Test Blu-ray : Sueur froide dans la nuit

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Royaume-Uni : 1972
Titre original :
Réalisation :
Scénario : , Michael Syson
Acteurs : Judy Geeson, ,
Éditeur : Tamasa Diffusion
Durée : 1h34
Genre : Thriller
Date de sortie cinéma : 14 avril 1975
Date de sortie DVD/BR : 30 novembre 2020

Peggy Heller, jeune femme qui sort d’une dépression nerveuse, déménage avec son mari pour aller habiter près de l’école où celui-ci va enseigner. Elle est attaquée chez elle par un individu masqué dont l’un des bras est remplacé par une prothèse mécanique…

Le film

[3,5/5]

Si on peut parfois lire que , réalisé par en 1972, est une contribution tardive à la vague des « mini-Hitchcock » produits par la Hammer au lendemain du carton de Psychose, il semble permis de relativiser cette assertion. En effet, si le film met bel et bien en scène une héroïne fragilisée psychologiquement autour de qui s’accumulent les meurtres, on peut plutôt penser que s’inscrit dans la mouvance d’un grand film de psycho-killer réalisé par Richard Fleischer en 1968 : L’étrangleur de Boston.

Ainsi, dans son intrigue et dans ses effets, le film de se rapproche non seulement du film de 1968, mais également de deux autres thrillers réalisés en 1971, tous deux également signés Fleischer, et centrés sur la menace d’un tueur psychotique : on pense bien sûr à Terreur aveugle et à L’étrangleur de Rillington Place, dans lequel évoluait déjà Judy Geeson, héroïne de .

Il n’est d’ailleurs pas interdit de penser que cette série de films, qui cultivait le malaise et le vice à la façon du précurseur maudit Le voyeur (Michael Powell, 1960), a également nettement influencé Alfred Hitchcock pour son avant-dernier film, Frenzy, sorti la même année que . On aurait donc tendance à affirmer que nous a en vérité d’avantage livré un « mini-Fleischer » qu’un « mini-Hitchcock »…

Pourtant, et même si Sangster avait toujours considéré ses scripts comme des « mini-Clouzot » plutôt que comme des « mini-Hitchcock », le scénario de fut bel et bien écrit, à l’origine, au début des années 60. Cependant, dans le développement de son intrigue, ainsi que dans ses décors et sa mise en images en revanche, l’influence va bel et bien chercher du côté du Terreur aveugle de Fleischer.

On y retrouve la même panique, la même inclinaison à privilégier nettement la figure du tueur à l’intrigue de machination. Si le tueur de Terreur aveugle était caractérisé par ses bottes, celui de est représenté par ses mains gantées de cuir noir, mais sa particularité la plus notable est de posséder une prothèse en guise de bras gauche. Et surtout, on retrouve dans le film de la même habileté à proposer au spectateur de voir des choses que les personnages ne verront quant à eux pas forcément. Le film s’ouvre par ailleurs sur une séquence très intéressante, proposant au spectateur une balade à travers l’école et ses jardins en mode bucolique se terminant par la vue d’un corps suspendu à un arbre, le tout sur fond de chorale enfantine.

Atypique dans une production Hammer, ce traitement de l’intrigue en mode psycho-killer parvient finalement à faire de une curiosité agréable, qui fonctionne vraiment bien. La mise en scène est élégante, la tension monte crescendo, et la photo signée Arthur Grant est absolument remarquable. Le casting est réduit, resserré autour de quatre personnages campés par autant d’acteurs formidables.

Judy Geeson interprète le rôle principal, celui de Peggy : toute l’intrigue tourne autour d’elle, et le film nous est en majorité montré à travers ses yeux. L’incontournable incarne son mari, Robert, et sa duplicité naturelle trouvera une parfaite illustration dans l’intrigue du film. y incarnera quant à lui l’inquiétant professeur Michael Carmichael, tandis que trouvera un rôle de garce à sa parfaite mesure avec celui de Molly, la femme du professeur Carmichael.

Tout ce beau monde est donc au service d’un thriller aussi solide qu’efficace : fait en effet partie de ces productions Hammer certes mineures mais sympathiques, que l’on reverra avec le même plaisir presque cinquante ans après leur sortie d’origine.

Le Blu-ray

[5/5]


A ce jour, est uniquement disponible en Blu-ray au sein du coffret, disponible chez Tamasa Diffusion depuis le 30 novembre. Ce coffret est disponible en édition limitée et numérotée à 2 000 exemplaires, et nous propose sept films produits par le studio Hammer dans les années 70, dans de superbes versions restaurées, scannées en 4K et restaurés en 2K sous la supervision de Mark Bonnici. Plutôt que d’évoquer la sortie de ce coffret majeur dans un papier lapidaire qui nous aurait contraint à évoquer les films de façon trop rapide, on a pris le parti d’évoquer chaque film de façon individuelle, dans une série d’articles qui paraitront dans les jours et semaines à venir. Sur les sept films qui composent le coffret , seuls six étaient jusqu’ici disponibles en France au format DVD, chez StudioCanal. Les films disponibles au sein du coffret sont les suivants : (1970, inédit en DVD), (1970), (1971), (1971), (1972), Les démons de l’esprit (1973) et (1976).

Côté Blu-ray, le travail éditorial fourni par Tamasa Diffusion sur les films composant le coffret est tout simplement magnifique et remarquable. Chaque film nous est proposé dans une superbe copie restaurée, respectueuse du grain d’origine, avec un beau piqué et des couleurs qui en envoient littéralement plein les mirettes. La restauration a fait place nette des poussières et autres points blancs, et le résultat s’avère vraiment excellent. Côté son, la version originale ainsi que la version française d’époque (quand celle-ci existe) sont proposées en Dolby Digital 2.0 (mono d’origine), et le rendu acoustique s’avère, dans chaque cas, parfaitement clair, net et sans bavures. Dans le cas de , VF et VO sont disponibles.

C’est bien entendu du côté des suppléments que chaque galette Blu-ray diffère un peu de sa voisine. Sur le Blu-ray de , on trouvera tout d’abord une présentation du film par Nicolas Stanzick (« L’art du rebondissement », 23 minutes). Pour ceux qui l’ignoreraient encore, Nicolas Stanzick est « LE » grand spécialiste français de la Hammer, auteur de l’ouvrage de référence Dans les griffes de la Hammer (éditions Bord de l’Eau, 2010). Ce dernier reviendra donc sur la personnalité et la carrière de au sein de la Hammer, avant d’évoquer plus largement la production du film, ainsi que sa structure narrative, faite d’une accumulation de rebondissements allant « jusqu’à l’absurde ». Il soulignera de fait la nature profondément post-Hitchockienne du film, qu’il considère davantage comme un « pré-Giallo » que comme un « mini-Hitchcock ». Il terminera enfin avec une vibrante déclaration d’amour au jeu de .

On trouvera également une intéressante featurette intitulée « Fin de contrat » (17 minutes), qui reviendra sur l’histoire de la production du film, rythmée par des entretiens avec les historiens du cinéma Kevin Lyons, John J. Johnston, Alan Barnes et Jonathan Rigby – ces derniers ne semblent d’ailleurs pas spécialement porter le film dans leur cœur. Tout comme Nicolas Stanzick dans sa présentation, ils noteront que le scénario d’origine du film date de 1963, et s’intitulait alors « Brainstorm ». Après quelques remaniements, le film avait failli à nouveau se faire en 1967, avant de finalement entrer en production en 1972 avec lui-même à la réalisation. Ils soulignent également la popularité de Judy Geeson à l’époque, qui portait le film sur ses épaules en dépit de la passivité de son personnage. Enfin, ils évoqueront la personnalité de , avec à l’appui quelques anecdotes croustillantes. On trouvera enfin deux versions de la bande-annonce du film, celle de 1972 ainsi que celle de 2020.

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