Pour le Meilleur
France, Belgique : 2026
Titre original : –
Réalisation : Marie-Castille Mention-Schaar
Scénario : Marie-Castille Mention-Schaar, Christian Sonderegger
Acteurs : Pierre Rabine, Lilly-Fleur Pointeaux, Sandrine Bonnaire
Éditeur : Le Pacte
Durée : 1h43
Genre : Drame
Date de sortie cinéma : 22 avril 2026
Date de sortie DVD : 25 août 2026
L’incroyable histoire d’amour entre Philippe Croizon, un homme privé de ses quatre membres et de Suzana, une femme qui va lui redonner l’énergie et la possibilité d’avoir encore des rêves, dont celui de traverser la Manche à la nage…
Le film
[3/5]
Il fallait forcément une sacrée dose de confiance pour porter à l’écran l’histoire de Philippe Croizon. Parce que le bonhomme a déjà suffisamment raconté sa vie, son accident, sa reconstruction et son incroyable traversée de la Manche pour que le cinéma ait intérêt à trouver autre chose qu’un simple catalogue de courage humain avec violons incorporés. Pour le meilleur, réalisé par Marie-Castille Mention-Schaar, choisit pourtant une voie assez classique : raconter l’accident de 1994, la longue période de reconstruction, la rencontre avec Suzana Sabino et, progressivement, la naissance de ce projet complètement fou consistant à traverser la Manche à la nage. Sur le papier, il y a donc tout ce qu’il faut pour fabriquer un grand récit de résilience. Sur l’écran, c’est un peu plus compliqué. Pour le meilleur possède sincèrement de belles choses, mais semble régulièrement nager entre deux eaux, comme s’il cherchait lui aussi son rythme de croisière sans jamais totalement le trouver.
Le problème principal de Pour le meilleur tient peut-être justement à cette volonté de tout raconter. L’accident, le handicap, la dépression, la famille, l’amour, les entraînements, les difficultés matérielles, les regards des autres, la reconstruction psychologique, la performance sportive… le scénario de Marie-Castille Mention-Schaar et Christian Sonderegger empile les étapes comme autant de bouées sur une piscine municipale. Chaque élément est intéressant, parfois même touchant, mais l’ensemble manque de respiration et surtout de véritable point de vue. Le film veut raconter un exploit sportif tout en racontant une histoire d’amour, mais il insiste finalement davantage sur le deuxième aspect. C’est cohérent puisque Suzana est présentée comme l’un des moteurs essentiels de cette « deuxième vie » de Philippe Croizon. Mais à force de vouloir faire de l’amour le carburant de la résilience, Pour le meilleur simplifie parfois un parcours humain qui aurait mérité davantage de zones grises, de colère, de contradictions et de silence.
C’est là que le traitement du handicap devient particulièrement intéressant… et parfois un peu trop sage. Pour le meilleur a le mérite de ne jamais réduire Philippe Croizon à son handicap. Le personnage est avant tout présenté comme un homme qui veut retrouver une existence, une famille, une sexualité, des projets et une forme d’autonomie, ce qui permet au film d’éviter plusieurs pièges du biopic compassionnel. Mais Marie-Castille Mention-Schaar filme parfois cette renaissance avec une telle volonté d’émouvoir que certaines scènes semblent un poil trop appuyées. Le cinéma français aime beaucoup souligner ses émotions au stabilo. Ici, la caméra reste généralement efficace, avec une mise en scène propre, lisible, sans chercher l’esbroufe. Les séquences aquatiques apportent heureusement une vraie matière visuelle : le corps de Philippe dans l’eau devient progressivement un outil de conquête plutôt qu’un symbole de limitation, et le milieu marin finit par traduire assez simplement cette idée fondamentale du film : le handicap modifie le rapport au monde, mais ne détermine pas nécessairement l’horizon des possibles.
Pour le meilleur fonctionne aussi nettement mieux lorsqu’il accepte de laisser vivre ses personnages plutôt que lorsqu’il cherche à fabriquer de l’émotion. Quelques touches d’humour permettent ainsi au récit de respirer, et le vrai Philippe Croizon possède évidemment un sens de l’autodérision qui aurait presque pu constituer un film à lui tout seul. Son humour, volontiers frontal, rappelle à quel point le rire peut devenir une manière de reprendre possession de son propre récit. Ses collaborations et son amitié avec Philippe Caverivière vont d’ailleurs exactement dans ce sens : les deux hommes ont publié ensemble « Le Cahier de vacances sportif des 2 Phil’ », en assumant un humour largement fondé sur l’autodérision et le fait de ne pas transformer le handicap en territoire interdit. Cette liberté-là est précieuse. Pour le meilleur n’en profite malheureusement pas toujours assez, comme s’il avait peur qu’une plaisanterie fasse tomber la statue avant même qu’elle soit terminée.
