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Les Arcs 2017 : The Captain L’Usurpateur

The Captain L’Usurpateur

Allemagne, France, Pologne, 2017
Titre original : Der Hauptmann
Réalisateur :
Scénario : Robert Schwentke
Acteurs : , Milan Peschel, Frederick Lau, Bernd Hölscher
Distribution : Alfama Films
Durée : 1h59
Genre : Guerre
Date de sortie : 21 mars 2018

Note : 3,5/5

Ce n’est certainement pas le nom de Robert Schwentke qui nous viendrait le premier à l’esprit, lorsqu’on cherchera un réalisateur allemand en mesure de traiter d’un œil neuf l’Histoire de son pays d’origine. Exilé à Hollywood depuis plus de dix ans et six films à la qualité variable, pour rester poli, Schwentke opère en effet un retour aux sources des plus improbables avec The Captain L’Usurpateur, présenté en compétition au . Car cette histoire incroyable, qui bascule sans cesse et surtout sans prévenir de l’absurde au cynisme le plus cru et inversement, est tout sauf un film de guerre classique, conscient de sa responsabilité et de son devoir de mémoire. Le souvenir d’une période très sombre de l’Histoire européenne, le récit le respecte certes à sa façon, en évoquant le périple d’un imposteur zélé sur fond de climat apocalyptique pendant les derniers jours de la guerre. En même temps, les repères habituellement si réconfortants du genre, basés sur une forme d’héroïsme suprême face à l’adversité intolérable, y volent si vite en éclats que la tâche de l’identification, pourtant essentielle à l’adhésion à un film de fiction, relève de l’acrobatie intellectuelle et morale particulièrement stimulante. En somme, il s’agit d’un objet cinématographique inclassable, qui cache derrière son aspect formel finement ciselé un propos pas seulement déroutant, mais avant tout passé maître dans l’art de l’ambiguïté !

Synopsis : En 1945, deux semaines avant la fin de la guerre, le front allemand est en pleine déroute. Le jeune déserteur Willi Herold échappe de justesse à la chasse barbare de la police militaire allemande, qui le poursuit à travers les champs et la forêt en lui tirant dessus comme un lapin. Affamé et témoin de la justice sommaire avec laquelle les paysans des environs réprimandent les pilleurs, il trouve par hasard une voiture abandonnée avec les papiers et l’uniforme d’un capitaine. Dès lors, Willi se fait passer pour le capitaine Herold, envoyé en mission spéciale par le Führer en personne pour tenir compte de l’état de l’armée à l’arrière-front et le cas échéant rétablir le moral en berne de la Wehrmacht.

La bile fait le moine

L’attachement affectif que Robert Schwentke suscite d’emblée chez nous à l’égard du personnage principal relève plus de l’efficacité que de la subtilité. Cet homme sauvagement pris en chasse ne peut provoquer que de la pitié, ainsi que l’élan instinctif de lui souhaiter qu’il s’en sorte. Or, cette entrée en la matière n’est que la toute première étape du jeu malicieux qui se joue simultanément à l’écran – par le biais de cette imposture démesurée – et dans le lien de plus en plus schizophrène entre le spectateur et le protagoniste. Le capitaine Herold, une fois qu’il a enfilé les habits d’officier qui ne lui vont pas encore tout à fait comme un gant, devient en effet presque une personne différente ou tout au moins une figure à la valeur symbolique contrastée, dont la part de lumière initiale se fait progressivement supplanter par une part d’ombre, elle non plus bassement manichéenne. Cette transformation aussi fascinante qu’inquiétante, la narration l’accompagne au mieux accessoirement par une mise en perspective de l’uniforme. Ce dernier est en fin de compte devenu superflu, à tel point que le nouveau leader peut tenir un discours pour galvaniser les troupes sans son pantalon. Le nouvel aspect du fuyard reconverti passe davantage par sa capacité d’adaptation et son goût certain pour la surenchère. Ceux-ci pourraient aisément faire apparaître le personnage principal comme un taré irrécupérable, si ce n’était justement pour ces bribes d’innocence et de volonté typiquement germanique de vouloir bien faire, qui lui confèrent malgré tous ses excès une étrange noblesse du désespoir.

Restaurer l’ordre à tout prix

L’élément de surprise rend ainsi la vision de The Captain L’Usurpateur invariablement étonnante. Bien sûr, on ne doit pas forcément adhérer à tous les choix de mise en scène de Robert Schwentke. Mais même l’emploi de quelques dispositifs de mise en abîme, comme le champ sur lequel se trouvait jadis le camp d’internement des déserteurs pris en couleur de nos jours, voire l’ouverture d’un gouffre temporel encore plus béant à travers les justiciers de pacotille qui s’adonnent pendant le générique de fin au racket auprès de citoyens allemands contemporains, demeure entièrement cohérent dans le projet d’un film qui brise joyeusement, mais sans légèreté affectée, les codes du drame de guerre. Quel est par contre la visée du discours de ce film pour le moins atypique ? La réponse à cette question normalement primordiale reste dans le flou, à l’image des véritables motivations de ce personnage de caméléon de haut vol, d’ailleurs pas sans trait commun dans sa quête un peu vaine d’acceptation avec celui de Frank Abagnale dans l’infiniment moins grave Arrête-moi si tu peux de Steven Spielberg. Quoiqu’il en soit, la multiplication de bifurcations, parfois caustiques, parfois immorales, nous garantit en tout cas une montagne russe des émotions, mise en de belles images en noir et blanc par et guidée avec une assurance bluffante par l’interprétation de Max Hubacher, au moins aussi ambiguë que le film lui-même, dans le rôle à facettes multiples du capitaine Herold.

Conclusion

Notre séjour de festival dans les Alpes majestueusement enneigées a connu des débuts réussis avec ce film allemand, qui rompt volontairement avec les règles de la bienséance en termes de reconstitution historique ! De la part d’un réalisateur au style jusque là peu distinctif comme Robert Schwentke, il s’agit même d’une sacrée bonne surprise, tellement The Captain L’Usurpateur sait jouer avec nos attentes, pour mieux les décevoir de la façon la plus inventive et politiquement incorrecte possible !

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Auteur

Tobias Dunschen

Cet article a été rédigé par Tobias Dunschen, Rédacteur de Critique Film. Lire tous ses articles