Test Blu-ray : Piège à Hong Kong

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Piège à Hong Kong

États-Unis, Hong Kong : 1998
Titre original : Knock Off
Réalisation : Tsui Hark
Scénario : Steven E. de Souza
Acteurs : Jean-Claude Van Damme, Rob Schneider, Paul Sorvino
Éditeur : ESC Éditions
Durée : 1h31
Genre : Action
Date de sortie cinéma : 3 décembre 1998
Date de sortie DVD/BR : 3 novembre 2021

Marcus Ray, officiellement représentant à Hong Kong d’une marque de jeans, est en réalité un agent spécial. Marcus découvre un complot fomenté par la mafia russe : la mise sur le marché international d’une nouvelle arme ultra-secrète, les microbombes. Parallèlement, Karen Leigh, directrice des ventes de la marque de jeans, découvre un trafic de jeans de contrefaçon prêt à déferler sur le marché mondial et suspecte Marcus d’être à l’origine de cette filière…

Le film

[3,5/5]

Film assez unique dans la filmographie de Jean-Claude Van Damme, Piège à Hong Kong est une espèce gloubi-boulga complètement taré, qui s’avère cela dit pour le moins symptomatique de son époque de tournage. Remettons donc le bouzin dans son contexte : le film de Tsui Hark a été tourné en 1997, et il s’agit d’une coproduction entre les Etats-Unis et Hong Kong, ce qui dénote déjà d’une certaine instabilité, tant d’un côté que de l’autre. A la fin des années 90 en effet, les recettes Hollywoodiennes du cinéma d’action ne fonctionnent plus, les producteurs ne sont plus en phase avec les désirs du public, et s’avèrent complètement dépassés. Pour essayer de donner le change, les gros studios se tournent donc de plus en plus du côté des cinéastes hongkongais, sans néanmoins parvenir à trouver la recette miracle. Côté Hong Kong, l’ombre de la rétrocession plane déjà largement sur l’île, et le cinéma d’action est en berne depuis le milieu des années 90 : si bien sûr quelques exceptions existent (telles que le puissant Full Alert de Ringo Lam), dans l’ensemble, il faudrait attendre quelques années pour que, sous l’impulsion de Tsui Hark et Johnnie To, les cinéastes hongkongais parviennent enfin à se réapproprier l’espace urbain de façon réellement convaincante.

Bref, autant dire que Piège à Hong Kong a été mis en boite à une époque et selon un processus de production qui ne pouvaient probablement pas lui permettre de donner naissance à une œuvre « viable ». Tsui Hark avait beau s’être entouré de la fine fleur du cinéma de Hong Kong, avec qui il avait d’ailleurs l’habitude de travailler (Arthur Wong à la photo, Marco Mak au montage, Sammo Hung en réal de deuxième équipe), rien n’y fait, la baudruche ne parvient pas à faire illusion. Construit sur des bases tout sauf saines, le film ne pouvait presque que se casser la gueule, et il en résulte à l’écran une espèce de monstre bicéphale, dont les plus déviants d’entre nous goûteront sans aucun doute les passages les plus savoureux (la folie des plans subjectifs de Tsui Hark, la séquence de l’entrepôt), mais dont nul ne pourra nier l’équilibre précaire, aussi fragile qu’un château de cartes.

A l’époque, on se souvient avoir lu énormément d’articles soulignant le cynisme de Tsui Hark, qui avait semble-t-il à dessein entamé avec Piège à Hong Kong une entreprise de démolition destinée à ridiculiser Van Damme, à le rendre grotesque par tous les moyens techniques mis à sa disposition. Il est vrai que voir le costaud belge se faire fouetter le cul avec une anguille par Rob Schneider avait de quoi faire hausser le sourcil. Cependant, aucune des « humiliations filmiques » soi-disant orchestrées par Tsui Hark n’ont réellement su entamer la superbe de Jean-Claude Van Damme, qui reste ici plus que jamais fidèle à lui-même, et ce même si les reshoots demandés par le studio Hollywoodien Tristar l’ont forcé à arborer une perruque plutôt voyante sur certains plans du film.

