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Test Blu-ray 4K Ultra HD : Danger Diabolik

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Danger Diabolik

Italie, France : 1968
Titre original : Diabolik
Réalisation : Mario Bava
Scénario : Dino Maiuri, Mario Bava, Adriano Baracco
Acteurs : John Phillip Law, Marisa Mell, Michel Piccoli
Éditeur : Sidonis Calysta
Durée : 1h43
Genre : Aventures
Date de sortie cinéma : 11 avril 1968
Date de sortie DVD/BR : 16 janvier 2026

Convaincu d’avoir piégé le super criminel Diabolik, l’inspecteur Ginko tombe de haut en se rendant à l’évidence que son pire ennemi l’a, une fois de plus, roulé dans la farine. Diabolik récupère non seulement le butin, mais le ridiculise, lui et son ministre de l’intérieur . Forts de leur succès, Diabolik et sa complice, Eva Kant, fomentent un nouveau coup d’éclat : le vol des émeraudes d’une milliardaire. Devinant les intentions du couple, Ginko prépare sa revanche, contraignant Valmont, le chef du syndicat du crime, à lui livrer celui qu’il traque depuis si longtemps…

Le film

[5/5]

Le fumetti – pluriel de fumetto – est le nom général donné à la bande dessinée italienne, qui connut un immense succès dans les années 60/70 et fut publiée en France dans des petits formats « jetables », faisant de nos jours l’objet d’un véritable culte pour beaucoup d’amateurs de bis et de « pulp » autant que de bizarreries artistiques. Diabolik, Blek le Roc, Satanik, Zagor ou Capt’ain Swing sont autant d’exemples de ces bandes dessinées foisonnantes de créativité et d’excès en tous genres. Créé dans les années 60 par les sœurs Giussani, Diabolik est l’un des fumetti les plus populaires à travers le monde ; à la fin des années 60, la série connut les honneurs d’une adaptation sur grand écran, devant la caméra psychédélique de Mario Bava. Résultat : tout dans Danger Diabolik semble avoir été trempé dans un bain de couleurs qui auraient décidé de vivre leur meilleure vie, sans demander l’avis de personne.

Sorti en 1968, le film de Mario Bava surgit en plein cœur d’une époque où l’Italie oscillait entre révolution esthétique, libération des corps et explosion pop. Danger Diabolik en absorbe chaque particule, comme un aspirateur psychédélique qui aurait avalé à la fois la mode, la BD, la politique et un pot de peinture fluo. Le résultat n’a rien d’un film sage : c’est un objet mutant, un jouet de luxe, un fantasme de papier glacé qui prend vie avec une insolence réjouissante. Chaque plan de Danger Diabolik se transforme en affiche de concert, chaque décor en sculpture pop, chaque costume en manifeste esthétique. La mise en scène de Bava est un festival de trouvailles visuelles : il y filme les tunnels, les repaires secrets, les voitures futuristes et les explosions comme s’il composait un opéra pop où chaque note serait un néon. Les zooms improbables, les filtres colorés, les décors géométriques : tout respire l’audace, l’envie de jouer, la liberté totale.

Alors bien sûr, Danger Diabolik est assurément très kitsch, et semble parfois animé par une logique parallèle, comme si Mario Bava avait décidé que la gravité était une option et que la cohérence narrative pouvait bien aller se reposer cinq minutes. Mais derrière cette folie douce, il y a une rigueur plastique impressionnante : chaque cadre est pensé, chaque couleur raconte quelque chose, chaque mouvement de caméra épouse l’esprit du fumetti. Le tout est bien sûr agrémenté de décors et de costumes so 60’s. Eva Kant, incarnée par Marisa Mell, traverse le film comme une apparition pop, vêtue de tenues qui semblent avoir été dessinées par un Paco Rabanne sous acide. Rien de vulgaire, rien de gratuit : juste une liberté vestimentaire qui raconte l’époque, son rapport au corps, à la mode, à l’émancipation. Eva n’est pas un faire-valoir : elle est l’égale de Diabolik, sa partenaire, son double lumineux, elle le domine même régulièrement à l’image. Leur duo fonctionne comme une équation pop où chaque terme renforce l’autre.

