Test Blu-ray : La Peur règne sur la ville

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La Peur règne sur la ville

Italie : 1976
Titre original : Paura in città
Réalisation : Giuseppe Rosati
Scénario : Giuseppe Pulieri, Giuseppe Rosati
Acteurs : Maurizio Merli, James Mason, Raymond Pellegrin
Éditeur : Le Chat qui fume
Durée : 1h38
Genre : Action, Policier
Date de sortie cinéma : 10 octobre 1978
Date de sortie Blu-ray : 14 décembre 2023

Rome, mai 1976. Lettieri et sa bande s’évadent de la prison Regina Coeli, embarquant avec eux Giacomo Masoni sur le point de finir de purger sa peine. Dans les jours qui suivent, ils règlent leurs comptes avec ceux qui les ont trahis. Craignant que la situation ne dégénère, le préfet se voit alors contraint de réintégrer dans ses fonctions le commissaire Murri, flic aux méthodes expéditives, hanté par le meurtre de son épouse et de sa petite fille. Lui et son équipe remonteront peu à peu la piste des malfrats…

Le film

[4/5]

Sorti sur les écrans italiens en 1976, La Peur règne sur la ville s’inscrit dans une « tradition » encore relativement récente à l’époque : celle du « poliziottesco » ou néo-polar italien, également connu sous le nom de polar bis italien. Il s’agit d’un genre assez violent, qui s’attachait à relater sur un ton noir et sans concessions des faits divers sanglants, le plus souvent traités de façon outrancière. En effet, comme dans de nombreux westerns spaghetti tournés à la même période, les flics étaient montrés comme de véritables cowboys, solitaires et adeptes de la loi du talion, tandis que les truands prenaient souvent des allures de salopards intégraux, dont la plus infime trace de valeur morale avait été réduite à néant par des années de soumission à la société capitaliste. Comme dans les westerns italiens de l’époque, dans La Peur règne sur la ville, les fusillades se déroulent régulièrement en plein jour, les rues et les coins les plus interlopes de Milan remplaçant le champ de bataille poussiéreux du Far West.

Avec La Peur règne sur la ville en 1976, Giuseppe Rosati nous proposait une « fausse » suite de Tireur d’élite (également connu sous le titre La Main gauche de la loi), un poliziottesco qu’il avait réalisé l’année précédente. Il peut néanmoins tout à fait être considéré comme un film totalement indépendant du précédent, pour plusieurs raisons : Maurizio Merli y reprend certes le rôle de l’inspecteur Mario Murri, interprété par Leonard Mann dans le film de 1975, mais quelques éléments narratifs ne collent pas forcément avec les événements relatés dans Tireur d’élite. Ainsi, James Mason y passe de sénateur à préfet de police, et le personnage présenté comme le responsable de la mort de la femme et de l’enfant de Murri n’est plus l’industriel véreux appelé Lombardi (Ennio Balbo) mais un parrain de la pègre romaine appelé Lettieri, et interprété par Raymond Pellegrin (Section de choc, Le Bar du téléphone). Les personnages incarnés par Fausto Tozzi et Giovanni Elsner changent également de noms d’un film à l’autre.

Le fait pour Giuseppe Rosati de revenir au personnage de Mario Murri est en fait surtout une façon pour lui de continuer à explorer la thématique de la vengeance sanglante : l’évasion de la bande de Lettieri au début du film sera ainsi un prétexte pour nous donner à voir le super-flic traquer un à un tous les responsables de la mort de ses proches, et se substituer à la justice en leur infligeant le châtiment final. Et de fait, il parvient à faire de La Peur règne sur la ville un spectacle foncièrement jouissif, notamment parce que le réalisateur et coscénariste accorde beaucoup d’attention aux détails, et prend le temps d’ajouter de la profondeur à l’intrigue et à ses personnages, qui parviennent réellement à « exister » entre les scènes d’action explosives, et ce même si le film n’est pas aussi sadique et violent que beaucoup d’autres poliziotteschi des années 70. Le talent de Maurizio Merli n’est probablement pas étranger à la réussite du film : il excelle dans sa composition habituelle de flic macho aux méthodes expéditives.

Ayant retenu les leçons d’Il était une fois dans l’Ouest, Giuseppe Rosati choisit de ne pas amener directement au spectateur les raisons qui poussent Murri à agir de façon aussi violente. Son drame personnel nous est ainsi présenté sous la forme de flashbacks, par le biais de plans au ralenti nous montrant régulièrement une jeune femme et une petite fille. Il n’est pas difficile de deviner qui elles sont par rapport à Murri, mais cette idée apporte indéniablement une force supplémentaire à la psychologie du personnage. D’ailleurs, une des grandes réussites de La Peur règne sur la ville réside bel et bien dans la façon remarquable dont la psychologie de ses personnages est dessinée, ces derniers disposant pour la plupart de suffisamment de temps à l’écran pour susciter l’intérêt du public. Le seul personnage présenté de façon unilatérale est Lettieri, qui est uniquement décrit comme un méchant sadique et manipulateur.

