Test Blu-ray : Nuit d’ivresse

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Nuit d’ivresse

France : 1986
Titre original : –
Réalisation : Bernard Nauer
Scénario : Josiane Balasko, Thierry Lhermitte
Acteurs : Josiane Balasko, Thierry Lhermitte, Jean-Michel Dupuis
Éditeur : Rimini Éditions
Durée : 1h28
Genre : Comédie
Date de sortie cinéma : 24 septembre 1986
Date de sortie Blu-ray : 18 janvier 2022

Un soir de réveillon de la Saint-Sylvestre, Jacques Belin, animateur d’un jeu télévisé à succès, attend sa fiancée dans un bar de la Gare de l’Est. Il y fait la connaissance de Frède, une femme qui sort de prison, venue prendre un train pour Metz. Tout les oppose et, pourtant, cette nuit très arrosée et pleine de surprises va les rapprocher…

Le film

[3,5/5]

La comédie, qu’elle soit française ou en provenance d’autres pays, possède une particularité assez unique par rapport à d’autres genres cinématographiques : celle d’être inconstante dans l’esprit des spectateurs. Ainsi, certains films auront beau avoir réalisé des millions d’entrées dans les salles obscures au moment de leur sortie, ils s’avéreront pourtant complètement oubliés quelques années plus tard, comme s’ils avaient été effacés de la mémoire collective.

Cette particularité tend, le temps aidant, à faire germer de nouveaux films « cultes », ou un peu hâtivement considérés comme tels. Ainsi, si les grands classiques de la troupe du Splendid ont indéniablement marqué la mémoire de milliers de spectateurs, si les dialogues des Bronzés ou du Père Noël est une ordure sont devenus de véritables références que beaucoup de cinéphiles connaissent par cœur, il semble que les films des années 80 mettant en scène isolément les membres de la troupe du Splendid soient bien partis pour également obtenir leurs galons de films cultes, mais pas parce qu’ils repassent tous les ans à la TV, au contraire : parce qu’il devient particulièrement difficile de les voir.

On en a sélectionné une pelletée au hasard, tout en gardant à l’esprit que celle-ci n’a rien d’exhaustif : prenons Je vais craquer (1980), Viens chez moi j’habite chez une copine (1981), Les hommes préfèrent les grosses (1981), Pour cent briques t’as plus rien (1982), Ma femme s’appelle reviens (1982), Le quart d’heure américain (1982), Signes extérieurs de richesse (1983), Circulez y’a rien à voir (1983), Le garde du corps (1984), Marche à l’ombre (1984), Pinot simple flic (1984), Sacs de nœuds (1985), Les rois du gag (1985), Scout toujours (1985), Twist again à Moscou (1986), Nuit d’ivresse (1986), Les frères Pétard (1986), Les Keufs (1987)…

Pour certains d’entre eux, il vous aura fallu à coup sûr un petit effort de mémoire pour vous remémorer de quel film on parlait : c’est normal. Pourtant, toutes les comédies que l’on vient de citer avaient flirté avec le million de spectateurs en France, et l’avaient même, dans certains cas, largement dépassé. Pourtant, aujourd’hui, sur cette grosse quinzaine de long-métrages, combien semblent complètement retombés dans l’oubli ? Plus rediffusés à la TV, quasiment introuvables en DVD / Blu-ray, absents des différents services de SVOD… La nostalgie aidant, de nos jours, le moindre film de cette liste à se voir exhumé pour une restauration Haute-Définition sera automatiquement marqué du sceau du « Film culte ».

C’est encore plus vrai quand le film n’avait pas – ou mal – été distribué en DVD, comme dans le cas de Nuit d’ivresse, que Rimini Éditions nous propose aujourd’hui au format Blu-ray. En effet, le film de Bernard Nauer n’avait pas connu de sortie DVD « officielle » en France, et était donc resté inédit depuis l’ère de la VHS. En réalité, les amateurs du Splendid en général, et de Josiane Balasko en particulier, possédaient tous ou presque une édition pirate en provenance de Grèce, nous proposant le film souvent couplé avec le Sans peur et sans reproche de Gérard Jugnot (1988). Ces éditions merdiques avaient inondé le marché de l’occasion il y a une vingtaine d’années, et il va sans dire que la nouvelle édition de Nuit d’ivresse estampillée Rimini Éditions enverra directement la précédente à la poubelle.

Il y a donc de grandes chances pour que vous n’ayez pas vu Nuit d’ivresse depuis un bon moment. Le film vient de fêter ses 35 ans, mais le temps n’a que très peu d’emprise sur les œuvres dès que le talent est au rendez-vous. Ainsi, dès les premières minutes du film, rythmées par la musique des Rita Mitsouko, les amateurs du jeu et de l’écriture des membres du Splendid, alors au sommet de leur talent, tomberont probablement sous le charme de cette virée nocturne aussi agitée qu’alcoolisée. Même si on ne rit pas autant que devant les grands classiques signés par la troupe au complet, l’énergie des acteurs et la frénésie de punchlines orchestrée par Josiane Balasko et Thierry Lhermitte fonctionne parfaitement.

