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Test Blu-ray : Tir à vue

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Tir à vue

France : 1984
Titre original : –
Réalisation : Marc Angelo
Scénario : Yves Mourot
Acteurs : Sandrine Bonnaire, Laurent Malet, Jean Carmet
Éditeur : Arcadès Éditions
Durée : 1h28
Genre : Policier, Thriller
Date de sortie cinéma : 5 septembre 1984
Date de sortie DVD/BR : 17 mars 2026

Depuis que son frère a été tué à La Courneuve sans que la police daigne intervenir, Richard a décidé de se venger et de cracher sa haine à la face de la société. Il rencontre et séduit une jeune femme tout aussi paumée que lui, Marilyn. Tous deux multiplient les cambriolages et les braquages. Mais un jour le jeu tourne mal et ils se retrouvent auteurs d’un meurtre…

Le film

[3,5/5]

Au début des années 80, le polar français est à la croisée des chemins entre l’héritage et la nouveauté, et l’influence du néo-polar venu d’Italie commence à se faire sentir sur le genre. Les notions de morale ou de code d’honneur semblent avoir totalement disparu, les flics fricotent volontiers avec les truands, et la frontière entre ce qui est légal et ce qui ne l’est pas est de plus en plus floue. Dans une France encore très marquée par les spectres de la guerre d’Algérie, flics et truands se vouent une guerre sans pitié, utilisant les mêmes méthodes crapuleuses, les mêmes coups bas, les mêmes attitudes de petites frappes. Le public de l’époque était friand de ce type de polars brutaux, aux forts relents de ripoux, de dope, de putes et de caniveau, qui évoquaient fortement les des romans de gare signés Gérard de Villiers et ses équipes (SAS, Brigade mondaine). De fait, de nombreux cinéastes s’engouffrèrent dans la brèche du polar français hardcore, et une grosse poignée de films – aujourd’hui pour la plupart largement oubliés – permirent un temps aux français de rivaliser avec le poliziottesco en termes d’outrances et d’excès en tous genres.

Parmi ceux-ci, on peut penser à Brigade mondaine (Jacques Scandelari, 1978), Brigade mondaine : La Secte de Marrakech (Eddy Matalon, 1979), La Guerre des polices (Robin Davis, 1979), Brigade mondaine : Vaudou aux Caraïbes (Philippe Monnier, 1980), Le Bar du téléphone (Claude Barrois, 1980), Le Choix des armes (Alain Corneau, 1981), Tir groupé (Jean-Claude Missiaen, 1982), Légitime Violence (Serge Leroy, 1982), Le Choc (Robin Davis, 1982), La Balance (Bob Swaim, 1982), L’Indic (Serge Leroy, 1983), Effraction (Daniel Duval, 1983), Le Faucon (Paul Boujenah, 1983), L’Arbalète (Sergio Gobbi, 1984), Les Fauves (Jean-Louis Daniel, 1984), Rue Barbare (Gilles Béhat, 1984), Ronde de nuit (Jean-Claude Missiaen, 1984), Polar (Jacques Bral, 1984), Liste noire (Alain Bonnot, 1984), Tir à vue (Marc Angelo, 1984), Un été d’enfer (Michaël Schock, 1984), Urgence (Gilles Béhat, 1985), Brigade des mœurs (Max Pécas, 1985), La Baston (Jean-Claude Missiaen, 1985), Spécial Police (Michel Vianey, 1985), Justice de flic (Patrick Bourgue, 1986), L’Exécutrice (Michel Caputo, 1986), Police des mœurs (Jean Rougeron, 1987)…

Aujourd’hui, c’est Tir à vue qui est remis à l’honneur, grâce à Arcadès Éditions. Tir à vue, le film que Sandrine Bonnaire aimerait sans doute oublier, dans lequel, à l’image de Paris et de la mise en scène Marc Angelo, elle ressemble à un animal nerveux, prêt à mordre quiconque s’approche trop près de ses trottoirs fatigués. Vous en conviendrez en jetant un œil à la liste ci-dessus : avec sa sortie en 1984, le film débarquait en plein milieu d’une décennie où le polar français carburait à l’adrénaline, au cuir synthétique et aux illusions perdues. Tir à vue s’inscrit dans cette veine urbaine, brute, un peu cabossée, mais toujours sincère, qui tente ici de nous embringuer dans une histoire d’amour teintée de violence à la Bonnie & Clyde. Le récit suit Richard, jeune homme fracassé par la mort de son frère, qui décide de régler ses comptes avec une société qui ne l’a jamais regardé autrement que comme un numéro de dossier.

Tir à vue ne cherche à excuser ni les actes de son personnage principal, ni le jeu outrancier de Sandrine Bonnaire : il les montre, les expose, les laisse respirer comme des plaies mal refermées, afin que les générations futures puissent apprendre des erreurs du passé. De fait, Tir à vue mêle la violence frontale et une mélancolie sourde. Le film avance comme un chien errant, oscillant entre rage et tristesse, entre coups de feu et silences lourds. Richard, incarné par un Laurent Malet habité, traverse Paris comme un fantôme en colère, un type qui ne sait plus très bien s’il veut vivre ou disparaître dans un dernier éclat. A ce titre, Tir à vue rappelle particulièrement les poliziotteschi italiens, mais en version française : sale, nerveuse, encore pleine de dents. Cette hybridation donne au film une identité étrange, presque poétique, comme si la violence devenait une forme de danse maladroite.