Car comme la plupart des poliziotteschi, La Peur règne sur la ville sous-entend assez clairement que la seule vraie solution pour éradiquer la criminalité qui menace la sécurité de la ville consiste en une justice brute et sauvage. Le personnage de Maurizio Merli est convaincu que pour combattre la barbarie et la violence, il faut utiliser les mêmes méthodes ; bien entendu, les personnages incarnés par James Mason (préfet) et Franco Ressel (procureur) s’opposent à ces méthodes. Les deux camps, définitivement irréconciliables, sont constamment à couteaux tirés, et chacun désapprouve les méthodes de l’autre. Mais en fin de compte, ce sont bel et bien les méthodes de Murri qui permettront d’obtenir les résultats escomptés…

Parmi les autres éléments remarquables de La Peur règne sur la ville, on notera que le film fait régulièrement preuve d’un certain humour – la scène mettant en scène James Mason au téléphone avec le ministre n’est qu’un exemple parmi d’autres de la drôlerie occasionnelle dont sait faire preuve le film. On soulignera également le soin apporté à la photo et aux jeux de lumière : le travail de Giuseppe Berardini dans ce domaine est bluffant, et certaines scènes – telles que le face-à-face entre Murri et le curé à qui il vient de sauver la peau – font preuve d’une beauté formelle qui détone clairement avec les autres poliziotteschi tournés à la même époque. Autant de détails qui nous font regretter, avec le recul, la courte carrière derrière la caméra de Giuseppe Rosati. En effet, sa filmographie se résume à six longs-métrages (un Eurospy, un spagh’ et quatre néo-polars), tournés entre 1968 et 1978. S’ils sont tous de la qualité de La Peur règne sur la ville, on espère franchement qu’un éditeur aura un jour la bonne idée de les sortir de l’ombre !

Le Blu-ray

[5/5]

Certains éditeurs semblent dévoués corps et âme à ressortir de l’oubli le poliziottesco, et on applaudit à deux mains l’initiative du Chat qui fume, qui nous permet aujourd’hui de (re)découvrir la perle du genre qu’est La Peur règne sur la ville. Comme d’habitude avec l’éditeur, le film s’affichera dans des conditions techniques irréprochables, au nanti d’un superbe packaging : le Blu-ray du film nous est présenté dans un écrin remarquable : un classieux Digipack trois volets nanti d’un sur-étui cartonné, illustré par le fidèle graphiste du Chat qui fume, Frédéric Domont (alias BaNDiNi), qui nous propose à nouveau un beau travail de création graphique tout à fait enthousiasmant. En deux mots comme en cent, cette édition Blu-ray de La Peur règne sur la ville s’avère un « bel objet », qui s’harmonisera parfaitement avec les autres titres édités par Le Chat qui fume depuis des années, et qui ornent à coup sûr déjà vos étagères.

Techniquement, aussi bien côté image que côté son, La Peur règne sur la ville affiche une forme insolente, prouvant à nouveau le soin maniaque apporté par l’éditeur à ses restaurations, traitant les films avec le respect qui leur est dû. L’image est d’une belle stabilité, le grain d’origine est scrupuleusement respecté, le piqué est d’une étonnante précision et les contrastes pointus accentuent l’impression de profondeur de l’ensemble. Une belle réussite ! Côté son, le film est proposé soit en VF soit en VO, dans des mixages DTS-HD Master Audio 2.0 mono d’origine, propres et clairs, restituant parfaitement les dialogues. On notera également que la version française regorge d’expressions amusantes, et de voix bien connues des amateurs, telles que celles de Bernard Murat (la voix française de Woody Allen jusque dans les années 90) ou de Jacques Deschamps (voix de Clint Eastwood dans les films de Leone).

Du côté des suppléments, Le Chat qui fume nous propose, en plus de la traditionnelle bande-annonce, un entretien avec Federico Del Zoppo (17 minutes), qui occupait le poste d’opérateur (ou de caméraman, si vous préférez) sur La Peur règne sur la ville. Celui-ci reviendra sur ses débuts ainsi que sur carrière, sur son attachement pour le cinéma d’action et, enfin, sur son expérience sur le film : sa collaboration avec Giuseppe Rosati, son amitié avec Maurizio Merli, la mise en boite des différentes cascades. Plus amusant, il reviendra sur les « placements de produits » effectués au cœur du film – il est vrai que les bouteilles / affiches pour la marque d’eau minérale Pejo sont très fréquemment mises en évidence, de même que les cigarettes Marlboro. Pour vous procurer cette édition Blu-ray de La Peur règne sur la ville, rendez-vous sur le site de l’éditeur !

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