Avec le recul, il est même assez amusant que la thématique du film – à savoir la contrefaçon – n’ait pas d’avantage impacté le spectateur à la sortie de Piège à Hong Kong il y a vingt ans. On a en effet devant les yeux un produit tellement bancal, tellement from outer space et tellement délirant qu’il semble étonnant que l’on n’ait pas compris à l’époque que le film était en fait une « contrefaçon » de film d’action, un film Puma avec deux « M » ; on se demande même si ses auteurs n’auraient pas pu pousser la malice jusqu’à écrire Van Damme avec un seul « M » sur l’affiche du film. Le scénario du film, signé par Steven E. De Souza, joue clairement la carte du retournement de cette thématique, avec une intrigue confuse jusqu’à l’absurde, enchaînant les twists à gogo, faisant apparaître et disparaître certains personnages, tout en se déroulant dans une version fantasmée et bizarroïde de Hong Kong. Inégal et souvent incohérent, Piège à Hong Kong multiplie donc les rebondissements pour le meilleur ou pour le pire, mais le fait est que Tsui Hark, très conscient des carences de son film, garde toujours le pied sur l’accélérateur, jouant sur le rythme et son sens de l’esthétique pour ne jamais provoquer l’ennui.

En effet, le moins que l’on puisse dire à la (re)découverte de Piège à Hong Kong, c’est que la caméra de Tsui est extrêmement mobile, surtout durant la première moitié du film. Le spectateur est donc invité à suivre la caméra dans les moindres recoins de l’espace : outre le fameux plan en vue subjective d’un pied rentrant dans une basket, on pense au fait que la caméra se déplace à l’intérieur d’une semelle malmenée pendant une course, dans les circuits imprimés des téléphones portables, dans les lignes téléphoniques et même, hum, à travers les trous de balles. Les scènes d’action sont étonnamment chorégraphiées, et pour tout dire par moments très bizarrement filmées ; cependant, l’inventivité de Tsui Hark élève comme d’habitude le débat, et ce talent dans l’exécution générale du film éclipse au final sans le moindre problème tous ses défauts structurels – on pourrait presque voir dans cette volonté d’expérimentation constante une espèce de tentative de brouillon contrarié pour Time and Tide. Rien que ça !

Le Blu-ray

[4/5]

C’est chez ESC Éditions que débarque aujourd’hui Piège à Hong Kong au format Blu-ray en France, pour le plus grand plaisir des complétistes et des fans de Van Damme. C’est une très bonne nouvelle : le film était très attendu, et débarque chez ESC dans une édition comme toujours absolument soignée et enthousiasmante. Côté Blu-ray, l’éditeur compose avec ce dont il dispose, à savoir un master perfectible, manquant un peu de précision, mais on imagine que les défauts sont d’origine, et liés aux conditions de tournage pour le moins chaotiques du film. Néanmoins, le rendu est très supérieur à celui que nous connaissions jusqu’ici, et on se félicitera de pouvoir le revoir nanti de contrastes solides et d’un grain argentique absolument respecté. Côté son, VF et VO sont encodées en DTS-HD Master Audio 5.1 et l’ensemble s’avère à la fois clair et proposant une spatialisation vraiment immersive. Ample et artistiquement convaincants, les deux mixages font la part belle à la spatialisation d’ambiance, et procurera une immersion optimale au spectateur. On notera un recours puissant et régulier au caisson de basses.

Côté bonus, on ne pourra que s’incliner devant cette édition de Piège à Hong Kong étonnamment riche en suppléments inédits ! On commencera avec un passionnant entretien avec Hugo Luquet (16 min env.), qui reviendra sur la place du film dans les carrières respectives de Tsui Hark et Jean-Claude Van Damme, avant d’analyser sa nature de « rencontre » entre les cinémas de l’Orient et de l’Occident. On terminera ensuite avec un entretien avec Arthur Cauras (21 minutes), qui reviendra sur la période 1992-1993 de la carrière de JCVD, et donc sur les films Universal Soldier, Cavale sans issue et Chasse à l’homme – il s’agit de la troisième partie d’un long sujet consacré à la filmographie de Van Damme, que l’on avait entamé sur les éditions Blu-ray de Chasse à l’homme et de Mort subite. C’est très intéressant, mais un peu hors sujet dans le sens où le critique / réalisateur ne reviendra pas du tout ici sur Piège à Hong Kong.

Mais comme on en a pris l’habitude avec les films de Jean-Claude Van Damme sortis en Blu-ray chez ESC Éditions, quand il n’y en a plus, il y en a encore : on trouvera en effet en « bonus caché » un amusant making of d’époque (23 minutes) donnant notamment la parole à Jean-Claude Van Damme, Rob Schneider et bien sûr Tsui Hark.

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