Test Blu-ray : Nos funérailles

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États-Unis : 1996
Titre original : –
Réalisateur :
Scénario :
Acteurs : , ,
Éditeur :
Durée : 1h35
Genre : Drame
Date de sortie cinéma : 27 novembre 1996
Date de sortie DVD/BR : 6 septembre 2016

 

 

New York, années 30. Issu d’une famille mafieuse, le jeune Johnny Tempio a été abattu. Persuadé que le meurtre a été commis par une famille rivale, Ray, son frère aîné n’a qu’une obsession : se venger…

 

 

Le film

[5/5]

Les carrières d’Abel Ferrara et de son scénariste « historique » Nicholas St. John sont indissociables l’une de l’autre. Après avoir débuté ensemble sur le porno Nine lives of a wet pussy (1974), et en dix films tournés ensemble, ils ont évolué de façon parallèle, « grandi » artistiquement au fil d’une carrière jalonnée d’une belle poignée de films assez monumentaux (L’ange de la vengeance, New York deux heures du matin, King of New York, Body snatchers…). L’apogée de leur travail commun se situe en 1996 : les deux lascars livreront en effet au spectateur le film de la « maturité » avec le sublime Nos funérailles, tragédie quasi-Shakespearienne tirant un trait (définitif ?) sur 25 ans de collaborations exclusives entre les deux hommes.

Après avoir abordé la science-fiction (Body snatchers) et les vampires (The arrival), Ferrara et St. John reviennent au genre qui les a fait connaître : le polar. Mais ne désirant pas forcément être là où on les attend, ils abandonnent le New York urbain et poisseux des années 80/90 pour aborder le genre sous un autre angle : celui des familles mafieuses des années 30. Mais ce qui intéresse Abel Ferrara et son scénariste ne se situe pas dans la reconstitution fastueuse d’une époque révolue : c’est bel et bien à un drame humain que l’on assistera ici. Filmé au plus près des personnages, porté par une interprétation sans faille (Chris Penn, Christopher Walken, , tous incroyables), Nos funérailles embarque le spectateur dans une descente aux enfers familiale autour du cercueil de l’un des leurs, et se permet un déboulonnage en règle -et de l’intérieur- de 25 ans de mythes liés aux films de mafia. En effet, tous les personnages sont présentés ici sous leur jour le plus « humain », et on ne pourra s’empêcher de les trouver tour à tour attendrissants, minables ou tout simplement paumés. Certains se raccrocheront à la religion (un des thèmes forts du film), d’autres compenseront en se prenant pour Dieu : l’entreprise de démystification de la famille mafieuse fonctionne parfaitement, aidée par des dialogues vraiment brillants et une construction en flash-backs plutôt habile.

Mais Nos funérailles prend encore une grandeur supplémentaire à l’arrivée de son époustouflant final, jusqu’au-boutiste et d’un pessimisme absolu, ajoutant encore un soupçon de puissance émotionnelle à un ensemble tout simplement incontournable.

D’ailleurs, Nos funérailles semble avoir marqué la fin de la collaboration entre Abel Ferrara et Nicholas St. John, comme si, passé ce film, le scénariste n’avait objectivement plus rien à dire où à livrer au public, et avait fait le choix, de ce fait, de ne plus s’exprimer, à la manière d’un J.D. Salinger. On espère néanmoins que St. John sortira un jour de sa retraite forcée, ne serait-ce que pour aider son camarade Abel Ferrara à remonter la pente et à nous proposer des films plus intéressants que ceux qu’il nous livre depuis vingt ans.

 

 

Le Blu-ray

[4/5]

Enrichissant un peu plus chaque année son catalogue en termes de Haute-Définition, Rimini Éditions a fait très fort cette année avec l’annonce des sorties de Nos funérailles et du Flic ricanant (Stuart Rosenberg, 1973) en Blu-ray, deux inédits très attendus des cinéphiles, au sujet desquels l’éditeur est naturellement un peu attendu au tournant. Concernant l’arrivée de Nos funérailles sur support Blu-ray, la remasterisation est bien réelle, et malgré un encodage en 1080i, le master devrait satisfaire le plus grand nombre. On regrettera bien sûr quelques petites taches par ci par là, mais dans l’ensemble, c’est du tout bon, les couleurs sont belles, le grain est scrupuleusement respecté, les noirs sont denses et jamais bouchés, et si le rendu global manque peut-être légèrement de piqué, la supériorité de cette nouvelle galette sur le DVD édité par Film Office en est littéralement écrasante. Le chef d’œuvre d’Abel Ferrara s’offre donc une présentation très satisfaisante, mais malheureusement encodée à 25 images par secondes, ce qui dénature légèrement le rendu cinéma et fait passer le film d’1h39 en salles à 1h35 en vidéo. Côté son en revanche, c’est du bon boulot avec à la fois la VF et la VO proposées en LPCM 2.0, claires et efficaces dans les deux cas.

Côté suppléments, Rimini Éditions est allé chercher un très intéressant entretien avec Abel Ferrara, issu de la collection Hollywood best film directors, au cours de laquelle le cinéaste fait preuve de naturel et ne se cache jamais derrière une quelconque langue de bois – en particulier quand il évoque ses propres excès ou ceux de la regrettée Zoë Lund, actrice de L’ange de la vengeance et scénariste de Bad lieutenant, disparue en 1999 à l’âge de seulement 37 ans.

 

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