À la une DVD — 14 mai 2019
Test Blu-ray : Le cirque de la peur

 
Royaume-Uni : 1966
Titre original :
Réalisateur :
Scénario : Harry Alan Towers
Acteurs : , ,
Éditeur :
Durée : 1h31
Genre : Policier, Horreur
Date de sortie cinéma : 21 novembre 1969
Date de sortie DVD/BR : 10 mars 2019

 

Un fourgon blindé transportant des sacs remplis de billets de banque est braqué par un gang près du Tower Bridge. Le butin est ensuite dissimulé dans le Cirque Barberini par l’un des membres. Coïncidence ? Le cirque est bientôt la proie d’étranges meurtres au couteau visant son personnel. Un inspecteur de police chevronné mène alors l’enquête, laquelle s’annonce difficile, tant les suspects au sein de la troupe sont nombreux…

 


 

Le film

[4/5]

Avec les années qui nous séparent de sa sortie dans les salles obscures, une espèce d’immense méprise s’est créée autour du Cirque de la peur. Peut-être parce qu’il fut longtemps invisible en France – comme le souligne très justement Christophe Lemaire qui signe un petit texte disponible à l’intérieur du Combo Blu-ray + DVD édité par Le chat qui fume – on tend de nos jours à confondre Le cirque de la peur (John Llewellyn Moxey, 1966) avec Le cirque des horreurs (Sidney Hayers, 1960). Cette méprise bien sûr n’est pas totalement fortuite : il s’agit de deux films britanniques, tournés durant la même décennie, et partageant la même « ambiance » empruntée au cinéma de la . Tous deux mettent en scène un criminel se cachant sous une fausse identité, et d’après le site de référence IMDb, non seulement les deux longs-métrages ont été tournés dans le même cirque, mais ils utilisent de plus les mêmes « stock-shots » pour les séquences mettant en scène le spectacle donné par les membres de la troupe. Beaucoup d’éléments factuels relient donc les deux films – mais il convient tout de même de ne pas les confondre.

Pour les différencier cependant, rien de plus simple : Le cirque de la peur met en scène Christopher Lee (c’est déjà un sacré bon point) et surtout, il s’agit d’une adaptation d’. Auteur au rythme de travail impressionnant, il publiera entre 1905 et 1932 plus de 170 romans policiers et récits d’aventures. Perclus de dettes à sa mort en 1932, son œuvre connaîtra un vif regain d’intérêt au début des années 60, avec la production au Royaume-Uni des Edgar Wallace Mysteries (1960-1965), série de 47 films de série B destinés à être projetés en deuxième partie d’un double-programme, puis avec une vague de « Krimis », films policiers en provenance d’Allemagne, produits par le studio Rialto : 32 films adaptés des œuvres d’Edgar Wallace seront donc réalisés en Allemagne entre 1960 et 1972. Sorti au Royaume-Uni en 1966, Le cirque de la peur débarquait de fait en pleine Wallace-Mania ; très représentatif du style narratif d’Edgar Wallace, le film impose sans peine son récit classique en forme de « whodunit », avec sa galerie de personnages troubles, semblant tous avoir quelque chose à cacher, autour de laquelle gravite l’inspecteur Elliott (Leo Genn), aussi flegmatique que perspicace. Bien sûr, le scénario signé Harry Alan Towers (la série des Fu-Manchu avec Christopher Lee) a tendance à en rajouter un peu dans le côté louche de certains des personnages du film : on pense par exemple à celui incarné par Klaus Kinski qui, à la recherche de son complice de braquage disparu, cherche à se faire embaucher par le patron du cirque, tout en refusant obstinément de donner son nom…

 

 