De son côté, Diabolik n’est pas un héros : c’est un voleur anarchiste, un dandy masqué qui défie l’ordre établi avec la grâce d’un chat noir. Danger Diabolik devient alors un film sur la liberté, sur le refus des règles, sur la beauté du geste gratuit – même quand ce geste consiste à voler un coffre-fort en rigolant comme un garnement trop sûr de lui. De fait, les thématiques du film résonnent avec leur époque : contestation de l’autorité, fascination pour les anti-héros, explosion des codes moraux, émergence d’une culture pop qui n’a plus peur de mélanger le kitsch, le glamour et le politique… Diabolik vole les riches, ridiculise l’État, défie la police, et s’offre même le luxe de vivre dans une grotte high-tech qui ferait pâlir d’envie le Dr Denfer. Le film devient alors une sorte de parabole pop sur la liberté individuelle, sur le plaisir de dire non, sur la beauté du geste inutile. Et dans cette liberté, il y a quelque chose de profondément 1968 : un souffle de révolte, un parfum de changement, une envie de brûler les règles pour mieux en inventer d’autres.

Les acteurs de Danger Diabolik apportent une densité inattendue à ce carnaval visuel. John Phillip Law, impassible derrière son masque noir, incarne un Diabolik à la fois félin, mécanique et mystérieux. Marisa Mell, magnétique, donne au film une sensualité élégante, jamais forcée. Michel Piccoli, en flic dépassé, apporte une touche d’ironie délicieuse. Et derrière eux, Mario Bava orchestre tout avec une précision de maître horloger psychédélique. En deux mots, Bava réussit tout ce que ratait Roger Vadim, la même année, avec Barbarella (avec le même John Phillip Law). Plus qu’un film culte, Danger Diabolik est une explosion pop, un manifeste esthétique, un morceau de liberté filmée. Et plus les années passent, plus il brille.

Le Blu-ray 4K Ultra HD

[4/5]

Resté totalement inédit en DVD et Blu-ray en France depuis l’avènement du format numérique, Danger Diabolik débarque finalement aujourd’hui au format Blu-ray 4K Ultra HD, sous les couleurs de Sidonis Calysta, et dans un classieux Digibook Collector qui ferait rougir un musée du design. Le boîtier, solide, élégant, accueille deux galettes et un livret de 52 pages signé Marc Toullec, que nous n’avons pas eu entre les mains mais qui s’avère probablement riche en anecdotes, analyses et documents d’époque. L’objet semble respirer le soin, la passion, et cette envie de célébrer ce film rare, devenu introuvable. Côté image, le Blu-ray 4K Ultra HD de Danger Diabolik est un choc visuel. La restauration Dolby Vision + HDR10 révèle une copie d’une beauté insolente : couleurs saturées, textures argentiques préservées, contrastes éclatants, piqué impressionnant. Les décors futuristes, les tunnels, les gadgets, les costumes : tout gagne en relief, en précision, en folie visuelle. Quelques plans plus abîmés subsistent, mais rien qui ne gâche l’expérience. Côté son, le film nous est proposé en DTS-HD Master Audio 2.0 (mono), en VO et en VF. La version originale anglaise, claire et dynamique, met en valeur les dialogues et la partition d’Ennio Morricone. La version française, doublée par des voix mythiques (Bernard Woringer, André Valmy, Jean-Claude Michel, Henri Virlojeux, et bien sûr Michel Piccoli se doublant lui-même), n’a rien d’une piste secondaire : elle est riche, vivante, parfaitement équilibrée. Les deux versions cohabitent sans hiérarchie forcée, chacune offrant une expérience cohérente et respectueuse du matériau d’origine.

Côté bonus, on commencera avec une présentation du film par Gérald Duchaussoy et Romain Vandestichele (36 minutes), passionnante, dense, qui replace le film dans son contexte esthétique, culturel et même politique. Les deux spécialistes, auteurs de l’ouvrage « Mario Bava, le magicien des couleurs » (Éditions Lobster Films, 2019), reviennent sur le fumetti, sur l’anarchisme pop du personnage, sur la carrière et l’esthétique de Mario Bava, sur la réception du film, ainsi que sur sa redécouverte dans les années 90 grâce au clip des Beastie Boys « Body Movin’ » et au film CQ de Roman Coppola. C’est un module riche, précis, indispensable. On continuera ensuite avec une featurette intitulée « De la BD au film » (20 minutes), reprise de l’édition DVD américaine de 2005, explore l’influence du film sur la culture pop, la BD, le cinéma indépendant. Le dessinateur de comics Stephen R. Bissette, le regretté Adam Yauch (des Beastie Boys), Roman Coppola, John Philip Law, Dino De Laurentiis et Ennio Morricone y exprimeront leur admiration pour le film et son style unique, explorant les spécificités de l’époque et les codes de la bande dessinée italienne des années 1960, analyseront la mise en scène, les trouvailles visuelles, et bien sûr l’héritage du film. Le Blu-ray 4K Ultra HD de Danger Diabolik inclut aussi un teaser (1 minute) et une bande-annonce (2 minutes), restaurés, nerveux, parfaitement dans l’esprit du film. Un très belle édition !

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