Critique : The Grand Budapest Hotel

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grand-budapest-hotel affThe Grand Budapest Hotel

États-Unis : 2013
Titre original : –
Réalisateur : Wes Anderson
Scénario : Wes Anderson, Hugo Guinness
Acteurs : , Jude Law,
Distribution : Twentieth Century Fox
Durée : 2h10
Genre : Comédie, Drame
Date de sortie : 26 février 2014

Note : 4/5

Après La Famille Tenenbaum, Fantastic Mr Fox et autre Moonrise Kingdom, Wes Anderson nous invite dans un nouvel univers bigarré et coloré, peuplé d’une belle galerie de personnages farfelus alors que la menace gronde…

Synopsis : Dans les années 30, alors que l’Europe est aux portes de la guerre, le jeune Zero apprend son métier de groom sous la direction de l’étonnant M. Gustave, le concierge du palace Grand Budapest. Lorsque ce dernier est accusé du meurtre de Madame Celine Villeneuve Desgoffe und Taxis, l’une de ses dames de compagnie dont il a hérité un tableau d’une valeur inestimable, ils vont tous deux se lancer dans une longue quête pour prouver son innocence sur fond de bataille familiale pour récupérer l’immense fortune de la défunte.

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Un récit en plusieurs temps

Wes Anderson joue sur plusieurs époques avec un personnage d’écrivain qui revient à l’automne de sa vie sur sa jeunesse ( âgé, Jude Law plus jeune), à l’époque où il rencontra Moustafa Zero alors âgé et joué par le trop rare F.Murray Abraham (ex Salieri, rival de l’Amadeus de Milos Forman). Lui-même évoquera ses jeunes années (sous les traits de , jeune trublion déjà impressionnant) rajoutant un niveau de récit antérieur dont les multiples couches restent lisibles malgré les allers et retours multiples. Après ces intermédiaires narratifs, c’est dans l’une de ses rares prestations comiques, en groom de génie, qui est au cœur de ce récit empreint d’une discrète nostalgie. Il est d’autant plus amusant qu’il ne surjoue pas la drôlerie des situations. Ses réparties et son immoralité se mêlent à l’esprit guindé propre à sa profession, comme une version humoristique d’Anthony Hopkins dans Les Vestiges du jour de James Ivory.

 

En ouvrant son récit par l’intermédiaire d’un auteur qui raconte une histoire, Wes Anderson joue sur plusieurs niveaux créatifs. Il interroge la question de l’imagination chez un auteur : vient-elle de son esprit ou de ce qu’il capte du monde et des autres ? Il s’autorise aussi, par ce subterfuge créatif d’avoir un recul sur une époque troublée car si le pays de l’action est fictif, les troubles et les crimes des années 30 sont sous-jacents dans ce scénario drôle avant tout avec ses dialogues pétillants mais qui glisse, avec retenue, vers la tragédie. Le drame, le vrai, n’est jamais loin, même caché par son sens du rythme ininterrompu. S’il revendique l’influence de Stefan Zweig dans sa construction formelle avec ses narrateurs successifs qui prennent le pouvoir sur le récit, en racontant l’histoire d’une personne qui va raconter une histoire, l’on n’est pas loin de l’univers de Thomas Mann dont La Montagne magique réunissait des personnages dans un lieu coupé du monde comme ici en des temps là encore menaçants. Mais le Lubitsch de To Be or Not to Be n’est pas loin non plus, avec ce cadre de tragédie derrière la comédie burlesque, auxquels se rajoutent d’autres influences encore, avec une pointe de whodunit à la Agatha Christie et le goût des voyages en trains chers à Alfred Hitchcock.

 

La construction ressemble à un enchevêtrement de poupées russes sans jamais nous perdre malgré les multiples pistes qui se mêlent adroitement et permettent au duo de héros et à ceux qu’ils croisent de se déplacer sans cesse. La cadence des images et des situations s’enchaînent sans répit sur un rythme échevelé avec la musique aérienne et volatile d’, dont la collaboration avec Wes Anderson ne cesse de nous enthousiasmer. Les mouvements des personnages sont ininterrompus, avec des objets et autres projectiles ou animaux qui courent, sautent, volent et tombent dans des séquences plus ou moins réalistes. On monte et on descend, on marche et on vole en empruntant des escaliers, des couloirs, des portes, des fenêtres, des toits, avec un goût plaisant pour l’accumulation.
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Des plans comme des tableaux vivants

À son habitude, il crée des plans qui ressemblent à des tableaux vivants, avec ses personnages au centre de l’image de face, ou sur les côtés de profil. Visuellement, cela pourrait sembler répétitif d’un film à l’autre, ou au sein d’une même oeuvre, mais cette continuité stylistique est désormais une promesse qui nous manquerait si elle était abandonnée. Wes Anderson a trouvé son style graphique et l’assume, et ne se contente pas de reproduire les mêmes images à l’infini. Il joue avec ses cadres, aussi riches verticalement qu’horizontalement avec un art de la profondeur de champ et des mouvements latéraux ou de haut en bas pour apprécier la créativité des lieux et décors conçus par Adam Stockhausen. Pour différencier les époques de narration, il change les formats du cadre, avec du 1.37 pour les années 1930 (période Fiennes), du 1.85 pour les années 80 (période ) et du cinémascope pour les années 1960 (période Jude Law).

La mise en scène fluide et rigoureuse est portée par ces apparitions d’acteurs déjà apparus ou nouveaux venus dans l’univers du réalisateur avec Willem Dafoe qui n’avait pas été aussi vil depuis Sailor et Lula, en avocat qui aime son chat et n’aime pas le voir voler par la fenêtre, en vieille dame de 84 ans portée sur la chose ou les français Mathieu Amalric en majordome suspect et sa complice Léa Seydoux. Les premières apparitions de en bagnard tatoué et d’ en apprenti SS moustachu sont particulièrement délicieuses. D’autres acteurs déjà vus chez Wes Anderson font des apparitions plus brèves ici, surtout en concierges internationaux, d’Owen Wilson à en passant par Jason Schwartzman et Bob Balaban, le narrateur de Moonrise Kingdom. est un héritier peu aimable et Saoirse Ronan la fiancée du jeune Zero.

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Résumé

Si le but de Wes Anderson était de nous emporter pour entretenir l’illusion avec une grâce merveilleuse, le pari est amplement gagné avec cette fable comique, policière et historique qui lui permet de revisiter l’histoire comme le fait parfois Quentin Tarantino, autre auteur d’un cinéma riche en références de styles ou de citations, assumées comme un élément de créativité vivante et non sclérosée par les emprunts réels ou rêvés par le spectateur. Cette savoureuse bulle de savon évite la futilité mais ne cherche pas à exagérer sa part dramatique, en germe dans la menace totalitaire que l’on devine dans les passages les plus inquiétants.

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