Critique : Voici le temps des assassins

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France, 1956
Titre original : –
Réalisateur :
Scénario : , Charles Dorat, Maurice Bessy et Pierre-Aristide Bréal
Acteurs : , , , Lucienne Bogaert
Distribution : Pathé Distribution
Durée : 1h55
Genre : Drame
Date de sortie : 13 avril 2016 (reprise)

Note : 3/5

C’est au cœur de Paris, hébergeant encore au milieu des années 1950 le tohu-bohu du marché des Halles, que démarre cette histoire hautement mélodramatique dont les pieds d’argile sont habilement cachés par la mise en scène très fluide de . En effet, n’est pas du tout le genre de film à nous impressionner grâce à la substance dramatique de son scénario. A peine plus sophistiquée qu’un roman de gare rempli de clichés, l’intrigue se déroule néanmoins sans accroc notable, le dénouement grandiloquent mis à part. Toute la tension artificielle, à laquelle la mise en scène avait apporté jusque là un soin démesuré pour un tel amas de banalités, s’y décharge avec fracas. A l’issue de ce film exemplaire du cinéma de qualité français de l’époque, contre lequel les plumes en colère des Cahiers du cinéma avaient tendance à s’insurger, nous restons donc avec un léger arrière-goût amer. Toutefois, cette réserve mineure ne relativise guère l’impression globale très solide, portée par le monument si impassible et si humain . Son personnage subit stoïquement l’agitation et les manipulations des jeunes gens qui lui tournent autour avec toute la noblesse désabusée qui rendait le comédien unique.

Synopsis : Célibataire et sans enfants, le restaurateur André Chatelin ne vit que pour son commerce. Faute de progéniture, il soutient discrètement l’étudiant en médecine Gérard Delacroix, qui travaille tôt le matin aux Halles pour garder son indépendance financière. La place du héritier officieux risque d’être usurpée par l’orpheline Catherine, la fille de l’ex-femme de André. Seule et abandonnée, elle débarque à Paris et finit par s’installer sans gêne dans la vie privée de son beau-père. Ce changement majeur dans la routine quotidienne de ce commerçant respectable est vu d’un mauvais œil par son entourage et plus particulièrement par Gérard, qui est tombé amoureux de la jeune femme.

Le rendez-vous des innocents

D’une façon ou d’une autre, tous les personnages ont les mains sales dans ce conte moral plus complexe qu’il ne paraît à première vue. Même les plus valeureux d’entre eux, à savoir la figure paternelle par excellence et son dauphin pas moins bosseur, finissent par se laisser corrompre par la zizanie que Catherine sème entre ces deux bons gars stéréotypés. Cette amabilité initiale nous paraît au demeurant aussi peu intéressante que son pendant manichéen, incarné par la loque humaine à l’origine de tous ces stratagèmes perfides. Elle a d’ailleurs plus de mal à basculer dans le domaine de sentiments moins avouables chez , à ce moment-là au début d’une carrière en fin de compte moins superficielle que sa belle gueule de jeune premier le laissait alors présager, que chez Gabin, d’ores et déjà amplement rompu aux désillusions suivies de conséquences tragiques. L’ambiguïté morale se prolonge furtivement du côté des personnages secondaires, souvent féminins ici, qui mènent un jeu au moins aussi trouble et égoïste que la grande prêtresse de la manipulation. Ainsi, les petites touches comiques, par exemple autour de la vieille gouvernante d’André, en disent long sur un certain réalisme social. Ce dernier est capable d’alterner rapidement entre le tableau idyllique d’une communauté chaleureuse où tout le monde est apprécié même pour ses petits défauts et justement la critique acerbe de ces manquements à la bienséance, après tout pas si mignons que cela.

Femme fatale à apprivoiser

Le centre nerveux de ce traquenard un peu trop sommaire est bien sûr Catherine, une jeune adulte dont la duplicité ne fait déjà plus de doute. Elle a beau manquer d’imagination pour mener à bien la succession de ses plans machiavéliques, la crédulité de ses proies prend plus d’une fois des allures de bouée de sauvetage opportuniste pour elle. De temps en temps, le jeu de peine à nous séduire dans ce rôle aux multiples facettes. Or, son pouvoir de conviction parfois défaillant n’a curieusement aucun impact préjudiciable sur la tenue fascinante du récit. Car la mise en scène de traite la prémisse – aux vagues points en commun avec le film d’animation Ratatouille – et tout le développement abracadabrant qui la suit avec une aisance narrative remarquable. On a en fait l’impression que l’élégance formelle est censée combler en toute circonstance les lacunes évidentes du scénario. Un constat d’autant plus étonnant que le réalisateur signe aussi partiellement responsable de l’écriture de l’intrigue. Toujours est-il que souligne la maestria de Duvivier dans le rattrapage ou au moins l’emballage avantageux d’histoires a priori bien trop bancales pour mériter qu’un réalisateur aussi sophistiqué que lui s’y intéresse.

Conclusion

La conclusion risiblement expéditive fait hélas toujours tache dans notre appréciation de ce film sinon agréablement divertissant. Comme la plupart des films de Duvivier, il vit autant de l’exagération adroite du trait que des petites imperfections inhérentes à la fois à la forme et au fond. Autour du pôle infaillible représenté par l’immense , la jeune génération se démène comme elle peut ici, le séduisant et trop idéaliste en tête. Ce qui constitue une considération presque exagérée pour une guerre des sexes sans autre saveur que celle contribuée par la douce mélodie enjôleuse propre au réalisateur.

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