Et puis il y a Pierre Rabine. Pour le meilleur bénéficie énormément du choix de confier le rôle à un comédien débutant qui est lui-même quadri-amputé et nageur handisport. Pierre Rabine ne donne jamais l’impression de « jouer » le handicap, ce qui aurait été particulièrement gênant dans une histoire aussi intimement liée au corps. Sa présence apporte une authenticité physique que n’aurait probablement pas possédée un acteur simplement grimé ou soumis à une préparation accélérée. Lilly-Fleur Pointeaux se montre également convaincante dans le rôle de Suzana Sabino, en évitant autant que possible de transformer son personnage en simple ange gardien venu réparer le héros cassé. Sandrine Bonnaire, Corinne Masiero, Pierre Deladonchamps, Lolita Chammah et Zinedine Soualem complètent efficacement la distribution, avec cette impression familière du cinéma français de qualité : tout le monde fait correctement son travail, parfois très bien, mais le film reste légèrement en dessous de ce que son sujet pouvait laisser espérer.
Avec environ 70.000 entrées en France, Pour le meilleur n’a donc pas provoqué le raz-de-marée populaire que son histoire pouvait laisser imaginer. Ce n’est pourtant pas un naufrage. Pour le meilleur possède une sincérité évidente, une interprétation principale particulièrement singulière et quelques jolies idées autour du corps, de l’amour, de la reconstruction et de cette étrange faculté humaine consistant à continuer d’avancer alors que tout semble avoir été retiré sous les pieds. C’est simplement un film qui aurait gagné à prendre davantage de risques, à accepter davantage d’aspérités et à faire un peu moins confiance aux recettes émotionnelles du biopic inspiré d’une histoire vraie. Il reste attachant, parfois émouvant, régulièrement intéressant, mais aussi assez prévisible. À force de vouloir célébrer la victoire sur l’impossible, Pour le meilleur finit paradoxalement par donner l’impression de nager dans une ligne d’eau trop balisée.
Le DVD
[4/5]
Disponible chez Le Pacte, le DVD de Pour le meilleur propose une présentation techniquement sérieuse mais sans véritable ambition éditoriale. L’image respecte le format cinéma et permet de profiter correctement de la photographie d’Antoine Roch. Le rendu privilégie naturellement une image assez douce, avec des couleurs réalistes et une définition qui fait convenablement le travail sur un support DVD, sans pouvoir rivaliser avec le Blu-ray évidemment. Les séquences terrestres bénéficient d’une restitution propre et suffisamment précise pour laisser apparaître les détails des décors, des visages et des environnements traversés par Philippe Croizon, tandis que les scènes sous-marines constituent forcément les passages les plus délicats. Le manque de définition inhérent au DVD se ressent davantage dès que l’image devient plus sombre, plus mouvante ou plus chargée en particules et en nuances aquatiques. La copie est donc propre, mais tend surtout à nous rappeler que le DVD appartient désormais à une époque où la Haute-Définition est devenue la nageuse olympique pendant que le format SD continue tranquillement sa brasse coulée. Côté son, Le Pacte nous propose de découvrir le film en Dolby Digital 5.1, et l’ensemble s’avère acoustiquement assez efficace, en particulier pendant les scènes d’entraînement et les séquences liées à la traversée de la Manche. Le mixage sait élargir correctement l’ambiance sans transformer Pour le meilleur en démonstration Home Cinema sous stéroïdes. Les dialogues restent propres et bien centrés, les ambiances musicales occupent convenablement l’espace et les effets liés à l’eau permettent au multicanal de donner un peu de relief à l’ensemble. Le DVD dispose également d’un mixage Dolby Digital 2.0, qui joue logiquement la carte de la simplicité et se montre parfaitement exploitable sur une installation stéréo classique.
Les suppléments, en revanche, sont nettement moins enthousiasmants. Le Pacte aligne quatre petites featurettes promotionnelles qui donnent davantage l’impression d’avoir été pensées pour accompagner la campagne de communication sur Internet que pour constituer de véritables bonus destinés aux collectionneurs. Les « vrais » Philippe Croizon et Suzana Sabino ouvrent le bal (2 minutes), apparaissant comme les ambassadeurs bienveillants de leur propre histoire, ce qui est sympathique mais beaucoup trop bref pour devenir réellement instructif. Le module consacré à Pierre Rabine (2 minutes) fonctionne un peu mieux sur le principe, même si l’acteur aurait mérité un véritable entretien de quinze ou vingt minutes pour revenir sur la préparation du rôle, les difficultés de tournage ou encore la manière d’incarner un personnage dont une partie de l’existence résonne nécessairement avec la sienne. Même concept pour le sujet dédié à Lilly-Fleur Pointeaux (2 minutes) : quelques mots, quelques images, quelques sourires et rideau. On terminera avec un focus sur le tournage des séquences sous-marines (2 minutes). C’est probablement le bonus qui possède le plus gros potentiel cinéphile, puisque ces scènes posent des questions concrètes de mise en scène, de sécurité, de coordination avec les nageurs, de prises de vues aquatiques et de représentation du corps dans l’eau. Là encore, le format minuscule empêche malheureusement toute véritable plongée dans les coulisses.


