Les gags sont efficaces, les répliques cinglantes, mais surtout, la réussite de Nuit d’ivresse tient beaucoup de l’auto-dérision dont sont capables ses deux acteurs principaux : dès qu’il s’agit de se moquer d’eux-mêmes, de se ridiculiser, et de casser leur image, Josiane Balasko et Thierry Lhermitte font littéralement des merveilles. Comme dans beaucoup de films français de l’époque, le scénario est très linéaire, et pas forcément des plus créatifs : il s’agit surtout d’un « fil rouge », d’un prétexte destiné à enchaîner les moments de bravoure comiques.

Au programme de Nuit d’ivresse, on trouvera donc essentiellement une danse de majorette, un apéro à la boukha dans un bar tunisien, et bien sûr, une grosse pagaille au cœur d’une fête mondaine. Côté mise en scène, c’est d’ailleurs durant cette séquence – soit approximativement à mi-métrage – que Bernard Nauer semble s’affranchir un peu de ses acteurs, qui jusqu’ici dominaient entièrement le spectacle. Par la suite, durant la séquence finale, qui a la particularité de se dérouler dans un lieu clos, le cinéaste réussira en revanche à totalement inverser la tendance, en proposant une mise en scène totalement millimétrée, laissant un peu moins d’espace aux acteurs pour exprimer leur exubérance. Le changement opère en douceur cependant, et l’ensemble s’avère parfaitement homogène, même si bien sûr la dernière partie du film est un peu plus convenue que le reste du métrage.

Du côté des acteurs, Nuit d’ivresse nous réserve un certain nombre de surprises : on trouvera donc Guy Laporte, chef du village dans Les Bronzés, dans le rôle d’un patron de bar. Didier Pain dans le rôle d’un contrôleur. Gérard Jugnot et Victoria Abril, qui succédèrent à Josiane Balasko et Thierry Lhermitte pour jouer la pièce Nuit d’ivresse au théâtre, font une apparition remarquée au début de la scène de la fête mondaine. On apercevra également Cécile Auclert, future héroïne des Filles d’à côté, derrière Lhermitte durant la même scène. Enfin, on notera la présence de France Roche (célèbre personnalité de la TV en France à l’époque), mais également de Ticky Holgado et Bruno Moynot, dans l’équipe de tournage aperçue dans le dernier acte du film.

Le Blu-ray

[4,5/5]

Nuit d’ivresse vient donc d’arriver au format Blu-ray grâce à Rimini Éditions, et comme d’habitude, l’éditeur a soigné sa copie. Le film est présenté au format respecté, et le transfert Haute-Définition est très satisfaisant : l’image est satisfaisante, belle et lumineuse, le grain argentique du film a été préservé, la définition et le piqué sont d’une belle précision, et le niveau de détail est plus que correct, même si bien sûr, le film de Bernard Nauer est d’une facture formelle relativement modeste. Côté son, Rimini nous propose de (re)découvrir le film en version française et mono d’origine – le film est mixé en DTS-HD Master Audio 2.0 et vierge de tout parasite sonore : c’est à nouveau du très beau boulot.

Du côté des suppléments, l’éditeur fait également très fort, puisqu’en plus de documents d’archive, il est allé rechercher les personnalités au cœur de la réussite du film afin d’évoquer avec eux les souvenirs du tournage. On commencera donc avec un entretien avec Josiane Balasko et Thierry Lhermitte (16 minutes), enregistré en novembre 2021, durant lequel les deux ex-membres du Splendid reviendront sur la genèse du film ainsi que sur leur attachement au projet, ainsi que sur les séquences les plus marquantes. On continuera ensuite avec un entretien avec Bernard Nauer (20 minutes), qui donnera la parole au réalisateur, qui se remémorera la façon dont il avait été approché par Josiane Balasko, sur le stress (légitime) du premier film, ainsi que sur l’ambiance générale sur le tournage, épuisante. Il reviendra également sur ses relations avec les deux acteurs principaux, reconnaissant avoir dû lutter avec Thierry Lhermitte sur un point de détail du scénario.

Le reste des bonus date de la sortie du film, en 1986 : on commencera avec la quasi-intégralité de l’émission suisse « Zoom sur » avec Josiane Balasko et Thierry Lhermitte (40 minutes), qui leur laissera largement le temps de revenir non seulement sur le film, mais sur l’ensemble de leur carrière : les regrets quant au tournage des Bronzés font du ski, leur projet avorté de film sur le terrorisme, leurs carrières solo… Josiane Balasko déclarerait d’ailleurs que pour son second film derrière la caméra, elle ne garderait que le poste de « réalisatrice » – la suite de sa carrière nous prouverait qu’elle aura changé d’avis sur ce point. On continuera ensuite avec un court entretien avec Josiane Balasko, Thierry Lhermitte et Bernard Nauer (7 minutes) enregistré pour la télé belge, où l’histoire de la rencontre entre Bernard Nauer et Balasko nous sera racontée pour la troisième fois, toujours avec des références appuyées au court-métrage de Nauer intitulé Dialogue de sourds. Enfin, on terminera avec l’émission « Les Paris du cinéma » (14 minutes), qui nous donnera à voir quelques images du tournage de Nuit d’ivresse, entrecoupées d’entretiens avec l’équipe.

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