Pour surfer sur le succès des films adaptés d’Edgar Wallace, qui étaient des films de série B relativement courts et en noir et blanc, Le cirque de la peur s’était par ailleurs vu amputer de 22 minutes de métrage et converti en noir et blanc lors de son exploitation aux États-Unis. Un sacrilège – une hérésie ! – quand on constate le soin apporté à la photo du film par Ernest Steward… Heureusement, la version du film que nous propose aujourd’hui Le chat qui fume est bien la version intégrale en couleurs, qui fut restaurée il y a quelques années par l’éditeur américain Blue Underground – qui pour la petite histoire fut fondé par le cinéaste William Lustig, réalisateur de plusieurs chefs d’œuvres du cinéma d’exploitation US bien craspec dans les années 80. A l’occasion de cette restauration, Blue Underground avait d’ailleurs retrouvé une séquence de huit minutes depuis longtemps perdue, qu’il avait naturellement intégré au montage qui nous est proposé ici.

Solide petit whodunit tirant par moments [un peu] sur le fantastique, Le cirque de la peur fait partie de ces films qui, à l’image de la plupart des autres films tirés des écrits d’Edgar Wallace et de tout un pan du cinéma populaire de l’époque, ont été tués par la télé couleur, et en particulier par période 1965 – 1969. Coproduite avec les États-Unis, la série créée par Brian Clemens proposait en effet le même genre de récits teintés de mystère, naviguait dans le même univers et disposait la plupart du temps de la même réalisation solide et professionnelle, puisque beaucoup de réalisateurs de l’époque venaient du cinéma – on pourrait même avancer que la série, ambitieuse d’un point de vue formel et narratif, provoqua sans doute également en partie le déclin de la Hammer.

 

 

La seule possibilité pour les cinéastes de se démarquer par rapport à ce genre de séries télévisées populaires était d’en rajouter dans le côté malsain et les outrances, interdites à la TV : avec ses personnages borderline, ses meurtres sanglants proposés selon le point de vue fétichiste du tueur, et son ambiance globalement teintée de stupre et de luxure (principalement grâce au personnage incarné par , présenté dans le film comme ayant la cuisse légère), John Llewellyn Moxey s’efforce d’apporter une dimension « scandaleuse » supplémentaire au Cirque de la peur, et y parvient d’ailleurs plutôt bien, ne serait-ce que dans sa première partie, qui suit au plus près et quasiment sans le moindre dialogue un braquage de convoyeurs présenté sans la moindre concession du point de vue des malfaiteurs, qui sont présentés – dans un premier temps du moins – comme les véritables « héros » du film. Et si bien sûr par la suite le personnage de l’inspecteur Elliott sera le repère central du spectateur, on ne peut pas non plus dire qu’il s’impose comme un héros flamboyant, le récit s’attardant tout autant – si ce n’est plus – sur les artistes du cirque et leurs magouilles diverses que sur l’enquête policière, qui suit son petit bonhomme de chemin sans éclat particulier. L’éclat du Cirque de la peur, il vient bel et bien des personnages louches qui gravitent autour du représentant de la loi : on pense à la danseuse à la vie dissolue, Margaret Lee, dont on ne saura pas au final si tout le cirque lui est passé dessus, au dompteur de fauves au visage constamment dissimulé, incarné par un Christopher Lee comme toujours impérial, ou encore au nain maître chanteur incarné par Skip Martin, jamais avare en petites vannes cyniques… Autant d’éléments qui auraient sans doute posé problème à la télévision britannique…

Pourtant, après Le cirque de la peur, John Llewellyn Moxey se consacrera uniquement à la télévision, durant 25 ans : il travaillera quelques années au Royaume-Uni où il réalisera des épisodes de Chapeau melon et bottes de cuir ou du Saint pour ensuite s’expatrier aux États-Unis, où il deviendra un fier artisan du téléfilm, et réalisateur régulier de séries populaires telles que Mannix, Mission impossible, Kung Fu, Drôles de dames, Arabesque, Magnum ou encore Deux flics à Miami. Il s’est par ailleurs éteint il y a une quinzaine de jours (le 29 avril 2019) à l’âge de 94 ans. Célébrons sa mémoire en voyant et revoyant le film !

