Test Blu-ray : La Pièce rapportée

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La Pièce rapportée

France : 2021
Titre original : –
Réalisation : Antonin Peretjatko
Scénario : Antonin Peretjatko
Acteurs : Anaïs Demoustier, Josiane Balasko, Philippe Katerine
Éditeur : Diaphana
Durée : 1h26
Genre : Comédie
Date de sortie cinéma : 1 décembre 2021
Date de sortie Blu-ray : 6 avril 2022

Paul Château-Têtard, vieux garçon de 45 ans et pur produit du 16e arrondissement de Paris, prend le métro pour la première fois de sa vie et tombe amoureux d’une jeune guichetière, Ava. Leur mariage n’est pas du goût de « maman », Adélaïde Château-Têtard, qu’on appelle aussi la Reine Mère. Pourtant cette dernière s’en accommode : un héritier serait le bienvenu. Mais le bébé tarde à venir… Une guerre sans pitié s’engage entre les deux femmes, la Reine-mère étant persuadée qu’Ava trompe son fils. Il doit bien y avoir un amant quelque part…

Le film

[4/5]

Présentée en avant-première lors du Festival du film francophone d’Angoulême à la fin de l’été 2020, la dernière comédie d’Antonin Peretjatko La Pièce rapportée fut une victime collatérale de la crise sanitaire du Covid-19, et ne trouva son chemin vers les salles françaises qu’un an et demi plus tard, le 1er décembre 2021. Si bien sûr le film ne fut pas le seul à voir sa sortie dans les salles décalée de plusieurs mois, le ton et les thèmes de cette comédie-là semblent aujourd’hui profondément symptomatiques de la « France d’avant » le Covid.

En effet, si La Pièce rapportée permet une nouvelle fois à Antonin Peretjatko de faire preuve de son imparable sens de l’absurde et du timing comique, le film revêt également une dimension « anti-bourgeoise » et enchaîne une série de tacles à la présidence d’Emmanuel Macron qui en font finalement aujourd’hui le reflet d’une époque nous paraissant à la fois très proche et très lointaine. La crise des Gilets Jaunes et la suppression de l’ISF sont ainsi dans la ligne de mire d’Antonin Peretjatko, qui choisit de souligner par le biais d’un humour pour le moins acerbe les incohérences de la gouvernance Macron.

Malheureusement, le Covid-19 a eu pour effet secondaire d’effacer une grande partie de la mémoire des français, si bien que La Pièce rapportée paraisse aujourd’hui débarquer longtemps après la bataille, alors que tout le monde semble s’être fait une raison. Macron : I, le Peuple : 0. Deux ans après les Gilets Jaunes, le gasoil dépasse les 2 € le litre ? Macron : II, le Peuple : 0. Demain, le candidat sortant reconduit au deuxième tour ? Macron : III, le Peuple : 0.

Mais trêve de considérations socio-politiques, et retour à La Pièce rapportée, qui s’avère malgré quelques longueurs une solide comédie, absolument typique de l’humour déjanté de son auteur. Si Antonin Peretjatko n’y retrouve certes pas la verve et le foisonnement d’idées qui caractérisait son film précédent, La Loi de la jungle (2016), c’est peut-être en partie parce qu’il a cette fois fait le choix d’adapter ici une nouvelle de Noëlle Renaude, intitulée « Il faut un héritier », qu’il mélange à une nouvelle d’Anton Tchekhov intitulée « Le Roman d’une contrebasse ».

L’exercice de l’adaptation semble « brider » un peu la créativité comique d’Antonin Peretjatko, qui en perd un peu la gestion de son rythme, qui ramollit très nettement dans sa deuxième moitié. Pour autant, cela n’empêche en rien La Pièce rapportée d’être régulièrement drôle, et même de s’offrir une poignée de passages qui vous feront à coup sûr rire aux éclats. On pense par exemple à la découverte par Adélaïde de ses jambes mécaniques, ou encore à l’arrivée au courrier du « Journal officiel » annonçant LA bonne nouvelle pour les Château-Têtard…

En filigrane, La Pièce rapportée évoque le fossé insurmontable qui semble, encore aujourd’hui, séparer les classes sociales, les rapports de pouvoir impliqués par l’argent, de domination vis-à-vis du « petit » personnel notamment, ou encore l’impossibilité de trouver sa place dans la société – à ce titre, le personnage interprété par Anaïs Demoustier ne semble réellement trouver sa place nulle-part, peut-être en partie à cause de sa nature d’orpheline. L’esprit frondeur du cinéaste est toujours bien présent, et se retrouve notamment dans la description de la théorie du « ruissellement », ou dans le fait que les bourgeois aient pu s’enrichir en passant des accords « avec les bonnes personnes ».

Du côté des acteurs, en lieu et place de Vincent Macaigne et Vimala Pons, qui jouaient tous deux dans les deux premiers longs-métrages d’Antonin Peretjatko, on trouvera Anaïs Demoustier et Philippe Katerine, qui s’avèrent également assez parfaits dans leurs rôles d’idiots charmants. A leurs côtés, on saluera la prestation de Josiane Balasko, actrice comique chevronnée, qui nous livre ici une des prestations odieuses et hystériques dont elle a le secret. Leurs talents combinés permettent finalement à La Pièce rapportée de trouver le ton juste, quelque-part entre l’absurde le plus cartoonesque et la critique sociale la plus débridée.

Le Blu-ray

[4/5]

En dépit de scores plutôt faibles dans les salles françaises (un tout petit peu plus de 60.000 entrées), La Pièce rapportée débarque tout de même au format Blu-ray sous les couleurs de Diaphana, et les fans de l’univers décalé d’Antonin Peretjatko seront assurément aux anges : le transfert du film est sublime, la photo signée Simon Roca est magnifiquement rendue, les décors sont superbes et riches en détails, le piqué est d’une précision à couper le souffle… Un beau Blu-ray, assurément. Côté son, la galette nous propose un mixage DTS-HD Master Audio 5.1, qui fait le djaube sans souci, nous proposant un rendu acoustique très précis et atmosphérique. Un superbe boulot d’encodage et de mixage. On notera par ailleurs que Diaphana n’oublie pas les cinéphiles qui visionnent leurs films à domicile sans utiliser de système de spatialisation sonore : l’éditeur nous propose également un mixage DTS-HD Master Audio 2.0 qui s’avérera probablement plus cohérent si vous visionnez La Pièce rapportée sur un « simple » téléviseur.

Rayon suppléments, en plus de la traditionnelle bande-annonce, on trouvera deux courts-métrages d’Antonin Peretjatko. Le premier est intitulé Panique au Sénat » (2018, 17 minutes) et met en scène Romain Bouteille en militant écolo accédant à la fonction présidentielle – un festival d’humour non-sensique tournant autour du concept de « Jardin à la française », s’étendant par ailleurs à d’autres aspects de la vie de tous les jours. Le deuxième, Mandico et le TopsychoPor (2019, 7 minutes) tourne autour d’un jeu créé par Roland Topor en 1964, conçu à la manière d’un test psychologique, qui sera l’objet de la curiosité du cinéaste Bertrand Mandico et d’un jeune éphèbe passant par là (Laure Giappiconi).

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