Critique : In Waves

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In Waves

France, Belgique, 2026
Titre original : –
Réalisatrice : Phuong Mai Nguyen
Scénario : Fanny Burdino et Samuel Doux, d’après la bande dessinée de AJ Dungo
Voix : Lyna Khoudri, Rio Vega, Paul Kircher et Birane Ba
Distributeur : Diaphana Distribution
Genre : Animation
Durée : 1h31
Date de sortie : 1er juillet 2026

3/5

Certes, le film d’ouverture de la dernière Semaine de la Critique cannoise n’a pas manqué de nous émouvoir. D’abord, par la beauté et la pureté de sa tragique histoire d’amour. Puis, par la qualité de son animation, d’une portée poétique indéniable. En même temps et malgré le fait qu’il est inspiré d’une triste histoire vraie, In Waves ressemble à tant d’autres destins de jeunes brisés par la maladie que le cinéma nous raconte depuis des décennies. Aussi poignante la mise en scène de Phuong Mai Nguyen soit-elle pour évoquer le coup de foudre contrarié par le cancer de ses deux protagonistes, elle ne va pas autant en profondeur lorsqu’il s’agit de réellement donner vie à ses personnages, en dehors du volet éhontément mélodramatique de l’intrigue.

Le dessin et le surf, les deux passions respectives de ces âmes sœurs californiennes, fournissent au mieux un arrière-plan dans l’air du temps à cette histoire aussi vieille que le monde sur l’amour impossible. En regardant ce premier film, est-ce qu’on apprend quelque chose d’intrinsèquement nouveau dessus ? Pas vraiment, tant le récit alimente avec une adresse indiscutable les clichés sur l’adolescent surdoué qui réussira à coup sûr de faire de son art son métier côté masculin et sur le courage du dépassement de soi par le sport côté féminin. La structure doucement alambiquée de la narration, faisant à intervalles réguliers le grand saut entre le passé et le présent, ainsi que l’évocation des origines hawaïennes du surf, parfait la facture soignée et sans doute amplement réfléchie du long-métrage.

Sauf que – dans toute sa beauté plastique et en dépit de l’amour inconditionnel que se vouent les deux personnages principaux – nous ne pouvons jamais nous défaire complètement de l’impression d’avoir été manipulés. Pour la bonne cause et selon les règles de l’art de ce que l’animation cinématographique a de plus accompli à proposer en ce milieu des années 2020, soit. Mais même la manipulation la plus sournoise rate sa cible, dès qu’on se demande si l’on n’en verrait pas, peut-être, les fines ficelles.

© 2026 Silex Films / Anonymous Content / Panique ! / Charades Productions / Gao Shan Pictures / Amazon Prime Video / France 3 Cinéma /
Diaphana Distribution Tous droits réservés

Synopsis : AJ, adolescent discret à Los Angeles, ne vit que pour le dessin et le skate. Seul son meilleur ami Francisco l’incite à sortir de sa zone de confort et à l’accompagner à une fête dans leur lycée. Il y fait la connaissance de la belle Kristen. Pour lui, c’est le coup de foudre instantané, tandis qu’elle se fait encore prier pendant un certain temps. AJ et Kristen finissent par se rapprocher grâce au surf, la passion de la jeune fille d’origine philippine qu’elle est déterminée à faire aimer également à son nouvel ami. Le seul problème, c’est qu’AJ a une peur panique de l’eau …

© 2026 Silex Films / Anonymous Content / Panique ! / Charades Productions / Gao Shan Pictures / Amazon Prime Video / France 3 Cinéma /
Diaphana Distribution Tous droits réservés