 

 

Le Combo Blu-ray + DVD

[5/5]

Malgré un enchaînement quasi-ininterrompu d’éditions somptueuses depuis quelques années, il ne semble pas que Le chat qui fume soit devenu l’éditeur le plus riche de France : Le chat ne fume pas encore de havanes gros comme ma bite des barreaux de chaises, non, il fume encore des gitanes, ou alors peut-être s’est-il mis à vapoter. Mais de toutes façons, Le chat qui fume, ce n’est pas le bling bling qui l’intéresse, ni la villa au bord de la mer avec de la drogue, des putes et des grosses cylindrées à gogo : Le chat, après ces années à enquiller les éditions Blu-ray toutes plus parfaites les unes que les autres, on peut affirmer que plus que jamais c’est la passion qui l’habite l’anime, et cette édition Combo Blu-ray + DVD du Cirque de la peur en est une nouvelle preuve indéniable. Car non seulement le film de John Llewellyn Moxey s’impose à nouveau dans une édition techniquement impeccable, mais l’éditeur lui offre comme à son habitude une présentation assez sublime : présenté dans un beau coffret digipack 3 volets surmonté d’un fourreau souple au design toujours signé par le talentueux Fred Domont, ce Combo classieux n’oublie pas d’être un bel objet, que vous serez fiers d’exhiber comme, hum, bon, d’accord, j’arrête. Last but not least (mais on l’a déjà dit plus haut), ce coffret recèle également un petit insert avec un texte de Christope Lemaire consacré à Christopher Lee. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’on est content de trouver une contribution de Christope Lemaire dans une édition du Chat qui fume, parce que premièrement c’est sans doute le plus grand défenseur du cinéma populaire en France, et deuxièmement parce qu’on l’aime d’amûr, qu’il est formidable et que sa prose nature et drôle nous fait rire depuis des années – ses chroniques vidéo dans la revue Ciné-News ont d’ailleurs créé des vocations parmi les lecteurs de l’époque, et si vous lisez ces lignes à moitié finies en ce moment même, c’est sans doute en grande partie de sa faute. Mais revenons plutôt à cette belle édition Combo Blu-ray + DVD du Cirque de la peur ; admirez plutôt la classe américaine de la bête :

 

 

Côté technique, Le chat qui fume nous délivre à nouveau un sans faute absolu : le master HD est celui de Blue Underground, et propose une définition précise, des couleurs littéralement explosives et un piqué très précis, le tout en full HD 1080p bien sûr, et aucun souci d’encodage n’est à déplorer. Le cirque de la peur propose en somme un très beau rendu HD, et on tire à nouveau notre chapeau à l’éditeur. Côté son, le spectacle acoustique est d’un très bon niveau : le mixage (VO only) est en DTS-HD Master Audio 2.0. Le rendu acoustique est propre et clair, restituant parfaitement la musique autant que les dialogues. Les sous-titres français ne posent aucun problème particulier.

 

 

Du côté des suppléments, en plus du petit texte signé Christope Lemaire évoqué plus haut, on trouvera la traditionnelle série de bandes-annonces éditeur, ainsi qu’une très intéressante présentation du film par Eric Peretti. En une vingtaine de minutes, le programmateur du célèbre festival lyonnais Hallucinations collectives remettra le film dans son contexte de tournage tout en s’arrêtant longuement sur l’équipe technique du film (casting, producteur, réalisateur) et sur bien sûr le scénario adapté d’Edgar Wallace. Il évoque également la sortie du film en Allemagne : tout comme aux États-Unis, le film est sorti en Allemagne en noir et blanc, tout simplement parce que Rialto, qui produisait de nombreux films autour des romans d’Edgar Wallace, souhaitait promouvoir sa propre production Le bossu de Londres avec comme argument promo qu’il s’agissait du tout premier film en couleurs adapté d’Edgar Wallace.

Pour vous procurer le film séance tenante, rendez-vous sur le site de l’éditeur Le chat qui fume !

 

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Auteur

Cet article a été écrit par Mickaël Lanoye, rédacteur cinéma / DVD / Blu-ray sur Critique-film.fr. Lire tous ses articles