La mise en scène de Tir à vue respire la débrouille inspirée. Marc Angelo filme les rues, les bars, les parkings et les appartements comme des terrains de jeu dangereux, où chaque recoin peut devenir un piège. La caméra glisse, trébuche, observe, sans jamais chercher la perfection. Cette imperfection assumée donne au film une texture particulière, presque granuleuse, qui colle parfaitement à son univers. Comme dans le cas d’Urgence que l’on abordait hier, et plus largement dans le cas de tous les films évoquant l’insécurité et les sujets dits « régaliens », les thématiques de Tir à vue résonnent encore très fortement dans la société actuelle : marginalité, colère sociale, institutions défaillantes, violence policière, racisme ordinaire. Le film montre un monde où chacun tente de survivre comme il peut, où les flics traînent leurs propres fantômes, où les jeunes se perdent faute de repères. Richard n’est pas un héros, mais un symptôme : celui d’une époque où la colère se transforme en trajectoire mortelle. Tir à vue ne juge pas, il montre, il laisse le spectateur respirer dans cet espace trouble, où la frontière entre victime et bourreau devient floue.

Du côté des acteurs, Tir à vue joue davantage la carte de l’intensité que de la justesse. Laurent Malet, intense, fragile, presque translucide, porte le récit avec une énergie désespérée. Sandrine Bonnaire, 17 ans, apporte une présence brute, une force instinctive, une furie hystérique qui transcende les maladresses du scénario à force d’en faire des caisses. En revanche, Jean Carmet et Michel Jonasz sont absolument excellents en flics cabossés par la vie, et ajoutent au film une profondeur inattendue, comme s’il se souvenait soudain qu’il pouvait aussi être tendre. Tir à vue repose sur ces visages, sur ces corps qui se heurtent, qui tombent, qui se relèvent, et qui contribuent à faire de ce film largement oublié un morceau de péloche bien déviant des années 80 – un plaisir coupable à ranger aux côtés de L’Exécutrice dans sa DVDthèque.

Le Blu-ray

Le Blu-ray de Tir à vue édité par Arcadès Éditions arrive dans un boîtier noir glissé dans un surétui cartonné : sobre mais efficace. Le visuel créé pour l’occasion fait le travail, même si une jaquette réversible reprenant l’affiche originale aurait été un geste apprécié des collectionneurs. Le film intègre la collection « Polar » de l’éditeur, aux côtés d’Urgence, que nous abordions hier, et d’Un été d’enfer et Effraction, sortis l’année dernière, et que nous n’avons pas eu le bonheur de chroniquer. Côté image, vous connaissez notre tendance à voir toujours le verre à moitié plein, mais il faut tout de même admettre que la restauration Haute-Définition annoncée sur la jaquette est loin d’être miraculeuse, et s’avère encore plus problématique que celle du film que nous abordions hier. Le piqué est doux, le piqué et le grain cinéma aux abonnés absents, les contrastes oscillent, la colorimétrie reste terne, hormis quelques rouges qui surgissent comme des feux de signalisation fatigués. Bon, on est bien sûr au-dessus du DVD édité par LCJ Éditions il y a une quinzaine d’années, mais clairement pas de quoi faire bondir de joie les amateurs de restauration : on reste sur une présentation DVD à peine améliorée ; on suppose que l’on devra s’en contenter étant donné la rareté et le côté extrêmement confidentiel du film. Le son, en revanche, s’en sort très correctement. La piste DTS-HD Master Audio 2.0 offre une clarté appréciable, des dialogues nets, une dynamique solide et une absence totale de souffle. Les effets sonores – coups de feu, moteurs, éclats de voix – trouvent leur place sans jamais écraser les dialogues. La musique, typique de l’époque, respire correctement. L’ensemble donne à Tir à vue une présence sonore convaincante, qui compense en partie les limites de l’image.

Les suppléments du Blu-ray de Tir à vue sont particulièrement généreux, et feront plaisir aux nombreux admirateurs de Jérôme Wybon, l’archéologue français des images d’archives. On trouvera d’abord une intéressante présentation du Polar français des années 80 (19 minutes), qui replace Tir à vue dans le contexte de son époque de sortie : mutation du polar, arrivée de nouveaux réalisateurs, influence du climat politique, montée des extrêmes, évolution de la représentation policière. C’est dense, clair, instructif, et ça donne envie de revoir tous les polars produits chez nous durant la décennie. Le second module consiste en une présentation du film, toujours par Jérôme Wybon (8 minutes). Casting, réception critique, place du film dans la carrière de Marc Angelo… Jérôme Wybon replace Tir à vue dans une période où le polar français osait encore mélanger action, politique et tension sociale. C’est court, mais précis, et ça éclaire le film sous un angle nouveau.

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