Accueil Critiques de films Comédie Critique : La Poupée (Sophie Beaulieu)

Critique : La Poupée (Sophie Beaulieu)

0
187

La Poupée

France, 2025
Titre original : –
Réalisatrice : Sophie Beaulieu
Scénario : Sophie Beaulieu
Acteurs : Vincent Macaigne, Cécile De France, Zoé Marchal et Adèle Journeaux
Distributeur : Ad Vitam Distribution
Genre : Comédie fantastique
Durée : 1h20
Date de sortie : 22 avril 2026

3/5

Y a-t-il une prémisse susceptible de véhiculer plus le point de vue d’une masculinité toxique que celle d’une poupée gonflable prenant vie comme par miracle ? Ce fantasme de la plupart des hommes travaille depuis longtemps l’imagination des scénaristes, avec plus (Une fiancée pas comme les autres de Craig Gillespie) ou moins (Monique de Valérie Guignabodet) de succès. Dans le cas de La Poupée, la formule subit une cure de jouvence pas sans attrait, puisque la réalisatrice Sophie Beaulieu en fait un manifeste féministe d’une gentillesse désarmante. Finies les insinuations graveleuses de la part d’hommes frustrés cherchant exclusivement une femme belle qui se tait en toute circonstance. Et bienvenue aux personnages féminins qui ne se laissent plus faire. Désormais, elles osent interroger le rôle et les occupations qu’une société patriarcale leur a désignés depuis la nuit des temps.

À notre grand regret, la durée de ce premier long-métrage assez séduisant s’avère bien trop brève pour creuser plus amplement la question. Ce qui se reflète également du côté de l’emploi quasiment caricatural des acteurs principaux. Avec Vincent Macaigne en éternel perdant attachant et Cécile De France en femme aussi émancipée que solitaire, on ne peut pas se tromper en termes de comédie divertissante. Même si c’est avant tout leur charme indéniable qui fait avancer le récit ici. Il n’empêche que cette façon-ci d’aborder le sujet, en laissant les hommes patauger dans leurs contradictions archaïques pendant que les femmes voient s’ouvrir devant elles un large horizon des possibles, est indiscutablement dans l’air du temps. Cette approche vaut déjà à elle seule le détour pour s’amuser tout en déconstruisant des stéréotypes de genre.

© 2025 Renaud Konopnicki / Novoprod Cinéma / Atelier de Production / 31 Juin Films / Les Films du Parc / Borsalino Productions /
Paprika Films / Ad Vitam Distribution Tous droits réservés

Synopsis : Incapable de se remettre de sa dernière rupture, le commercial en gazon artificiel Rémi Allard a préféré s’acheter une poupée qui satisfait tous ses désirs sexuels et ne lui brisera jamais le cœur. Il l’a appelée Audrey et en parle à ses collègues et ses parents, sans leur révéler sa véritable identité artificielle. Seule sa sœur Dominique est au courant. Quel est alors la surprise de Rémi, quand Audrey prend soudainement vie, le jour où l’intérimaire Patricia arrive dans l’entreprise afin d’y remplacer un collègue parti en congé de paternité !

© 2025 Renaud Konopnicki / Novoprod Cinéma / Atelier de Production / 31 Juin Films / Les Films du Parc / Borsalino Productions /
Paprika Films / Ad Vitam Distribution Tous droits réservés

Qu’il aurait été facile de plaindre l’ensemble des personnages de La Poupée ! Il n’y en a pas un seul qui n’avance pas de manière bancale dans sa vie personnelle et professionnelle, laissé désespérément seul face aux différents idéaux que son entourage l’oblige d’atteindre. Cela vaut pour la poignée de collègues de Rémi, de vrais gamins dans des corps d’adulte, qui ont encore de quoi s’extasier à la fois face à un baby-foot et en découvrant enfin cette mystérieuse Audrey, venue les saluer en petite tenue.

Et la même chose est vraie, bien sûr, de ce protagoniste profondément malheureux ou au moins mélancolique. Il est pris si étroitement au piège de son mal-être sentimental qu’il ne réussit guère à tirer son épingle du jeu fantastique que la réalisatrice et scénariste a préparé pour lui. En effet, la fidélité initialement parfaite de sa poupée devenue femme ne le rassure nullement dans son délire d’homme, qui se morfond dans son chagrin d’amour par voie de monologues nombrilistes.

