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Test DVD : Duel à Monte-Carlo del Norte

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Duel à Monte-Carlo del Norte

États-Unis : 2023
Titre original : Slide
Réalisation : Bill Plympton
Scénario : Jim Lujan, Bill Plympton
Acteurs (VO) : Daniel Kaufman, Ken Mora, Maureen McElheron
Éditeur : ED Distribution
Durée : 1h17
Genre : Animation
Date de sortie cinéma : 5 novembre 2025
Date de sortie DVD : 7 avril 2026

Slide, un cowboy solitaire armé de sa seule guitare, arrive dans la ville forestière de Sourdough Creek, gangrénée par la corruption. Le maire et son frère jumeau y sèment la terreur et se préparent à raser un petit village de pêcheurs pour ériger Monte-Carlo del Norte, un lotissement de luxe qui servira aux besoins du tournage d’un film hollywoodien. Prêts à tout pour s’enrichir, ils n’auront aucun scrupule à mettre en danger l’équilibre de la communauté et de l’environnement et à tuer quiconque s’opposera à leur projet. Lorsque Slide rencontre Delilah, c’est le coup de foudre. La jeune entraîneuse du Lucky Buck Saloon aidera le nouvel arrivant à nettoyer la ville. Ils seront secondés par Hellbug, la bestiole géante des enfers…

Le film

[3,5/5]

Pour celles et ceux qui ne connaîtraient pas encore Bill Plympton, ce dessinateur de bandes dessinées américain est également un des pionniers du cinéma d’animation indépendant à destination des adultes. Son univers teinté de violence, de poésie et d’absurde ne ressemble à aucun autre : graphismes très détaillés, animation volontairement saccadée et défiant toute notion de réalisme, univers complètement barré… Des éléments qui lui ont valu de se constituer, au fil des années, une solide base de fans à travers le monde. Et même si son Art reste toujours de nos jours assez « confidentiel », Matt Groening lui a déjà demandé, à cinq reprises depuis 2012, de signer le fameux « gag du canapé » pour sa série Les Simpson. Une forme de reconnaissance qui, sans faire de bruit, installe durablement Plympton dans la culture populaire. Avec Duel à Monte-Carlo del Norte, l’artiste revient à un cinéma de genre revisité, un western musical où Slide, guitariste taciturne, avance comme un cow-boy qui aurait troqué son colt contre une mélodie grinçante.

De fait, un vent de poussière et de crayon sec traverse Duel à Monte-Carlo del Norte, comme si un vieux western avait décidé de se réincarner dans un carnet de croquis oublié sur un comptoir de saloon. La force du film réside en effet dans cette manière de tordre les codes du western sans jamais les ridiculiser. Le film évoque autant les fantômes de Sergio Leone que l’énergie punk d’un Ralph Bakshi, tout en glissant vers une forme de comédie existentielle où chaque duel ressemble à une séance de psychanalyse improvisée. Slide, Delilah et Hellbug évoluent dans un monde où les montagnes semblent dessinées par un enfant hyperactif et où les chevaux ont parfois l’air de sortir d’un rêve sous acide. Formellement, Bill Plympton adopte cette fois un crayonné plus brut, moins coloré que dans ses travaux précédents. Ce choix esthétique n’a rien d’anodin : il renforce la sécheresse du récit, la solitude des personnages et cette impression que le monde pourrait s’effacer au moindre coup de vent. Les mouvements saccadés, signature du réalisateur, donnent aux corps une fragilité étrange, comme si chaque geste risquait de se briser.

La musique occupe une place centrale dans Duel à Monte-Carlo del Norte. Les compositions de Maureen McElheron, parfois douces comme un souvenir, parfois grinçantes comme une porte de saloon mal huilée, accompagnent les personnages comme une conscience extérieure. Le film joue avec cette idée que chaque note peut déclencher un duel, une révélation ou un effondrement. On pense à certains westerns musicaux oubliés, ou même à l’esprit de La Vengeresse, pour cette manière de faire dialoguer violence et mélodie. Duel à Monte-Carlo del Norte transforme ainsi la bande-son en véritable moteur narratif, un fil rouge qui relie les scènes et révèle les failles des protagonistes. Du côté du casting vocal, les comédiens de doublage incarnent leurs personnages avec une sincérité désarmante, sans jamais chercher l’effet comique facile. Slide possède une lassitude presque tactile, Delilah une force fragile, Hellbug une brutalité qui masque un gouffre intérieur. Le travail des acteurs, discret mais essentiel, donne au récit une humanité qui permet au film de ne jamais sombrer dans la simple expérimentation graphique.

Le DVD

[4/5]

Le DVD de Duel à Monte-Carlo del Norte, édité par ED Distribution, se présente dans un Digipack soigné, accompagné d’un dépliant reprenant l’affiche du film et un entretien avec Bill Plympton. L’objet respire l’artisanat, avec ce charme un peu rétro qui rappelle que le support physique reste un refuge pour les amoureux d’animation indépendante. On pourra regretter qu’ED Distribution ne se soit jusqu’ici jamais lancé dans la grande aventure du Blu-ray, mais l’image du DVD surprend néanmoins par sa tenue : les traits restent nets, les aplats de couleurs ne bavent pas, et les contrastes tiennent bon même dans les séquences les plus mouvementées. Quelques artefacts apparaissent lors des panoramiques rapides, mais rien de dramatique. Le son, proposé en VO Dolby Digital 5.1 et Dolby Digital 2.0 (stéréo), offre une restitution propre. Le mixage 5.1 privilégie l’ambiance, avec une spatialisation légère mais efficace, tandis que la piste stéréo met en valeur les voix et les compositions de Maureen McElheron. Duel à Monte-Carlo del Norte trouve ainsi un équilibre sonore cohérent, fidèle à l’esprit du film.

Les suppléments du DVD de Duel à Monte-Carlo del Norte constituent un véritable petit trésor pour les amateurs de Bill Plympton. On commencera avec un making of en trois parties. Ces modules permettent de suivre la fabrication de Duel à Monte-Carlo del Norte étape par étape, depuis les premiers croquis jusqu’à l’enregistrement des morceaux. Dans la partie consacrée au dessin (11 minutes), on verra Bill Plympton dessiner un plan du film à partir d’un des ses crayonnés, et on le verra à l’œuvre pour la mise en couleurs (6 minutes), armé d’un stylo bille et de crayons de couleur. Enfin, on terminera avec de rapides extraits de la création musicale, avec Maureen McElheron et Hank Bones (4 minutes). On aura également droit au très amusant court-métrage de Bill Plympton Duckville (2024, 7 minutes) qui, avec son humour absurde et son trait nerveux, est une parfaite porte d’entrée sur l’univers du réalisateur. On terminera enfin avec le clip « Mexican Standoff » réalisé par Plympton pour le groupe néerlandais Parson Brown (4 minutes), qui apporte à l’ensemble une touche musicale décalée, presque hypnotique. Ces suppléments, sans révolutionner le genre, offrent un éclairage précieux sur un processus créatif rare, presque artisanal, qui fait tout le charme de Duel à Monte-Carlo del Norte.

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