Le grand amour, plus fort que tout, qui finit pourtant par être terrassé par la maladie, en l’occurrence le cancer : c’est une prémisse qui vous parle en termes de mélodrames larmoyants ayant marqué l’Histoire du cinéma, n’est-ce pas ? Love Story de Arthur Hiller, déjà vieux de plus d’un demi-siècle, nous viendrait immédiatement à l’esprit dans ce domaine visiblement toujours aussi populaire. Ce qui ne veut aucunement dire que nous ne croyons pas en la sincérité avec laquelle la réalisatrice conte ce drame personnel, arrivé dans la vraie vie au dessinateur AJ Dungo et couché initialement sur papier sous forme de bande dessinée. Juste que nos attentes en la matière ont été tellement formatées au fil du temps par d’innombrables histoires semblables qu’un cynisme regrettable nous a guettés à chaque instant, en nous plongeant dans les flots couleur rose-bonbon de In Waves.

Or, cette approche d’observation cynique de notre part, la réalisatrice Phuong Mai Nguyen s’acquitte admirablement à la désamorcer. Principalement, en empruntant le chemin si bien balisé qui mène en ligne droite du fantasme pubère à l’accomplissement plein et entier de cet amour considéré d’emblée comme inatteignable. Il y a quelque chose du conte de fée romantique à l’eau de rose concentrée dans l’enchaînement presque sans entraves des manœuvres de séduction d’abord timides et ensuite de plus en plus affirmées par lesquelles AJ compte conquérir le cœur de Kristen. En effet, aucune ombre ne vient assombrir leur bonheur partagé, tout à fait palpable à l’écran, à l’exception néfaste de la maladie qui s’abat sur la jeune femme du jour au lendemain.

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Une maladie qui s’obstine à ne jamais dire son dernier mot, quitte à voir désormais le récit rythmé par elle, au fil des séjours de Kristen à l’hôpital et autres rechutes sans espoir. Une épreuve commune que le jeune couple partage autant avec le public qu’avec son entourage familial et amical. Hélas, ce dernier est essentiellement réduit à un rôle de vague soutien moral, le point de vue exclusif d’AJ en tant que narrateur officieux rendant difficile une quelconque perspective complémentaire. C’est lui qui peine à articuler sa détresse et son impuissance autrement que par des sanglots muets. Tout comme c’est lui, aussi, qui finit par transformer sa mise en retrait de deuil au bord de l’océan en période exceptionnellement créative, voire cathartique. Résumer cette distance parcourue par lui à un simple gain en maturité, ce serait ignorer la richesse affective avec laquelle le scénario et la réalisation savent anoblir le récit.

D’où notre dilemme incontestable face à In Waves. D’un côté, nous sommes plutôt réfractaires à l’idéalisme avec lequel Phuong Mai Nguyen revêt la relation entre AJ et Kristen, chansons sirupeuses en anglais à l’appui. Ainsi qu’au traitement assez superficiel de repères contre-culturels comme le surf ou le skate que d’autres films de fiction ont su vulgariser de manière infiniment plus ludique que ce film d’animation-ci. Et de l’autre, nous pouvons de même nous montrer partie prenante de ce rappel salutaire par écran de cinéma interposé, qu’il y a peu de choses plus belles et plus galvanisantes en ce bas monde qu’un amour vécu pleinement et en parfaite harmonie et réciprocité ! Une tâche dont ce film se montre plus que digne, sous réserve qu’il risque parfois de tomber dans l’extrême de l’exagération sentimentale.

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Conclusion

S’il fallait répondre à la question de ce que In Waves nous a fait aimer le plus, le dessin, le skate, le surf ou l’amour, nous répondrions sans hésitation le dernier. Cette surcharge romantique a beau ne pas toujours être bénéfique au premier long-métrage de Phuong Mai Nguyen, elle est mise en avant avec une telle conviction qu’elle a fini par désarmer nos objections de vieux cœur aigri. Ce qui n’est déjà pas si mal, par les temps pessimistes et même nihilistes qui courent. Dommage seulement que les diverses digressions dramatiques – la parenthèse aux tons grisâtres autour de la princesse hawaïenne en tête – n’aient pas su contribuer de manière substantielle à l’impact affectif de cette histoire d’amour touchante !

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