Test Blu-ray : Spirits of the air, gremlins of the clouds

0
833

,

Australie : 1987
Titre original : –
Réalisation :
Scénario :
Acteurs : , ,
Éditeur :
Durée : 1h36
Genre : Fantastique
Date de sortie DVD/BR : 20 novembre 2020

Felix Crabtree et sa sœur Betty vivent en autarcie dans le désert australien. Leur solitude est rompue un beau jour par l’arrivée d’un étranger au passé trouble, Smith. Celui-ci cherche à rallier le nord du pays, alors que trois hommes semblent à ses trousses. Parce que des falaises infranchissables attendent Smith dans son futur périple, Felix promet de l’aider s’il parvient à parachever un vieux rêve : la construction d’une machine volante…

Le film

[5/5]

Frères ennemis

Les cinéphiles les plus âgés parmi nos lecteurs se rappelleront sans doute que dans les années 90, et étaient souvent mis sur le même piédestal. Tous deux avaient en effet été repérés par le biais de leur travail pour Propaganda Films, véritable vivier de talents qui nous permit également de découvrir le talent de – entre autres – Michael Bay, Antoine Fuqua, Spike Jonze, Alek Keshishian, Mark Romanek, Dominic Sena, Zack Snyder ou encore Gore Verbinski. Ainsi, Proyas et Fincher étaient souvent considérés sur un pied d’égalité, comme deux cinéastes d’avenir – des noms avec lesquels il faudrait compter pour le cinéma du vingt-et-unième siècle.

Vingt-cinq ans après les électrochocs The crow (1994) et Se7en (1995), qui chacun dans leur genre avaient créé une véritable petite révolution ayant contribué à redéfinir les codes esthétiques en vigueur au cinéma, que reste-t-il de ces deux cinéastes ? L’un est devenu un des cinéastes les plus respectés et les plus puissants de notre époque, enchaînant les projets les plus ambitieux en mettant d’accord tout à la fois la critique et le public. L’autre a réalisé .

Découverte tardive

Production indépendante, tournée par en Australie en 1987, , restait à ce jour complètement inédit en France. Cette découverte tardive devrait, on l’espère, remettre les pendules à l’heure concernant le talent et le sens visuel prodigieux du cinéaste. Car comment, à la découverte de ce conte sublime et tordu, ne pas reconnaître en Proyas un vrai visionnaire, en avance sur son temps ? Halluciné, certes, peut-être même vaguement psychédélique dans son approche du cadre et de la narration, mais putain, quelle patte ! Quel style ! Quel choc !

Car préparez-vous, mes bons amis : que vous adoriez The crow ou que vous trouviez qu’il s’agit d’une baudruche très surfaite parfumée à la merde, rien ne pourra vous préparer au choc esthétique que vous procurera , . Film absolument unique, extrêmement personnel, ce coup d’essai de Proyas s’impose en effet comme un de ces OVNIS filmiques dont on se rappelle toute sa vie. Un cousin germain de Santa Sangre (Alejandro Jodorowsky, 1989), de Hardware (Richard Stanley, 1990), de Singapore Sling (Nikos Nikolaidis, 1990) ou encore de Delicatessen (Caro et Jeunet, 1991), en quelque sorte.


Influences

Allant cherchant son inspiration tout autant chez ses compatriotes George Miller (Mad Max 2) ou Mario Andreacchio (Fair game) que chez les classiques de Stanley Kramer (Le dernier rivage) ou du duo Powell / Pressburger (Le narcisse noir), Proyas pioche allégrement dans ce qu’il aime, mais parvient surtout à imposer « son » univers. Un univers qui traversera certainement les frontières de l’Australie, plantant des graines dans l’esprit de plusieurs autres artistes à travers le monde, qui germeront quelques années plus tard. Ainsi, Alan Martin et Jamie Hewlett n’auraient-ils pas vu , avant de se lancer en 1988 dans l’aventure Tank Girl ? Le style graphique et les choix de cadrage et de découpage peuvent le laisser penser.

La question n’est même pas permise concernant Emir Kusturica : il semble en effet impossible qu’Arizona Dream, Ours d’argent à Berlin en 1993 on le rappelle, n’ait pas été influencé, voire même largement inspiré – concernant certaines séquences entières et même la musique – par le film d’. Kusturica y reprend en effet des idées, voire des séquences tout entières, « pompées » sur , . Impossible que Proyas n’y ait pas pensé en voyant Arizona Dream, de la même façon que les similitudes nous sautent aujourd’hui au visage. Mais le fait d’être copié / plagié est aussi un hommage…


Un chef d’oeuvre

Nous proposant une narration « flottante », toujours sur la corde entre le sordide et le merveilleux, , risque bien de dérouter certains spectateurs, tout autant qu’il envoûtera les autres. Le sens visuel surprenant d’ est évident dès les premières séquences du film, extraordinaire suite de plans sublimes suivant un homme errant à travers un désert aride peuplé d’éléments étranges et plongeant directement le spectateur dans une ambiance de post-nuke. Croix en pagaille, panneau Marlboro laissé à l’abandon, carcasses de voitures alignées à l’horizontale dans le sable, et même un crâne humain… L’étrangeté surréaliste de cette ouverture sera prolongée avec la découverte des personnages du film : Smith, un fugitif plutôt taciturne, Felix Crabtree, bloqué dans son fauteuil roulant mais obsédé par l’idée de voler, et sa sœur Betty Crabtree, une foldingue aimant jouer d’un étrange instrument à cordes au milieu du désert.

L’intrigue de , nous propose donc une espèce d’étrange ménage à trois, dont les interactions sont rythmées et motivées par le projet de construire une machine volante destiné à franchir un col de montagnes non loin de là. Pleine de non-dits et de zones d’ombre, l’histoire imaginée par Proyas est relativement opaque, mais trouve occasionnellement du sens dans l’illustration du récit par le cinéaste, faite de plans sublimes, toujours frappants, quasi-hypnotiques, de sonorités bizarres, de couleurs, de compositions plastiques époustouflantes.

On a ainsi souvent reproché à de privilégier la forme au fond, le style à la recherche du sens. , ne manquera sans doute pas non plus d’agacer les spectateurs incapables de se plonger au cœur de ce qui se révélera presque une véritable expérience sensorielle, conçue pour créer un ressenti chez le spectateur à base de petites touches et d’éléments abstraits plutôt que de lui imposer une ligne directrice claire.

, s’apprécie ainsi à la façon d’une peinture impressionniste : plutôt que de se concentrer sur tel ou tel détail qui, pris isolément, semble ne vouloir rien dire, l’idée est plutôt de considérer le film comme un tout, et de le laisser vous toucher au cœur. Ainsi, par petites touches, visuelles et auditives, Proyas parvient en un peu plus d’une heure et demie à dessiner les contours d’une œuvre singulière, grandiose – en un mot majeure.

Le Blu-ray

[5/5]

On ne saura jamais trop remercier de permettre aux cinéphiles français de découvrir , , qui jusqu’ici et sauf erreur de notre part, était complètement inédit dans l’hexagone. Comme d’habitude avec Le chat, le film d’ bénéficie par ailleurs d’une édition de grande qualité, s’imposant dans un superbe Digipack à trois volets surmonté d’un fourreau cartonné, dont la composition graphique est signée par le formidable Frédéric Domont. Cette édition est de plus limitée à 1000 exemplaires.

Côté Blu-ray, le master est issu d’une restauration effectuée en 2018 à partir du négatif 16MM original, et le rendu s’avère tout à fait excellent. Encodée avec soin, la sublime photo du film signée David Knaus brille littéralement de mille feux, avec un excellent niveau de détails et des contrastes ciselés évitant les noirs bouchés. Les plans d’ensemble composés par Proyas et Knaus auront donc de quoi vous impressionner par leur précision et leur définition. L’image est aussi parfaitement stable et propre, ce qui ajoute à la sensation de qualité visuelle. L’image n’a par ailleurs visiblement subi aucun filtrage numérique, et conserve un grain argentique très agréable, respectueux du matériel d’origine. Le résultat est donc littéralement impeccable côté image, et côté son, le mixage DTS-HD Master Audio 2.0 impressionnera également par son rendu acoustique clair, net et relativement ouvert. Les dialogues sont tous parfaitement intelligibles, la musique perce sans difficulté ni saturation, et la piste est très propre. Du très beau travail.

Du côté des suppléments, on retrouvera avec plaisir deux des trois acteurs du film, qui s’exprimeront avec honnêteté sur leur expérience du tournage de , . On commencera avec un entretien avec (8 minutes). Elle reviendra sur sa formation, sur le début de sa carrière ainsi que sur le rôle de Betty Crabtree. Elle évoquera également l’accueil du film au Japon, ainsi que son « héritage » esthétique. On enchainera ensuite avec un long entretien avec (37 minutes). L’acteur y reviendra dans un premier temps sur l’ensemble de sa carrière et sur sa formation : on y apprendra donc qu’avant d’être acteur, il a notamment été barman, et a également enregistré un disque. Bavard et passionné, il a facilement tendance à s’écarter du sujet, mais trouvera heureusement le temps de revenir sur son expérience sur le film ainsi que sur ses relations avec . On terminera ensuite avec la traditionnelle bande-annonce. Comme d’habitude, vous pouvez commander cette édition indispensable sur le site de l’éditeur .

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici