Test Blu-ray : Le chat

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Le chat

France, Italie : 1971
Titre original : –
Réalisation : Pierre Granier-Deferre
Scénario : Pierre Granier-Deferre,
Acteurs : , ,
Éditeur :
Durée : 1h28
Genre : Drame
Date de sortie cinéma : 24 avril 1971
Date de sortie DVD/BR : 4 décembre 2020

Julien a soixante ans. Clémence en a cinquante. Il y a vingt-cinq ans, il se sont mariés et se sont installés dans un charmant pavillon de banlieue. Le temps a passé. Le pavillon est devenu un point minuscule au milieu de grands ensembles hideux. Une montagne de sous-entendus s’est installée dans le couple. Ils ne peuvent plus vivre ensemble mais sont incapables de se quitter. Julien a reporté toute sa tendresse sur un chat de gouttière, Clémence en est terriblement jalouse…

Le film

[5/5]

« Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants » raconte-t-on à nos chères têtes blondes – ainsi qu’à certains adultes – pour ne pas les effrayer, et leur apprendre à croire en l’amour. Le chat est là pour nous démontrer que la réalité, c’est parfois tout l’inverse. Le film de Pierre Granier-Deferre – de loin le meilleur de toute sa filmographie – est l’anti-conte de fées, un drame de la vieillesse obstinée, extrêmement noir. Tout le film, le spectateur attendra que les deux anciens amants se rabibochent, car on le sait, on le voit – le fait est même régulièrement souligné par le personnage d’ – ils s’aiment encore, mais cela n’arrivera finalement jamais. Ces deux « têtes de cochon » là sont trop fiers pour mettre de côté leur orgueil, et c’est la mort qui les attend finalement au bout du tournant.

Dans la peau de ce couple qui se déchire, on trouvera donc deux « monstres sacrés » du cinéma français : et . A l’image de leur bicoque qui se délabre en attendant d’être rasée, leur histoire est dans l’impasse : ils cohabitent, sans un mot, sans un regard, s’insultent copieusement au détour d’une séquence ou deux entre deux mots laconiques pliés en deux et qu’ils se jettent l’un l’autre. Le chat est le drame de leurs derniers instants de vie. Un chef d’œuvre d’une tristesse absolue, régulièrement émouvant – cette séquence durant laquelle Gabin observe les chats jouer sur l’échafaudage sur la poignante musique de Philippe Sarde aura ainsi de quoi retourner plus d’un spectateur.

Tourné en quasi-huis clos, avec une mise en scène aussi précise que minimaliste, Le chat permettait à Pierre Granier-Deferre de confronter deux des plus grandes personnalités du cinéma français, en jouant par ailleurs assez habilement de leur image publique. En effet, depuis les années 60 (c’était le cas dans Le jardinier d’Argenteuil, c’est encore le cas dans Le chat), , souvent catalogué « anarchiste de droite », cultivait une image de patriarche bourru et volontiers réactionnaire, dénonçant à travers ses choix de carrière la transformation de la France et l’expansion des grands ensembles et de l’habitat urbain, qui détruisit peu à peu le monde dans lequel il vivait. quant à elle est réputée pour ses amitiés de gauche – le couple qu’elle formait avec Yves Montand a d’ailleurs été considéré comme un « compagnon de route » du Parti communiste pendant de nombreuses années.

Mais ces considérations resteront cela-dit au deuxième plan de l’esprit du spectateur à la découverte du film : de politique il n’est point question dans Le chat. Juste d’un couple usé par les années, se déchirant devant la caméra pudique de Pierre Granier-Deferre. Un couple en plein désarroi, plein de rage contenue et d’indifférence apparente, incapable de se montrer une quelconque affection. Marqué par le bruit des gros travaux et des marteaux piqueurs, cette adaptation du roman éponyme de marque de nettes différences avec l’ouvrage dont elle s’inspire. Mais, une fois n’est pas coutume, les modifications apportées au récit par le scénariste parviennent à renforcer son impact et son universalité. Mieux encore : ces altérations de l’œuvre de Simenon contribuent sans le moindre doute à faire du Chat le film grandiose et bouleversant qu’il est encore aujourd’hui, presque cinquante ans après sa sortie dans les salles obscures.

La collection « La séance »

Depuis l’automne 2018, l’éditeur propose avec régularité au public de se replonger dans de véritables classiques du cinéma populaire français, tous disponibles au cœur de sa riche collection « La séance ». En l’espace de ces deux années de passion, le soin maniaque apporté par l’éditeur à sa sélection de films du patrimoine français a clairement porté ses fruits. Ainsi, Coin de mire est parvenu à se faire, en peu de temps, une place de tout premier ordre dans le cœur des cinéphiles français. L’éditeur s’impose en effet comme une véritable référence en termes de qualité de transfert et de suppléments, les titres de la collection se suivent et ne se ressemblent pas, prouvant à ceux qui en douteraient encore la richesse infinie du catalogue hexagonal en matière de cinéma populaire. Une telle initiative est forcément à soutenir, surtout à une époque où le marché de la vidéo « physique » se réduit comme peau de chagrin d’année en année.

Chaque titre de la collection « La séance » édité par Coin de mire s’affiche donc dans une superbe édition Combo Blu-ray + DVD + Livret prenant la forme d’un Mediabook au design soigné et à la finition maniaque. Chaque coffret Digibook prestige est numéroté et limité à 3.000 exemplaires. Un livret inédit comportant de nombreux documents d’archive est cousu au boîtier. Les coffrets comprennent également la reproduction de 10 photos d’exploitation sur papier glacé (format 12×15 cm), glissés dans deux étuis cartonnés aux côtés de la reproduction de l’affiche originale (format 21×29 cm). Chaque nouveau titre de la collection « La séance » s’intègre de plus dans la charte graphique de la collection depuis ses débuts à l’automne 2018 : fond noir, composition d’une nouvelle affiche à partir des photos Noir et Blanc, lettres dorées. Le packaging et le soin apporté aux finitions de ces éditions en font de véritables références en termes de qualité. Chaque coffret Digibook prestige estampillé « La séance » s’impose donc comme un superbe objet de collection que vous serez fier de voir trôner sur vos étagères.

L’autre originalité de cette collection est de proposer au cinéphile une « séance » de cinéma complète, avec les actualités Pathé de la semaine de la sortie du film, les publicités d’époque (qu’on appelait encore « réclames ») qui seront bien sûr suivies du film, restauré en Haute-Définition, 2K ou 4K selon les cas. Dans le cas du Chat, il s’agit d’une restauration 2K réalisée par StudioCanal avec la participation du CNC.

La sixième vague de la collection « La séance » est disponible depuis le 4 décembre chez tous vos dealers de culture habituels. Les six nouveaux films intégrant la collection la portent aujourd’hui à un total de 37 titres. Les six films de cette « nouvelle vague » sont donc La chartreuse de Parme (Christian-Jaque, 1948), (Henri Verneuil, 1955), Le jardinier d’Argenteuil (, 1966), (, 1967), Le chat (Pierre Granier-Deferre, 1971) et (Pierre Granier-Deferre, 1971). Pour connaître et commander les joyaux issus de cette magnifique collection, on vous invite à vous rendre au plus vite sur le site de l’éditeur.

Le coffret Digibook prestige

[5/5]

Comme les autres titres de la collection « La séance », le Blu-ray du Chat édité par nous est proposé dans une superbe édition, dont le tirage est qui plus est limité à 3000 exemplaires. Côté Blu-ray, l’image restaurée permettra assurément au spectateur de redécouvrir presque totalement le film de Pierre Granier-Deferre : la définition est précise, les couleurs riches et bien saturées, les noirs sont profonds, et la restauration a pris soin de préserver le grain argentique d’origine. Bien sûr, les plans « à effets » (générique, mentions écrites, fondus enchainés) accusent des effets du temps, mais le reste est d’une propreté et d’une stabilité tout à fait étonnantes. Côté son, Le chat est proposé en DTS-HD Master Audio 2.0, le mixage s’imposant toujours parfaitement propre et clair, avec un bon équilibre entre les voix et la musique de Philippe Sarde. Des sous-titres à destination du public sourd ou malentendant sont également disponibles. Une présentation technique absolument bluffante.

Dans la section suppléments, l’éditeur nous propose, comme à son excellente habitude, de « reconstituer » chez soi une séance de cinéma à l’ancienne – il ne manque plus que l’ouvreuse et sa sélection de friandises ! On commencera donc notre séance avec les Actualités de la 16ème semaine de 1971 (10 minutes). Le journal s’ouvre avec une rencontre avec Benjamin Mendoza, peintre surréaliste bolivien détenu à la prison de Manille pour avoir tenté d’assassiner le pape Paul VI. L’artiste criminel n’exprime d’ailleurs aucun regret pour son acte, qu’il voyait comme une première étape dans le bouleversement mondial auquel il aspirait. On continuera avec un petit retour sur le centenaire sur la Commune de Paris, alternant documents historiques et micro-trottoir montmartrois. Sans transition, on passera ensuite à la présentation de la Volkswagen K70, puis sur une présentation du travail de Gabriel Loire, maître-verrier, dont les vitraux magnifiques sont tout spécialement pour l’occasion filmés en couleurs.

Après la bande-annonce de , dont nous vous avons parlé il y a quelques jours à l’occasion de la sortie du film dans la collection « La séance », place aux publicités, avec la traditionnelle sélection de réclames de l’année 1971 (9 minutes). On commencera avec une sélection de douceurs de chez Bahlsen, les caramels Dupont d’Isigny et les crèmes glacées Motta, présentées sous la forme d’un hommage à JezBond. On enchainera ensuite avec une très amusante publicité pour la Samaritaine, mais aussi avec les imperméables Cyclone, l’apéritif Du-Du-Du, Du-Du-Du, Du-Du Dubonnet. Sont aussi au programme une pub grossophobe pour les yaourts Taillefine de Gervais, une pub misogyne pour la Simca 1301 Spécial avec Mario David (le masseur d’Oscar), ainsi qu’une pub homophobe pour Total. On terminera enfin en apprenant que les Galeries Barbès proposaient en 1971 un buffet campagnard gratuit jusqu’à 23h, ainsi qu’avec une publicité pour les chaussures Eram mettant en scène Marie-Anne Chazel et Josiane Balasko. Elles étaient alors respectivement âgées de 20 et 21 ans.

Mais ce n’est pas tout : comme au sein du coffret consacré à , nous propose, outre la bande-annonce du film, un passionnant entretien avec Pierre Granier-Deferre (43 minutes), réalisé en 2003 et hérité de l’édition DVD du film. Le cinéaste y fera le récit de la production et du tournage du film, à grands renforts d’anecdotes savoureuses. Ses propos seront entrecoupés d’images d’archive consacrées au tournage du Chat, nous donnant à voir quelques moments volés sur le plateau, ainsi que des courts entretiens avec et . On comprend tout à fait la volonté de d’avoir conservé cet excellent document et de l’avoir intégré à cette édition décidément indispensable.

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