Critique : Voyez comme on danse


France, 2018
Titre original : –
Réalisateur :
Scénario : Michel Blanc, d’après des personnages créés par
Acteurs : , , ,
Distribution : UGC Distribution
Durée : 1h28
Genre : Comédie
Date de sortie : 10 octobre 2018

Note : 3,5/5

Seize ans ! Seize ans, c’est long, bordel ! Nous ne suivons pas d’assez près le cinéma français pour nous être rendus compte plus tôt que cela fait une éternité que Michel Blanc n’a plus réalisé de film. Et pourtant, si ! Cela fera donc, quasiment jour pour jour, autant d’années depuis la sortie de Embrassez qui vous voudrez en octobre 2002. Inutile de préciser que nous sommes ravis, voire aux anges du retour inopiné derrière la caméra de cette plume fine, dotée de surcroît d’un regard à la fois juste et cruel sur les petits travers de la bourgeoisie française. C’est donc reparti pour un tour avec la plupart des personnages qui nous avaient fait éclater de rire jaune au début du siècle et qui, au lieu de gagner en sagesse, se démènent toujours aussi pitoyablement contre leur condition sociale et sentimentale. Sans atteindre tout à fait la brillance jubilatoire de son prédécesseur indirect, Voyez comme on danse est cette bête rare d’une comédie française intelligente, où les répliques sarcastiques fusent à toute vitesse, ne laissant aucun des personnages hauts en couleur indemne. Il s’agit du rappel salutaire de la qualité du cinéma français, entièrement possible à condition que des réalisateurs aussi sophistiqués que Michel Blanc veuillent bien se donner la peine d’exploiter un florilège d’acteurs de renom à sa juste valeur.

Synopsis : Le matin, en sortant de chez eux, l’homme d’affaires Bertrand et le patron de bar Julien savent d’ores et déjà que la journée va mal se passer. Le premier est sur le point de plaquer sa femme Elizabeth, très distinguée, certes, mais trop attachée au luxe. Et le deuxième est sûr et certain d’être surveillé par des individus qui veulent lui nuire. Ce n’est pourtant que le début des embrouilles, puisque Elizabeth finira par découvrir les vraies raisons du départ de son mari et que le fils de Julien apprendra sous peu et sans préavis que sa copine Eva, encore au lycée, est enceinte. Véro, la mère constamment surmenée de Eva, prend particulièrement mal cette nouvelle, d’autant plus qu’elle se voit déjà dans la rue avec ses deux enfants et le bébé.

La misère en horreur

Il n’est guère nécessaire d’avoir vu la première incursion de Michel Blanc dans l’univers imaginé par Joseph Connolly pour pouvoir apprécier pleinement la deuxième. Bien que certains éléments de l’intrigue rocambolesque y fassent référence, le récit de ce film-ci tient parfaitement la route sans que vous sachiez qui était qui et – surtout – qui couchait avec qui dans une vie antérieure. Car de toute façon, on repart à zéro dans ce cirque des sensibilités brusquées et hâtivement rabibochées, soumis à la seule loi de la remarque qui fait mouche tout en blessant un maximum de personnes. Ce sont les règles élémentaires du théâtre de boulevard de haut vol que la mise en scène maîtrise ici à la perfection, jamais à court d’idées pour rajouter une couche au désarroi auto-infligé d’un groupe d’individus peu scrupuleux dans leurs fréquentations. Tous ensemble et chacun pour soi, ils aspirent à un peu de normalité, c’est-à-dire à la seule chose qui échappe à ce microcosme en phase avec la France d’aujourd’hui et, mieux encore, avec toutes ces petites imperfections qui rendent l’âme française si intéressante. Un peu d’évasion fiscale par peur des desseins faussement socialistes de François Hollande ou la mode de la nourriture à base de graines mis à part, les enjeux dramatiques s’avèrent en fait joliment intemporels. Avec en filigrane un discours révélateur sur la place de la femme dans le tohu-bohu qu’est la vie conjugale et familiale au quotidien.

La névrose en plein cœur

L’humour est la bouée de sauvetage plus ou moins volontaire qui sauve du naufrage les personnages féminins, indiscutablement en position de force dans ce film. Elles ont chacune leurs défauts presque caricaturaux, mais Michel Blanc sait modeler ces stéréotypes selon les traits de caractère dominants des actrices qui les interprètent. Ainsi, Karin Viard excelle dans l’emploi de la pauvre cloche, bien intentionnée quoique horriblement maladroite dans tout ce qu’elle entreprend, pendant que Charlotte Rampling donne une fois de plus la grande dame britannique, beaucoup moins vaine qu’il ne paraît, et que Carole Bouquet tire discrètement les ficelles dans cette comédie de mœurs irrésistible. Ce trio de femmes complémentaires a beau ne pas être à l’origine des troubles existentiels qui taraudent la gente masculine, il déclasse sans appel ces pauvres hommes, réduits à peu de choses près aux frasques paranoïaques de Jean-Paul Rouve, à l’apparition furtive de et à ce qui ressemble sérieusement à une surexposition sur les écrans de , le nouveau chouchou du cinéma français. Or, la guerre des sexes qui fait rage en sourdine dans Voyez comme on danse ne cède jamais à la polémique facile, ni davantage à une finalité dramatique strictement établie d’avance. Le grand règlement de comptes final, d’après nos souvenirs un peu moins cinglant que celui du film précédent, n’apporte alors guère de clarté dans les rapports troubles qui lient les personnages. Il est au contraire à l’image du film dans son ensemble : un feu d’artifices survolté et nerveux, dont on ne sait jamais trop où il veut en venir, mais qu’on accompagne à cœur joie dans son périple chaotique.

Conclusion

Elle nous avait tout de même manqué, cette bande de copines au statut social divergeant, qui s’envoient des vacheries à longueur de journée, tout en restant soudées à la vie, à la mort. Michel Blanc nous fait donc un immense cadeau en les revisitant, toujours avec le même œil malicieux et la même sympathie pour ces représentants d’une France embourgeoisée, à l’égard de laquelle un réalisateur comme Claude Chabrol aurait fait preuve de plus de cynisme. Après, seul le temps nous dira s’il s’agit d’une heureuse réplique ou bien si nous pouvons prétendre à une deuxième suite d’ici le mois d’octobre 2034, à laquelle les personnages les plus âgés auraient probablement du mal à participer encore …

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Tobias Dunschen

Cet article a été rédigé par Tobias Dunschen, Rédacteur de Critique Film. Lire tous ses articles

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