Critique : Intégrale Jean-François Stévenin

Passe-montagne

France : 1978
Titre original : –
Réalisation : Jean-François Stévenin
Scénario : Jean-François Stévenin, Michel Delahaye, ,
Interprètes : , Jean-François Stévenin,
Distribution : Les Acacias pour
Durée : 1h53
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie : 18 avril 2018


Note : 3.5/5

Synopsis : Georges tombe en panne dans le Jura et va faire réparer sa voiture chez Serge, un garagiste qui travaille dans un hameau isolé. Les deux hommes se lient bientôt d’amitié.

Double messieurs

France : 1986
Titre original : –
Réalisation : Jean-François Stévenin
Scénario : Jean-François Stévenin
Interprètes : , , Jean-François Stévenin
Distribution : Les Acacias pour Le Pacte
Durée : 1h30
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie : 18 avril 2018


Note : 3.5/5

Synopsis : François, un cadre sans histoire, mène une existence paisible, entouré de sa femme et de ses enfants. Un jour, il découvre sur la couverture d’un roman policier le portrait de son vieux complice Léo, qu’il n’a pas vu depuis 25 ans et qu’il connut jadis en colonie de vacances.
Ce dernier est devenu cascadeur de cinéma mais est resté un éternel adolescent. Ensemble, ils décident de retrouver Kuntchinski, le troisième larron de la bande, pour recommencer le jeu qu’ils affectionnaient tant durant leur adolescence.

Mischka

France : 2002
Titre original : –
Réalisation : Jean-François Stévenin
Scénario : Jean-François Stévenin, ,
Interprètes : , Jean-François Stévenin, ,
Distribution : Les Acacias pour Le Pacte
Durée : 1h57
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie : 18 avril 2018


Note : 3.5/5

Synopsis : Un vieil homme, vêtu d’une robe de chambre et chaussé de pantoufles, est abandonné par sa famille sur une aire d’autoroute, un jour de départ en vacances. Il atterrit dans un hospice où un infirmier, Gégène, le surnomme Mischka.
Le garde-malades lui propose alors de quitter la sinistre maison de retraite. C’est l’occasion pour lui de faire la rencontre de Jane, l’adolescente fugueuse, et de Joli-coeur, la rockeuse, et de redécouvrir la vie au moment où il est en passe de la terminer.

Alors que la liste des films dans lesquels il a fait l’acteur est, depuis ses débuts il y a 50 ans, longue comme le bras, Jean-François Stévenin est ce qu’on peut appeler un réalisateur rare : seulement 3 longs métrages à son actif, le premier en 1968, le troisième en 2002. Des films atypiques, très personnels, que Le Pacte et Les Acacias ont la bonne idée de ressortir en salles dans des versions restaurées.

Revoir ou découvrir

40 ans après la réalisation de son premier long métrage, 16 ans après son troisième et dernier (pour l’instant ?), la ressortie simultanée des 3 films de Jean-François Stévenin va se frotter à deux catégories de spectateurs : d’un côté, celles et ceux qui ont déjà vu, au moins, un de ces films et qui se réjouissent à l’avance de pouvoir retrouver l’univers de ce réalisateur, fait d’une liberté totale, que ce soit dans la conduite du récit ou dans le jeu des comédiens. Seront-ils à nouveau conquis ou, au contraire, auront ils l’impression qu’il y a du vieillissement dans l’air ? Le leur ? Celui de cette façon de filmer qui n’a plus cours de nos jours ? De l’autre côté, celles et ceux qui n’ont vu aucun de ces 3 films et qui, pour certain.e.s, habitué.e.s à un type de cinéma formaté largement majoritaire de nos jours, seront désarçonné.e.s  face à ce cinéma en roue libre, tourné à l’instinct, alors que les autres y prendront un grand plaisir.

Lequel ?

Voir l’un après l’autre les 3 films réalisés par Jean-François Stévenin présente un intérêt évident : celui de s’apercevoir que, malgré les 8 ans qui se sont écoulés entre le premier et le deuxième et les 16 ans entre le deuxième et le troisième, il y a chez le réalisateur une fidélité certaine à certains thèmes. C’est ainsi que, dans chacun de ces films, la notion de rencontre est importante, que cette rencontre soit le fruit du hasard (Passe-montagne), que ces rencontres soient multiples (Mischka) ou qu’elle soit recherchée (Double messieurs). Autre constante : aucun de ces 3 films ne se déroule dans une ville, encore moins à Paris. Passe-montagne a été entièrement filmé dans le Jura, Double messieurs utilise les beaux paysages du Vercors. Quant à Mischka, le cadre se partage entre campagne et bord de mer. On terminera en évoquant les stations-service, des lieux que Jean-François Stévenin semble chérir, peut-être parce que ce sont des endroits qui favorisent les rencontres.

Maintenant, une interrogation majeure : au cas où on souhaiterait se limiter à un seul film (ce qui, avouons le, serait dommage), lequel choisir ? Le plus poétique ? il faut alors se diriger vers Passe-montagne, avec cette rencontre improbable entre un mécanicien divorcé vivant dans un hameau du Jura (Jean-François Stévenin) et un architecte parisien (Jacques Villeret). Avec la recherche de cette « combe » magique que Serge, le mécanicien, voudrait trouver et explorer avec l’oiseau de bois construit dans ce but. Avec, enfin, la musique écrite par Philippe Sarde et empruntée à Barocco, le film de Téchiné. Des trois films, le plus « intime » ? Double messieurs fera l’affaire, avec, pour le personnage principal joué par Stévenin lui-même, l’arrivée (tardive !) à l’âge adulte lorsque apparait le personnage d’Hélène, interprété par Carole Bouquet : sa beauté le subjugue et transforme la camaraderie très adolescence retardée qu’il entretenait avec Léo (Yves Afonso) en amour pour les femmes, pour une femme. Et le plus foutraque et, peut-être, le plus optimiste ? Mischka, avec ces rencontres entre personnes qui ne sont pas de la même génération, plus la rencontre avec .

Les comédiens et les comédiennes

Si Jean-François Stévenin joue un rôle important dans chacun des 3 films, seuls Yves Afonso et Jean-Paul Bonnaire sont présents dans deux d’entre eux : Double messieurs et Mischka. Au sujet d’Yves Alonso, qui a pour habitude de surjouer ses personnages, on n’est pas franchement étonné de le voir surjouer encore plus que d’habitude mais on est agréablement surpris de constater que, dans le cadre du cinéma de Jean-François Stévenin, cela ne présente aucun problème pour le spectateur, bien au contraire ! Dans Passe-montagne, Jacques Villeret, avec son côté lunaire et son tour de taille, est le partenaire idéal de Stévenin. Carole Bouquet a dû beaucoup s’amuser à tourner Double messieurs et sa prestation est tout simplement parfaite. Dans Mischka, Jean-Paul Roussillon domine les débats dans son rôle de vieil homme abandonné par son fils (Yves Afonso) et recueilli par Gégène (Jean-François Stévenin). Autour de ces deux personnages, une distribution qui mélange des comédiens de génération différentes : Jean-Paul Bonnaire, Yves Afonso, Elisabeth Depardieu, Rona Hartner, Salomé Stévenin.

Conclusion

Lorsqu’on va voir ou revoir les films de Jean-François Stévenin, il est indispensable d’oublier le cinéma d’aujourd’hui, le bon comme le mauvais. Il faut se rappeler que ce réalisateur a toujours revendiqué son attirance, entre autres, pour le cinéma de Truffaut et pour celui de Cassavetes. En fait, un mot suffit à qualifier le cinéma de Jean-François Stévenin : liberté. Pour certain.e.s, cela peut s’avérer déroutant. Pour les autres, il sera surtout question de fraîcheur et de plaisir.

 

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Auteur

Jean-Jacques

Cet article a été rédigé par Jean-Jacques Corrio, Rédacteur de Critique Film. Lire tous ses articles