Test Blu-ray : Full alert

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Hong Kong : 1997
Titre original : Go do gaai bei
Réalisation :
Scénario : , Ringo Lam
Acteurs : Lau Ching-Wan, ,
Éditeur :
Durée : 1h38
Genre : Policier, Thriller
Date de sortie DVD/BR : 28 juillet 2020

Mak Kwan, est arrêté par la police en pleine nuit à son domicile. Accusé du meurtre d’un architecte, il avoue très vite son crime. L’inspecteur Pao acquiert bien vite la conviction que le crime n’est que la première étape d’un audacieux cambriolage. Les deux hommes vont alors s’affronter dans une guerre autant physique que psychologique…

Le film

[4,5/5]

La carrière de Ringo Lam, foisonnante et extrêmement riche, n’était jusqu’ici représentée sur critique-film que par le biais de ses trois films tournés avec Jean-Claude Van Damme. Si ces trois collaborations entre le cinéaste et la star belge du film d’action sont bien plus intéressantes et réussies que l’on ne pourrait le croire, la sortie en Blu-ray de Full alert nous permet néanmoins ENFIN d’aborder le pan Hong Kongais de sa carrière.

Tourné juste après Risque maximum mais juste avant la rétrocession de Hong Kong à la Chine, Full alert est donc un polar pur et dur, sec, réaliste et extrêmement violent. Sorti durant l’été 1997, soit deux ans seulement après le choc Heat, le film de Ringo Lam a souvent été comparé à la fresque tragique de . Certains éléments narratifs réunissent certes les deux films : en leur centre, on retrouve en effet dans les deux cas la confrontation, teintée de respect et de défiance, entre un flic et un truand. On retrouve également dans les deux cas une histoire de braquage, et les deux films contiennent en leur sein une scène d’action monumentale opposant flics et truands – une fusillade chez , une course-poursuite chez Ringo Lam.

L’influence du chef d’œuvre de Mann est donc perceptible, mais elle n’est en aucun cas écrasante, dans le sens où Full alert est vraiment un polar 100% Hong Kongais, et de plus parfaitement cohérent dans la filmographie de son auteur. C’est d’autant plus net que Ringo Lam se démarque très nettement de la froideur calculée et de l’aspect visuel extrêmement dépouillé et quasi-géométrique de Heat, qui était encore renforcé par la sublime photo de Dante Spinotti. Tous ces éléments formels qui rendaient le film de Michael Mann si particulier ne se retrouvent pas du tout dans l’atmosphère développée par Ringo Lam, qui nous donne à découvrir une ville de Hong Kong grouillante de monde, sale, bruyante. Ainsi, si la photo d’Ardy Lam (Il était une fois en Chine, Une balle dans la tête) est assez superbe dans son genre, elle joue la carte de la discrétion, et ne s’exprime jamais de manière ostentatoire – néanmoins, les jeux de lumière et les subtiles compositions de plans renforceront occasionnellement l’impact, parfois presque poétique, des passages les plus calmes du film (le face à face au parloir, la discussion sur la balançoire, la fin de la séquence du coffre fort…).

L’autre référence évidente à la découverte de Full alert, c’est évidemment  : on retrouve le goût du papa de Police fédérale Los Angeles pour les personnages borderline et l’absence du plus petit manichéisme. Et bien sûr, le gros morceau du film, la poursuite en voiture dans les rues de Hong Kong, fera forcément écho à celle de French connection, d’autant que comme celle du film de Friedkin, la course-poursuite a été tournée dans les rues de la ville sans autorisation ! La tension et l’adrénaline se ressentent d’ailleurs clairement à l’écran. Néanmoins, tout comme celle de Mann, l’influence de William Friedkin sur le film n’est jamais réellement étouffante : Full alert est un film de Ringo Lam, au cœur duquel on retrouve ses propres obsessions, doublés d’un réel sentiment « d’urgence », probablement lié à la rétrocession de Hong Kong à la Chine et à la palanquée d’interrogations que cette dernière suscite auprès des habitants.

Tendu de la première à la dernière image, Full alert plonge en effet le spectateur au cœur d’une ville en mutation, au cœur d’une intrigue simple mais implacable, faisant fi des notions de « bien » et de « mal ». L’originalité du film de Ringo Lam est également de ne pas imposer au spectateur une identification au personnage du film : il n’y a réellement dans le film ni de « gentils » ni de « méchants » dans Full alert. Le flic, c’est Pao, alias  : un flic traumatisé par la violence et des années passées dans la police. Le truand, c’est Mak, alias Francis Ng, et s’il se situe de l’autre côté de la barrière, lui aussi semble profondément marqué par la violence, qu’il aimerait éviter et qui le hante littéralement. Faites votre choix. Même le plus détestable parmi les personnages – à savoir Zang, incarné par Jack Kao – fait preuve de failles et d’une certaine humanité au moment où la mort frappe.

Centrée sur les personnages et leurs états d’âme, la mise en scène de Ringo Lam n’en fait jamais trop, et demeure toujours crédible dans sa façon d’aborder les blessures du passé. De la même façon, le casse est mené de façon sobre, sans l’extravagance typique d’autres cinéastes Hong Kongais de l’époque, tels que Tsui Hark ou John Woo. Cette sobriété colle parfaitement à la noirceur du propos de Ringo Lam, qui montera crescendo jusqu’à un final aussi tragique que nihiliste, qui s’avérera presque douloureux pour le spectateur.

D’une force incroyable, porté par l’interprétation sans faille de Lau Ching Wan et surtout de Francis Ng (Exilé, Coq de combat, Infernal affairs…), Full alert s’avère donc un sacré morceau de péloche, d’un genre sec et nerveux ayant malheureusement quasiment disparu à Hong Kong depuis la rétrocession, même si bien sûr Johnnie To, Tsui Hark ou encore Pou-Soi Cheang parviennent encore occasionnellement à faire vibrer notre corde sensible.

Le Blu-ray

[4,5/5]

C’est chez Spectrum Films que débarque aujourd’hui Full alert au format Blu-ray en France, dans une édition comme toujours absolument soignée et enthousiasmante. Présenté dans une édition « Collector » Combo Blu-ray + DVD surmontée d’un élégant fourreau aux couleurs du film, Full alert nous arrive de plus dans un tirage limité et numéroté. Côté master, le film étant formellement très soigné, le tout explose littéralement au format Haute-Définition, d’autant que la galette éditée par Spectrum Films nous propose un piqué redoutable, des contrastes solides et un grain argentique globalement respecté : tout serait absolument parfait si quelques fautes d’orthographe n’émaillaient pas régulièrement les sous-titres. Côté son, la VO est encodée en DTS-HD Master Audio 7.1 et l’ensemble s’avère à la fois clair et proposant une spatialisation vraiment immersive. Ample et artistiquement convaincante, le mixage fait la part belle à la spatialisation d’ambiance, et procurera une immersion optimale au spectateur.

Côté bonus, on ne pourra que s’incliner devant cette édition étonnamment riche en suppléments inédits ! Outre un commentaire audio de Ringo Lam (sous-titré en français), on trouvera tout d’abord une présentation du film par Arnaud Lanuque (10 minutes). S’il évoquera peu le film en lui-même, il dressera un intéressant portrait de Tsui Hark et de sa carrière, et remettra parfaitement Full alert dans son contexte de tournage. On notera cependant que la prise de son est pour le moins « venteuse ». On continuera ensuite avec une deuxième présentation du film, par Nathalie Bittinger (12 minutes). Maître de conférences en études cinématographiques à l’université de Strasbourg, elle proposera quant à elle une assez brillante analyse du film, à la fois formelle et thématique. Tout à fait passionnant. On continuera avec deux podcasts consacrés au film : le premier est issu de la série Podcast on Fire (31 minutes) et contient de nombreuses interventions de Ringo Lam en personne. Le deuxième est un épisode de Steroïds, le podcast de Capture Mag, et a été enregistré tout spécialement pour cette édition Blu-ray par Julien Dupuy et Stéphane Moïssakis (17 minutes). Il s’agit d’une discussion à bâtons rompus sur le mode de la bavette taillée entre potes autour d’une binouze, assez intéressante, même si elle comporte quelques approximations (notamment concernant la photo du film). On continue avec une intéressante analyse vidéo signée par l’équipe de HKast (6 minutes) qui, si elle n’évite pas quelques redondances avec ce qui a été vu et dit auparavant, est tout à fait intéressante également. Last but not least, Spectrum Films nous propose une intéressante analyse du film par Julien Sévéon (16 minutes) qui parvient tout de même à nous apprendre quelques petites infos inédites sur la production de Full alert. On terminera enfin avec la traditionnelle bande-annonce du film.

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