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Critique Express : Caravane

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Caravane 

République tchèque, Slovaquie, Italie : 2025
Titre original : Karavan
Réalisation : Zuzana Kirchnerová
Scénario : Zuzana Kirchnerová, Tomáš Bojar, Kristina Majova
Interprètes : Aňa Geislerovà, David Vostrčil, Juliana Olhová
Distribution : Les Alchimistes
Durée : 1h43
Genre : Drame
Date de sortie : 22 avril 2026

3/5

Synopsis : Ester élève seule David, son fils, atteint d’une déficience intellectuelle. Cet été, elle rêve d’un peu d’insouciance chez des amis en Italie. Mais après une crise de David, la tension monte, et ils se retrouvent exilés dans une vieille caravane au fond du jardin. C’en est trop pour Ester. Sur un coup de tête, ils prennent la route. Quand Zuza, jeune routarde sans préjugés, embarque à leurs côtés, un trio bancal mais sincère se forme, entre joie fragile et liberté inattendue.

Dans le monde top souvent déshumanisé dans lequel nous vivons, on peut quand même se réjouir que, à quelques exceptions près,  continue à exister l’amour qu’une mère ou qu’un père porte à ses enfants. Un amour d’autant plus fort, très souvent, lorsque l’enfant souffre d’un handicap. D’autant plus fort, peut-être, pour compenser le rejet dont cet enfant peut être l’objet de la part des « autres », au sens large du mot. Ce rejet, Ester, mère célibataire tchèque d’une quarantaine d’années, va le ressentir profondément alors qu’elle séjourne chez un couple d’amis dans le nord de l’Italie avec David, son fils, un adolescent trisomique et autiste : un accès de violence de David, la peur que cela engendre chez les 2 filles du couple, une des fillettes qui « ne veut plus de lui ici », Ester qui entend une conversation entre ses amis qui ne laisse aucun doute sur ce qu’ils pensent sincèrement de David, et voici Ester et David qui se retrouvent exilé(e)s dans un camping-car au fin fond du jardin. Dans ces condition, Ester préfère partir et elle opte pour rejoindre la Calabre en « empruntant » le camping-car de ses amis. Transformé en road-movie, le film va permettre à Ester et à son fils de faire un certain nombre de rencontres, la plus importante étant celle avec Zuza, une jeune femme aux cheveux roses, une jeune femme très libre, imprévisible, sans préjugé, qui vit comme il vient l’instant présent, sans se poser de question et qui, surtout, voit dans David un adolescent comme les autres. Au cours de ce voyage vers le sud, le trio va vivre un certain temps en complète symbiose et Ester va nous prouver, va se prouver que, quand bien même elle est mère d’un enfant handicapé avec tous les sacrifices que cela implique, elle n’en est pas moins femme, avec les désirs qu’une femme peut ressentir.

On peut s’étonner que ce film qui met en scène les rapports entre une mère tchèque et son fils handicapé se transforme en road-movie tourné en Italie. En fait, elle même mère d’un enfant handicapé, Zuzana Kirchnerová, la réalisatrice, avait pour ce qui est son premier long métrage des exigences sur lesquelles elle n’a jamais cédé. Voulant que s’opère chez Ester une transformation vers une forme de libération, elle ne voulait pas tourner en République tchèque, le pays d’origine de cette dernière, considérant que la transformation qu’elle souhaitait était impossible en restant dans son propre pays. En plus, elle voulait la présence de la mer, une présence impossible à trouver en Tchéquie. En fait, elle ressentait le besoin d’un tournage en Italie et de faire de son film un road-movie partant du nord, avec ses « grandes plages privées, très ordonnées, presque froides » et se dirigeant vers le Sud « où tout devient plus libre », jusqu’à la Calabre,  une région qui, pour la réalisatrice, « incarne un pays sans normes, sans ordre, où tout peut exister », un environnement pouvant permettre à Ester de se redécouvrir. Sélectionné à Un Certain Regard lors du Festival de Cannes 2025, Caravane présente beaucoup de qualités mais aussi quelques imperfections. C’est tout d’abord un film à l’image très soignée qui raconte une histoire pleine d’émotion, de force de caractère  et de tendresse pour les personnages. Pour la réalisatrice, représenter tout simplement son corps est de la plus grande importance lorsqu’on s’intéresse à un personnage et elle le fait très bien. Par contre, on regrette que le film manque parfois de rythme, de vigueur, avec certaines scènes qui auraient gagné à être raccourcies. Concernant le casting, le plus difficile, comme on s’en doute, a été le choix de l’interprète de David qui, pour la réalisatrice, devait absolument être mentalement handicapé. Parmi plus de 150 garçons qui ont participé à ce casting, c’est David Vostrčil qui a été choisi et il est parfait. Pour les rôles d’Ester et de Zuza, la réalisatrice avait rêvé d’Aňa Geislerová mais aussi de Juliána Brutovská dès l’écriture du scénario. Toutes les 2 ont accepté les rôles que Zuzana Kirchnerová leur proposait et c’est une réussite.

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