Car il suffit de quelques répliques joliment cinglantes à Sophie Beaulieu pour démasquer la vanité pathologique de la gent masculine, ce besoin de parler sans cesse pour en fin de compte ne pas dire grand-chose. Ce que l’on devrait désigner de nos jours par le terme d’étalement masculin, au lieu de recourir à un fâcheux anglicisme de plus. L’exemple le plus parlant, en quelque sorte, est la fin de non-recevoir qu’Audrey envoie sans le moindre scrupule au récit d’un film par le père de Rémi, un Gilbert Melki qui campe succinctement mais avec aplomb un charmeur de la vieille école. Le fils de ce dernier n’arrive pas non plus à grandir, ni à gagner réellement en maturité pendant la bonne heure que dure son histoire abracadabrante. À tel point que le poids des apparences à maintenir coûte que coûte lui devient presque fatal, avant que l’amour par voie de sagesse féminine ne vienne crever in extremis l’abcès.

© 2025 Renaud Konopnicki / Novoprod Cinéma / Atelier de Production / 31 Juin Films / Les Films du Parc / Borsalino Productions /
Paprika Films / Ad Vitam Distribution Tous droits réservés

Eh oui, les femmes tirent incontestablement la couverture à elles dans La Poupée. Pas méchamment, quoiqu’avec une assurance décomplexée qui a visiblement troqué la naïveté dupe du passé contre une conception clairement plus revendicative de leur condition. Tandis que la génération des mères y est quelque peu laissée sur le bas-côté sous les traits tirés de Marianne Basler qui était devenue jadis la poupée volontaire de son mari, celle des filles s’est mise en tête de conquérir le pouvoir ou tout au moins d’ébranler les certitudes anciennes sur la dynamique au sein du couple. À ce sujet, le franc-parler d’Audrey peut se vanter d’une efficacité sensiblement plus militante que le jeu de Zoé Marchal, en proie au défi dramatique considérable d’exprimer simultanément la vacuité d’esprit de cet objet qui vient d’accéder à la conscience et un cahier des charges d’un féminisme joliment brut.

Or, un autre personnage s’est manifestement déjà cassé la tête en long et en large sur cette jungle des cases genrées et des attentes qui vont avec. Et si par le détour du rôle secondaire de la sœur, à qui Adèle Journeaux sait conférer toute la désinvolture qui va de pair avec notre époque passablement cinglée, Sophie Beaulieu nous désignait le chemin tout tracé vers l’identité féminine de demain ? Une identité pas exempte de superstitions et de fêlures, soit. Et jusqu’à présent, cette pauvre Dominique évolue plutôt en marge de la société. Notamment par rapport à ses parents, qui n’y comprennent strictement rien à ses lubies de garçon manqué, alors qu’elle se situe en fait dans l’essence même de la mentalité queer.

Mais petit à petit – aussi grâce à des films astucieux comme La Poupée, qui ne s’attarde pas trop sur l’aspect fantastique de l’intrigue pour mieux œuvrer à la démolition des acquis masculins – , c’est justement cette mentalité foncièrement inclusive qui pourrait prévaloir un jour lointain …

© 2025 Renaud Konopnicki / Novoprod Cinéma / Atelier de Production / 31 Juin Films / Les Films du Parc / Borsalino Productions /
Paprika Films / Ad Vitam Distribution Tous droits réservés

Conclusion

La Poupée a beau ne pas être notre film préféré avec une poupée gonflable – cette place est réservée à notre coup de cœur du milieu des années 2000 avec Ryan Gosling cité plus haut –, il réussit néanmoins au fil d’une histoire au rythme un peu trop hâtif de retourner de fond en comble les sous-entendus sexistes de cette prémisse qui ne l’est pas moins. En prenant à rebrousse-poil la problématique des désirs masculins auxquels les femmes devraient se soumettre docilement, Sophie Beaulieu pose en tout cas les fondements prometteurs d’un cinéma féministe sans remords, ni fausse pudeur. Ce qui est déjà très bien pour un premier long-métrage, qui aurait facilement pu déraper vers le terrain glissant de la farce à la grossière binarité des genres.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici