Test Blu-ray : Fantomas est de retour

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Dans les années 60, à la faveur de quelques productions internationales (franco-italiennes surtout), le cinéma français s’est laissé aller à une poignée de films flirtant volontiers avec le « bis » ou le cinéma de genre à tendance populaire. Outre les films de cape et d’épée et autres romances historiques qui faisaient la joie des cinémas de quartier, on a également vu naitre pendant cette décennie une poignée de films d’aventures ou d’espionnage très orientés « action et petites pépées », très influencés par l’arrivée des premiers James Bond et le succès des « fumetti » (bandes dessinées populaires italiennes), qui inondaient littéralement le marché du divertissement à l’époque.

Porté par un Jean Marais en grande forme, Fantomas (1964) s’inscrivait dans cette mouvance, fière d’afficher un cinéma populaire chaleureux et sans complexes, avec péripéties à gogo, ambiance pop, méchant de pacotille et décors baroques. Après avoir réédité Fantomas en Blu-ray durant le mois de juin 2016, Gaumont remet donc le couvert fin mars avec la sortie couplée de Fantomas se déchaine (1965) et Fantomas contre Scotland Yard (1967).

 

 

Fantômas se déchaîne


France, Italie : 1965
Titre original : –
Réalisateur : André Hunebelle
Scénario : Jean Halain, Pierre Foucaud
Acteurs : Jean Marais, Louis de Funès, Mylène Demongeot
Éditeur : Gaumont
Durée : 1h39
Genre : Comédie, Aventures
Date de sortie cinéma : 8 décembre 1965
Date de sortie DVD/BR : 29 mars 2017

 

 

Le commissaire Juve est décoré pour avoir triomphé du monstre maléfique. Mais au même moment, Fantômas enlève le professeur Lefèvre au cours de son voyage à Rome. Juve met en place son dispositif de surveillance et les aventures recommencent avec ses poursuites infernales, quiproquos et enlèvements…

 

 

Fantômas contre Scotland Yard


France, Italie : 1967
Titre original : –
Réalisateur : André Hunebelle
Scénario : Jean Halain, Pierre Foucaud
Acteurs : Jean Marais, Louis de Funès, Mylène Demongeot
Éditeur : Gaumont
Durée : 1h41
Genre : Comédie, Aventures
Date de sortie cinéma : 16 mars 1967
Date de sortie DVD/BR : 29 mars 2017

 

 

Dans ce troisième et dernier volet, Fantomas revient avec une nouvelle idée : imposer aux riches, nobles comme gangsters, un impôt sur le droit de vivre. Débarqués en Ecosse, l’inspecteur Juve, Fandor et sa fiancée ont pour mission d’attraper Fantomas. Dans un château hanté par les esprits, Juve, censé protéger les propriétaires, est lui-même victime de l’humour macabre de Fantomas. Quand Fantomas passe, quelqu’un trépasse

 

 

Avec presque 4,5 millions de spectateurs en France en 1964, Fantomas est un tel succès qu’André Hunebelle et sa bande d’acteurs, composée de Jean Marais, Louis De Funès, Mylène Demongeot et Jacques Dynam, décident de remettre le couvert dès l’année suivante dans la suite du film. Respectant à la lettre les codes esthétiques très « BD » du premier film, Fantomas se déchaine opère cependant un glissement au niveau de la tête d’affiche : le véritable héros du film devient clairement Louis De Funès, dont la côte de popularité a explosé avec le rôle du commissaire Juve. Jean Marais, pourtant très présent à l’écran grâce à ses multiples rôles, devient un personnage secondaire, s’éclipsant même devant ceux de Jacques Dynam et de Mylène Demongeot, qui passe du simple rôle de « potiche » dans le premier à un rôle un peu plus conséquent, puisqu’elle devient l’objet de la convoitise romantique du méchant Fantomas. Actrice sympathique, cataloguée « cinéma populaire » dans les années 60 (on l’a également vue dans Furia à Bahia pour OSS 117 et dans Tendre voyou), Mylène Demongeot se fera nettement plus discrète durant les décennies suivantes – si on se souvient de l’avoir aperçue dans la trilogie Camping ou dans 36 quai des orfèvres en 2004, les plus téléphages d’entre vous l’auront probablement également remarquée récemment dans une campagne de publicité intitulée Au resto la vie a du goût, destinée à ramener les français vers les restaurants (www.lavieauresto.fr). Mais revenons à Fantomas se déchaine : toujours réalisé par André Hunebelle, le film fait la part belle à l’exotisme et aux gadgets hérités de la saga James Bond (la fameuse redingote à bras mécaniques, la voiture volante…), s’avère riche en rebondissements bon enfant et, au final, dégage un charme certain. Si le film est un peu inférieur à son modèle, c’est sans doute à cause de l’équilibre précaire d’une aventure slalomant sans cesse entre l’humour et l’aventure (maintenant partagés à parts égales), fonctionnant néanmoins plutôt bien par passages, mais n’évitant pas une espèce de « ventre mou » en milieu de métrage (surtout durant le passage du bal costumé).

