Critique : Toute ressemblance

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France, 2018

Titre original : –

Réalisateur :

Scénario : Karine Angeli & Michel Denisot

Acteurs : , , Caterina Murino,

Distributeur : UGC Distribution

Genre : Comédie dramatique

Durée : 1h23

Date de sortie : 27 novembre 2019

2,5/5

Il y aurait tant de choses à dire sur la télévision française, à la fois sur son état actuel, comme sur ses égarements du passé et ses projets d’avenir dans un monde médiatique en pleine évolution. En tant que vieil « animal » du paysage audiovisuel, Michel Denisot, ancien poids lourd de chez Canal +, était sans doute bien placé pour nous dévoiler les coulisses de cet univers particulier. Hélas, Toute ressemblance fait preuve d’une complaisance presque enrageante à ce sujet, les frasques de son personnage principal – certes fictif, mais nourri des traits de personnalité des vedettes du journal télévisé de ces dernières décennies – relevant essentiellement de l’anecdote, là où un regard plus ironique aurait été le bienvenu. La complicité paresseuse avec le milieu qu’il décrit est ainsi le maître-mot de ce premier film. Celui-ci a tout d’une occasion ratée, surtout parce que son réalisateur semble être au courant des enjeux qui gouvernent le monde professionnel auquel il appartient toujours en quelque sorte, après près de cinquante ans de métier. Sauf que cette conscience aiguë n’y débouche que sur des situations faussement cocasses, conçues davantage à la gloire de Franck Dubosc, qui trouve ici un rôle taillé sur mesure, c’est-à-dire débordant de vanité, qu’afin de dénoncer avec intelligence et finesse les travers des personnalités préférées des Français.

© 2018 Shanna Besson / Les Films du 24 / Tribus P. Films / UGC Distribution Tous droits réservés

Synopsis : Né un 11 septembre, le présentateur de télé Cédric Saint Guérande, dit « CSG », a eu le plus beau des cadeaux d’anniversaire en 2001. Grâce à sa couverture opportuniste des attentats, il est devenu la star de La Grande Chaîne, une place prestigieuse qu’il a su occuper pendant près de vingt ans. L’arrivée d’un nouveau président de la chaîne, Julien Demaistre, change considérablement la donne. Engagé pour donner un coup de jeune à LGC, Demaistre est bien décidé à débarquer CSG. La guerre est donc déclarée entre les deux hommes, pour le plus grand plaisir du présentateur vedette, qui pensait tout avoir – amour, gloire et beauté – , mais qui est prêt à tout risquer afin de prouver son pouvoir médiatique.

© 2018 Shanna Besson / Les Films du 24 / Tribus P. Films / UGC Distribution Tous droits réservés

Télé

Il ne faudrait pas déduire du fait que nous regardons de temps en temps un film avec Franck Dubosc que nous sommes des fans inconditionnels de cet acteur populaire. Bien au contraire, ses films font avant tout office de cycle de rinçage de nos yeux et de nos neurones, pour ensuite mieux apprécier les vraies œuvres de cinéma ! Car Dubosc a l’air de choisir exclusivement des rôles qui lui ressemblent ou qui sont, en tout cas, cohérents dans la création d’un personnage global, interchangeable de film en film. Toute ressemblance apporte sans broncher sa petite pierre à l’édifice du narcissisme suprême, le registre vaguement comique de l’acteur consistant au fond à la répétition hautement prévisible d’un seul et unique type d’homme. Ici, le clone de PPDA et consorts a beau surfer sur le succès, il ne dévie guère du point de vue à partir duquel le comédien a l’habitude d’observer en détail son propre nombril. Aidé par une voix off qui commente mollement l’action en toute circonstance, il demeure le maître du jeu. Un jeu malheureusement si stérile et peu ingénieux qu’il saura au mieux convaincre les fans inconditionnels de cet acteur, dont la qualité principale est qu’il reste fidèle à lui-même.

© 2018 Shanna Besson / Les Films du 24 / Tribus P. Films / UGC Distribution Tous droits réservés

En quête de sens

Dans ce one-man-show au temps de parole consciencieusement monopolisé par la vedette sur le déclin, il est forcément difficile d’entendre autre chose que le discours d’auto-promotion de Franck Dubosc. Ainsi, les seconds rôles attribués à Sylvie Testud en concierge prête à accomplir toutes les tâches ingrates que son patron bohémien veut bien daigner lui confier et en productrice réduite à soutenir presque en silence son poulain en disent tristement long sur le statut des femmes dans ce monde, où la testostérone dicte sa loi. Or, les personnages masculins ne s’en sortent pas nécessairement mieux, puisqu’ils sont réduits à des stéréotypes aussi peu recherchés que le patron impuissant auquel confère un petit air de dirigeant issu de la génération Macron, bien connecté mais sans éthique professionnelle personnelle, ou pire encore, que les deux sbires de CSG, Jérôme Commandeur en homme à tout faire et en ministre de la culture facilement maniable, qui personnifient à eux seuls tout ce qui cloche avec le style de vie bo-bo. A moins que le défaut principal de ce premier long-métrage, qui n’en appelle d’ailleurs pas un deuxième, ne soit le propos fâcheusement lisse et consensuel de la part de Michel Denisot, visiblement plus en quête d’une célébration larvée de ces années d’excès que d’une mise en abîme de cette époque définitivement révolue, à laquelle a succédé depuis quelques années déjà l’ère des petites vedettes éphémères du web.

© 2018 Shanna Besson / Les Films du 24 / Tribus P. Films / UGC Distribution Tous droits réservés

Conclusion

Ce n’est en fin de compte que sa facture parfaitement inoffensive qui sauve Toute ressemblance du naufrage filmique total. Il s’agit d’un film sans autre ambition que d’encenser un microcosme coupé en large partie du monde réel. Son rebond maladroit à partir de fléaux bien concrets comme la dépendance ne sert alors qu’à confirmer sur un ton fanfaron l’état d’esprit sectaire des hommes fermement installés au sommet de la pyramide sociale de la France. En somme, c’est un film empreint d’une grande vanité et en ce sens tout à fait à sa place dans la filmographie d’un acteur comme Franck Dubosc, qui en a quasiment fait un art !

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