Festivals News — 27 juin 2019
Venise 2019 : Lucrecia Martel présidente / Pedro Almodovar Lion d’honneur
Zama © Shellac Distribution Tous droits réservés

Comme tous les ans, la saison chaude et sèche de l’été se terminera avec le , dont la 76ème édition aura lieu du mercredi 28 août au samedi 7 septembre inclus. Depuis le début de la semaine, nous savons qui succédera à la présidence du jury au réalisateur mexicain Guillermo Del Toro, qui avait attribué le Lion d’or à son compatriote Alfonso Cuaron pour Roma. C’est une autre valeur sûre du cinéma latino-américain qui occupera ce poste fort prestigieux : la réalisatrice argentine . Enfin, après l’annonce à la mi-mars du premier Lion d’or honorifique à l’actrice anglaise Julie Andrews, celle du deuxième prix pour l’ensemble d’une filmographie, traditionnellement remis à un réalisateur, a eu lieu il y a quinze jours. C’est le locataire malchanceux de la Croisette, le réalisateur espagnol , qui sera honoré de la sorte.

Lucrecia Martel © Shellac Distribution Tous droits réservés

Une habituée des jurys des plus prestigieux festivals européens, puisque elle a siégé à celui de Berlin en 2002 sous la présidence de la réalisatrice indienne Mira Nair – Ours d’or ex æquo à Le Voyage de Chihiro de Hayao Miyazaki et Bloody Sunday de Paul Greengrass – et à celui de Cannes quatre ans plus tard sous la présidence du réalisateur chinois Wong Kar-Wai – Palme d’or à Le Vent se lève de Ken Loach –, Lucrecia Martel (* 1966) a aussi déjà fait escale à Venise. Elle y a par exemple présenté, hors compétition, son dernier long-métrage Zama en 2017. Sa filmographie assez parcimonieuse contient également La Ciénaga, prix Alfred Bauer au Festival de Berlin en 2001, ainsi que La Niña santa et La Femme sans tête, en compétition au Festival de Cannes respectivement en 2004 et en 2008. Avec seulement quatre longs-métrages à son actif jusqu’à présent, elle est la présidente du jury la moins expérimentée depuis la réalisatrice néo-zélandaise Jane Campion, qui avait mis en scène autant de films lorsque elle a été présidente à Venise en 1997. Martel et Campion partagent de même la distinction tristounette d’être les deux seules réalisatrices à présider le jury italien, aux côtés des quatre actrices Irene Papas, Gong Li, Catherine Deneuve et Annette Bening et de la scénariste Suso Cecchi d’Amico. D’un point de vue géographique, elle est la première présidente argentine et la troisième latino-américaine, après Alfonso Cuaron en 2015 et donc Guillermo Del Toro l’année dernière.

Pedro Almodovar © Nico Bustos / La Biennale di Venezia Tous droits réservés

Faut-il voir une dose de solidarité méditerranéenne dans l’attribution du Lion d’or d’honneur à Pedro Almodovar (* 1949) ? Car s’il mérite ce lot de consolation doré, ce sera plutôt de la part du Festival de Cannes qu’il devrait le recevoir, auquel il a participé à six reprises en compétition, quasiment en vain puisque la Palme d’or lui a échappé à chaque fois, comme le mois dernier avec Douleur et gloire. Pour lui, Venise rime plutôt avec les débuts de sa longue et illustre carrière, puisqu’il y avait présenté pour la première fois l’un de ses films à l’international en 1983 avec Dans les ténèbres et qu’il y avait décroché le prix du scénario en 1988 avec Femmes au bord de la crise de nerfs. Alors que le maître du cinéma espagnol va fêter ses 70 ans fin septembre et qu’il a déjà gagné bon nombre de prix compétitifs, tels que l’Oscar du Meilleur scénario original en 2003 pour Parle avec elle, le BAFTA et le prix du Meilleur réalisateur à Cannes pour Tout sur ma mère, trois César du Meilleur Film étranger pour Talons aiguilles, Tout sur ma mère et Parle avec elle et trois Goyas, il n’a jusqu’à présent été le lauréat que de rares prix honorifiques, comme le César d’honneur quelque peu prématuré en 1999 – mais bon, ça se passe comme ça aux César ! Almodovar est le deuxième réalisateur espagnol honoré par un Lion d’or exceptionnel à Venise, après Luis Buñuel … qui en avait reçu carrément deux, le premier en 1969, puis un autre, amplement justifié par son travail dans les années ’70, en 1982 !

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Tobias Dunschen

Cet article a été rédigé par Tobias Dunschen, Rédacteur de Critique Film. Lire tous ses articles