Deux ans plus tard, c’est à nouveau un festival Louis De Funès que nous proposerait Fantomas contre Scotland Yard, troisième opus de la trilogie, qui s’avérera également, malgré quelques passages éminemment sympathiques, le plus faible des trois films consacrés au criminel au masque bleu / vert durant les années 60. Là où le spectateur rêvait sans doute de voir ses personnages préférés évoluer au Moyen-Orient, ou encore en Asie (Hong Kong, Japon…), le film nous emmène donc, comme son titre l’indique, de l’autre côté de la manche, ce qui réduit un peu le cachet « exotique » du spectacle (pour une faute de goût, c’en est Hunebelle !). Beaucoup plus orienté « comédie » que les deux précédents, Fantomas contre Scotland Yard est littéralement vampirisé par les pitreries de Louis De Funès et Jacques Dynam, tandis que Jean Marais et Mylène Demongeot en sont littéralement réduits à faire de la figuration, leurs personnages n’étant plus guère présents que pour faire office de faire-valoir pour le talent de De Funès, nouveau comique préféré des français. Si vous me permettez -une fois n’est pas coutume- un aparté personnel rédigé à la première personne, une anecdote est particulièrement significative du rôle caricatural d’Hélène (Mylène Demongeot) dans ce troisième opus des aventures de Fufu vs. Fantomas : j’ai visionné Fantomas contre Scotland Yard en compagnie de ma « petite dernière », qui va tout juste avoir deux ans. Si le film semble lui avoir globalement plu, à chaque apparition de Mylène Demongeot à l’écran, elle se mettait à crier à tue-tête « Au secours ! A l’aide ! ». Un résumé particulièrement éloquent de sa prestation dans le film…

Néanmoins, cela serait mentir que de déclarer que l’on ne prend aucun plaisir en tant que spectateur devant Fantomas contre Scotland Yard : néanmoins, une vague et diffuse impression de gâchis se dégage de l’ensemble. Le public de l’époque ne s’y est pas trompé, le film ayant enregistré presque un million d’entrées de moins que le précédent. Néanmoins, avec 3,5 millions d’entrées dans les salles françaises, le film demeure un grand succès populaire, et on pourra s’étonner qu’aucune suite supplémentaire n’ait été tournée.

Souvent évoqué, le projet de « remake » ou de nouvelle adaptation des romans de Pierre Souvestre et Marcel Allain, avec lesquels la trilogie d’André Hunebelle n’a pas grand-chose à voir, n’a pour le moment jamais abouti. C’est dire à quel point ces trois films avec Louis De Funès ont marqué les français, au point, aujourd’hui, de quasiment éclipser l’œuvre originale dans la mémoire collective…

 

 

Les Blu-ray

[4/5]

Disponibles chez Gaumont au sein de la seizième vague de sa collection Blu-ray Découverte, Fantomas se déchaine et Fantomas contre Scotland Yard s’offrent donc un nouveau lifting HD sur galette Blu-ray, quelques années après une première édition de la trilogie dénuée de tout supplément.

Du côté des masters, et aussi bien côté image que côté son, l’éditeur nous propose des éditions de très bonne tenue ; les deux films sont présentés dans leurs format Scope respectés et en 1080p. L’éditeur a certes peut-être eu la main un peu légère sur le réducteur de bruit (manque de textures franches, visages un poil « cireux »), mais l’ensemble est tout à fait recommandable et préserve globalement la granulation d’origine, avec une définition surprenante et de belles couleurs bien éclatantes. On notera quelques petits « décrochages » épars, sur Fantomas contre Scotland Yard en particulier, qui souffre de quelques chutes brutales de définition. Le mixage audio est proposé en DTS-HD Master Audio 2.0 mono d’origine, dans les deux cas parfaitement clair, net et précis.

Côté suppléments, on retrouvera donc les suppléments proposés par Gaumont à l’époque de la sortie des films en DVD : deux extraits du films doublés en anglais et en espagnol (anecdotique mais amusant), et surtout Le fantôme d’Hérouville, un portrait assez passionnant du compositeur Michel Magne.

 

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