fait le charme et la magie directive du cinéma selon Steven Spielberg.

Du traumatisme de l’enfance qui ne peut espérer être exorcisé que par le biais d’un retour aux sources, si possible par voie de symboles animaliers rassurants, jusqu’à la méfiance viscérale envers les porteurs d’autorité abusant de leur pouvoir, en passant par un amalgame de croyances qui trouve encore et toujours l’empathie comme plus petit dénominateur d’humanité : les ingrédients d’un vocabulaire idéologique affiné au fil d’un demi-siècle y sont présents sans faute.

Le hic, c’est que le récit n’arrive jamais à incorporer entièrement ces stéréotypes d’un optimisme sceptique dans un flux narratif autonome. Chaque fois, la référence devient trop vite reconnaissable, depuis Rencontres du troisième type jusqu’à Minority Report. Puis, avec la même régularité, la comparaison se fait au détriment de ce film-ci dont les personnages s’agitent beaucoup, sans jamais faire autre chose que de tourner en rond. Tandis qu’il n’est pas exclu que cette forme de surplace filmique regagne notre appréciation au fil du temps, comme l’avait fait jadis l’odyssée de Richard Dreyfuss jusqu’au monticule gravé dans son cerveau par des extra-terrestres d’un autre genre, il est bien plus probable que les lacunes scénaristiques présentes ici nous exaspèrent encore davantage, si jamais on donnait une seconde chance à ce film-ci.

À noter que notre méfiance contre la manipulation aux grands sabots de la part de Spielberg a fait son chemin depuis la fin de la séance, qui était, elle, loin d’être déplaisante dans l’immédiat. Comme quoi les vieilles recettes du divertissement tonitruant ont fini par montrer leurs tristes limites, même entre les mains de l’un de leurs plus prodigieux défenseurs …

© 2026 Niko Tavernise / Amblin Entertainment / Universal Pictures International France Tous droits réservés

Face à la faiblesse globale des situations, qui s’amorcent dans un ordre guère organique, la complexité des personnages laisse tout autant à désirer. Pour que nous puissions vibrer au rythme des épreuves qu’ils ont à traverser, le minimum serait de tenir tant soit peu à leur sort. Or, plus d’une fois, nous sommes corps et âme solidaires de leur aveu de désarroi qui exprime leur difficulté à comprendre ce qu’ils sont en train de faire, tel des marionnettes manipulées par une force invisible supérieure. Au détail près que cette force directive, en l’occurrence Steven Spielberg en personne, préfère nous assaillir de rebondissements farfelus et autres gadgets technologiques, sans jamais réellement prendre le temps de donner du sens ou au moins conférer un semblant de logique à ce qui se passe à l’écran.

L’immense majorité des personnages font les frais de cette précipitation décousue vers une conclusion courue d’avance. Le triangle masculin formé par Josh O’Connor, Colman Domingo et Colin Firth, qui aurait pu déboucher sur une variation inspirée de celui constitué dans l’adaptation de Philip K. Dick de Tom Cruise, Colin Farrell et Max von Sydow, reste essentiellement tributaire de la distribution manichéenne des rôles. C’est-à-dire le jeune premier trop passif et obnubilé par ses problèmes personnels pour endosser l’habit du messie, le vieux sage qui sait au contraire tout ce qu’il faut savoir mais qui s’avère être en fin de compte un chef d’orchestre trop brouillon dans ses indications et, enfin, le méchant caricatural de l’histoire qui s’avoue beaucoup trop vite vaincu pour inverser in extremis la tendance préjudiciable des enjeux si peu crédibles du récit.

Non, la seule valeur susceptible de racheter certains des égarements de Disclosure Day est sans l’ombre d’un doute Emily Blunt. Elle est la seule à exprimer pleinement une sensation d’effarement face aux choses insensées qui lui arrivent, sans pour autant tourner en dérision par mégarde l’évolution de son personnage. De cette femme qui n’aspire au début qu’à grimper les échelons professionnels d’une chaîne d’actualités modeste, Blunt réussit à incarner avec la même application le côté désemparé, voire terrifié, et son pendant plus serein, cette résignation presque majestueuse dans le rôle crucial qu’elle aura à jouer pour révéler sans précaution la plus grande nouvelle de l’Histoire de l’humanité. Ce qui ne la prémunit pas pour autant de quelques séquences presque risibles, comme sa tentative maladroite de se débarrasser de son téléphone vers le début du film ou sa découverte du décor préparé avec soin par Hugo Wakefield.

© 2026 Niko Tavernise / Amblin Entertainment / Universal Pictures International France Tous droits réservés

Conclusion

La liste des reproches qu’on pourrait faire à Disclosure Day est longue, puisque nous avons l’impression d’en avoir tout juste gratté la surface. Steven Spielberg n’y est pas très loin de bâcler irrémédiablement ses retrouvailles tardives avec la science-fiction. Lui qui l’avait si brillamment ponctuée au cinéma à travers Rencontres du troisième type, E.T. L’Extra-terrestre, A.I. Intelligence artificielle, Minority Report – pour la quatrième et dernière fois –, ainsi que, dans une moindre mesure, La Guerre des mondes. Ne reste dès lors plus qu’une seule interrogation : quel événement majeur est encore capable de fasciner l’humanité tout entière et dans l’immédiat, alors que chacun reste dans une indifférence toxique, pris au piège de la bulle qu’il s’est plus ou moins consciemment construite ? La confirmation que nous ne sommes pas seuls dans l’univers serait certainement le seul. Reste à espérer qu’elle se fera d’une manière moins biscornue que dans cette épopée futuriste somme toute assez décevante.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici