DVD — 27 octobre 2018
Test Blu-ray : Sicario – La guerre des cartels

Sicario : La guerre des cartels

 
États-Unis, Mexique : 2018
Titre original : Sicario – Day of the Soldado
Réalisation :
Scénario :
Acteurs : , ,
Éditeur :
Durée : 2h02
Genre : Thriller
Date de sortie cinéma : 27 juin 2018
Date de sortie DVD/BR : 27 octobre 2018

 

 

Les cartels mexicains font régner la terreur à la frontière entre le Mexique et les États-Unis. Rien ni personne ne semble pouvoir les contrer. L’agent fédéral Matt Graver fait de nouveau appel au mystérieux Alejandro pour enlever la jeune Isabela Reyes, fille du baron d’un des plus gros cartels afin de déclencher une guerre fratricide entre les gangs. Mais la situation dégénère et la jeune fille devient un risque potentiel dont il faut se débarrasser. Face à ce choix infâme, Alejandro en vient à remettre en question tout ce pour quoi il se bat depuis des années…

 

 

Le film

[4/5]

Autant l’avouer sans ambages : cela serait mentir d’affirmer que l’on ait pu avoir, en tant que spectateur, un quelconque enthousiasme à l’annonce de la mise en chantier d’une suite à Sicario, tant le film de se suffisait à lui-même. En effet, depuis plusieurs décennies, on ne compte plus les suites uniquement destinées à surfer sur un succès et à engranger un maximum d’argent en un minimum de temps ; on voyait donc en toute honnêteté l’arrivée de ce Sicario : La guerre des cartels du plus mauvais œil. Et là… « Monumentale erreur ! » comme dirait Jack Slater, cette suite nous fout une nouvelle claque. Comme quoi, on peut parfois être très très con de suivre une première impression, et à la découverte du film de Stefano Sollima, on ne pourra QUE faire notre mea culpa d’avoir pu être autant à côté de la plaque.

Car si Sicario : La guerre des cartels n’égale peut-être pas son modèle en termes d’intensité dramatique, il n’en demeure pas moins un excellent thriller en mode bourrinage géopolitique, porté par le scénario ultra-documenté de Taylor Sheridan, déjà scénariste du premier Sicario, mais également des excellents Comancheria et Wind river. Comme à son habitude, Sheridan nous livre un récit d’une intensité et d’une radicalité assez extraordinaires, s’implantant dans un contexte social et économique très précis et surtout extrêmement réaliste. Au trafic de drogue du premier film succèdent donc ici le terrorisme et le trafic d’êtres humains. Le regard porté ici sur le trafic de clandestins à la frontière entre le Mexique et les États-Unis est aussi glaçant que terrifiant, tout autant d’ailleurs que la façon brutale et expéditive avec laquelle le Pentagone choisit de régler le problème, si tant est bien sûr que le problème puisse seulement être réglé.

Bien sûr, Sheridan reprend quelques personnages présents dans le premier film, mais Sicario : La guerre des cartels n’en est pas pour autant une « suite » à proprement parler : nul besoin d’avoir vu le film inaugural pour saisir les tenants et les aboutissants du récit. Il s’agit en effet d’avantage d’un prolongement de l’univers qu’il avait créé pour le film de Villeneuve, lui donnant ici la possibilité de plonger directement le spectateur au cœur d’une violence littéralement tétanisante, aux côtés de Josh Brolin et Benicio Del Toro, deux personnages décidément aussi froids qu’antipathiques, même si l’on découvre chez eux dans ce film quelques failles les rendant, peut-être, un peu plus humains. Et si dans le premier film, l’identification du spectateur était assurée par le personnage d’Emily Blunt, qui incarnait la « bleusaille » à qui on allait expliquer les ficelles du métier, ici, on s’identifiera d’avantage à celui de la jeune otage, bringuebalée de partout, malmenée, trompée et littéralement submergée par la violence exacerbée qui l’entoure tout à coup.

Et que dire sinon que Stefano Sollima était définitivement le meilleur choix possible pour illustrer un scénario slalomant entre la violence aveugle et la conscience sociale la plus crue ? Le cinéaste, qui s’avère être le fils du réalisateur-culte , avait déjà placé ces deux aspects au cœur de quasiment toute son œuvre, de l’excellent A.C.A.B. à Suburra en passant par les séries Romanzo Criminale et Gomorra. Pour ses grands débuts américains, Sollima nous livre une œuvre tout aussi brute de décoffrage et sans concession, stylisée et puissante, enchaînant littéralement les morceaux de bravoure filmiques (à la façon des westerns de Papa, qui comptent parmi les meilleurs spagh’ du genre). Une excellente suite – mais avant tout un excellent polar tout court !

 

 

Le Blu-ray

[4,5/5]

Sicario : La guerre des cartels débarque donc en Blu-ray sous les couleurs de Metropolitan Vidéo, et comme à son habitude, l’éditeur a fait les choses en grand : le transfert du film est assez sublime, la photo de Dariusz Wolski (Seul sur Mars) est magnifiquement rendue, les décors sont superbes et riches en détails, le piqué est d’une précision à couper le souffle… Un superbe Blu-ray, assurément. Côté son, Metropolitan Vidéo fait également très fort puisque le film bénéficie d’une piste Dolby Atmos en version originale et d’un puissant mixage DTS-HD Master Audio 7.1 en version française. Les deux mixages s’avèrent d’un dynamisme échevelé, surtout sur les scènes d’action naturellement, et durant les séquences pendant lesquelles les balles fusent de toutes parts, tous les canaux y vont de leur puissance et le caisson de basses sollicité à intervalles très réguliers. Le film étant déjà très impressionnant, ce mixage ajoute encore à l’ambiance et participe pleinement à l’immersion du spectateur au cœur du film. Un sans-faute absolu : superbe boulot d’encodage et de mixage.

Rayon suppléments, on trouvera trois featurettes nous proposant divers entretiens avec l’équipe du film, et d’une durée d’environ 40 minutes si on les visionne bout à bout. On y entendra s’exprimer Josh Brolin, Benicio Del Toro, Stefano Sollima, mais également quelques producteurs, tels que Basil Iwanyk, Edward L. McDonnell, Molly Smith ou ce mec visiblement schizophrène, Thad Luckinbill, qui joue dans Les feux de l’amour le jour et produit des films la nuit (Sicario, La La Land…), ou inversement, comment savoir. N’empêche qu’à nouveau, la présence d’un acteur de soap à la production d’un film tel que celui-ci nous incite à toujours remettre en cause nos premières impressions !

 

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Auteur

Cet article a été écrit par Mickaël Lanoye, rédacteur cinéma / DVD / Blu-ray sur Critique-film.fr. Lire tous ses articles